‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 4)Chapitre 30 sur 157 · LE ROI ÉVOQUE L'AFFAIRE · texte numérisé non relu

LE ROI ÉVOQUE L'AFFAIRE

de le prendre de haut avec la cour (1) . Les passions étaient surexcitées. Les protestants ayant à leur tête Bouillon , les mécontents obéissant à Condé, soutenaient le tiers. D'ailleurs, le roi ne pouvait en vouloir à des gens qui , en somme , ne se donnaient tant de mal que pour défendre sa personne et l'autorité de sa couronne. Mais le clergé était là, désolé, suppliant. Duperron avait obtenu sous main des engagements. D'Épernon, les Guise, Concini, le confesseur Cotton, le nonce Ubaldini, poussaient la reine et les ministres. Une altercation très vive eut lieu en plein conseil. Condé dit au cardinal de Sourdis, président du clergé : « Vous avez la tête bien légère, Monsieur ». Le cardinal lui répondit : « Je n'irai pas. Monsieur, chercher du plomb dans la vôtre ».

Effrayés de ces violences, tiraillés en sens divers, les ministres biaisèrent encore pendant quelques semaines. Ils firent rendre un arrêt du conseil qui évoquait « l'affaire de l'article » à la personne du roi et qui suspendait l'arrêt du parlement. Mais quand le roi , du consentement unanime, fut reconnu l'arbitre suprême sur une question si grave, il n'osa la trancher. On recourut à un subterfuge. Pour être agréable au clergé , on décida que l'article serait « retiré du cahier par l'ordre exprès du roi ». Pour ne pas mécontenter le tiers, on promit « de lui donner bientôt réponse sur l'article ». Mais, cet avis que la royauté devait émettre solennellement sur sa propre autorité fut toujours réservé. Les ministres éteignirent, dans le secret des délibérations du conseil, un conflit de doctrines qui , d'ailleurs , trouvait naturellement , et sans débat , sa solution dans lesfaits(2). Les plus ardents, parmi les membres du tiers, auraient

(1) Journal d'AR^iWLn, éd. 1857 (p. 26-28). On disait qu'il traitait de l'évêché de Sens avec Duperron, et que celui-ci se portait « à ces aijçreurs extraordinaires » pour être agréable à M. d'Epernon, aux Jésuites et à la duchesse de Guise.

(2) C'est encore la lettre de de Tnou qui nous éclaire sur ce qui se passait au conseil et sur la pensée des ministres : « Viileroy prit la parole et dit qu'il ne falloit rien négliger de ce qui pouvoit contribuer à la sûreté de nos rois; mais qu'il falloit aussi prendre garde de troubler la bonne intelligence qui régnoit entre la cour de France et la cour de Rome, et de rompre une union aussi avantageuse à l'État qu'à la religion... 11 conseilla ou d'éluder par des remises les poursuites de Tordre opposé, ou d'admettre en apparence l'article disputé, mais d'y ajouter des modifications et de se servir de termes si ambigus et de circonlocutions si équivoques que l'approbation deviendroit inutile. Il se vantoitd avoir le talent d'embrouiller et de finir ainsi les affaires. En effet, il réussit, et ses artifices eurent le succès qu'il en attendoit. Les principaux chefs du parti ayant

KICHELIEU. — T. II. 5

Page 1