L'EXÉCUTION
coffret, son manteau sur l'épaule, les jambes ballantes , un bâton à la main.
Sur les dix heures, on annonça que le maréchal sortait de son logis , situé , comme on sait , sur le terre-plein du Louvre , et s'avançait vers la porte située en face Saint-Germain-l'Auxerrois, accompagné , comme d'ordinaire , dune troupe nombreuse de solliciteurs et de courtisans. Comme le maréchal franchissait le pont dormant et allait mettre le pied dans la cour, Vitry se dirigea rapidement vers lui. Mais arrêté par un importun, il le laissa passer, ne le vit plus et dut demander : « Où est le maréchal? » On le lui montra qui lisait une lettre. Il s'avança, parmi la presse des gentilshommes, lui mit la main sur le bras droit, disant : « Le roi m'a commandé de me saisir de votre personne. » Le maréchal se retourne , dit : il mèl et porte la main à la garde de son épée. Vitry répond : Oui, à vous , le saisit plus fortement et fait signe à ceux de sa suite qui , sortant le pistolet de dessous le manteau , tirent au visage. Trois balles fracassent la gorge, la mâchoire, le front; d'autres hommes frappent à coups d'épée. Le maréchal tombe sur les genoux; il est mort. Vitry l'étend à terre d'un coup de pied et crie : Vive le roi! Ceux qui entouraient le maréchal ont fait à peine mine de résister. Un mot a suffi pour que tout le monde s'inclinât ; « C'est l'ordre du roi (1). »
Le colosse mort, on s'aperçut combien il était peu de chose. Ce fut une ruine immédiate, absolue, complète, une poussière. Catherine , la femme de chambre de la reine mère , entendant les coups de pistolet, s'était mise à la fenêtre de la chambre delà reine , et appelant Vitry lui-môme qui allait et venait au milieu de la cour pour surveiller toutes choses, elle lui demanda ce que c'était. Il lui dit que le maréchal d'Ancre venait d'être tué, que
(1) Pour le récit du complot cl du uieurlre les documents contemporains abondent. C'est un fait public et qui a paru si extraordinaire que chacun en a parlé à sa façon; beaucoup môme y ont voulu avoir leur part. J'ai suivi comme plus complets et mieux informés : la Relation de Dci'uv, les Mémoires de Ricueuei, les Mémoires de MonïrouiLLAN, le Journal rf'AuNAiLn d'Aivdiixv, les Mémoires de Fontiînvy-Mareul, les \cXitc&(\(i?>amhassa(leursVénitiens et celles de Biîntivoglio. — Cfr. une petite brochure parue en 1853, chez Hachette, intitulée : Assassinat du Maréchal d'Ancre, relation anonyme attribuée au garde des sceaux Marillac. C'est un extrait de la Relation publiée dans le recueil de Dupuy.