II. — Disgrâce des vieux ministres. — Le nouveau personnel
Au début de cette année 1616, que Richelieu a tant déraisons de trouver remarquable , puisque c'est elle qui le vit arriver pour la première fois aux affaires, le royaume était dans un état de confusion extrême. Le roi s'attardait dans les provinces de l'Ouest, retenu parles lenteurs d'un voyage d'hiver, dont la rébellion d'un grand nombre de ses sujets faisait une pénible campagne. Accompagné de sa mère, il ramenait à Paris la jeune reine espagnole, qui ne savait trop si elle devait s'étonner davantage des rigueurs du climat ou de la froideur de son jeune et taciturne époux (2).
Celui-ci passait tout son temps à galoper autour du cortège, chassant les oiseaux et les bêtes par la campagne. Il ne quittait pas un favori intime , dont les gens perspicaces commençaient à étudier l'horoscope : Luynes. Nominalement, les vieux ministres , les « barbons », étaient toujours les détenteurs du pouvoir; mais ils se disputaient les lambeaux d'une autorité que leurs discordes
(1) Mémoires de Riciieliel (t. I, j>. 105).
(2) L'hiver fut extrêmement pénible cette année. L'armée souffrit beaucoup et, comme d'habitude, le Français s'en tira par des chansons :
A peine avons-nous de vue
Cette grande ville (Poitiers) perdue
Qu'un grand vent et furieux
Se levant devers la bise
Nous souflla la neige aux veux.
Lassés de mainte aventure Combattus de la froidure Nous gaignons Cliatelleraul Et nous disions l'un à l'autre, Compagnon, je n'ai point chaud.
Jamais de telles froidures, Pendant les saisons plus dures, N'ont vu les peuples du Nord Et fumes, plus de quatre heures , A deux doigts prés de la mort.
Masques, béguins de Gascogne Cai)ans, bonnets de Pologne Peaux de veaux à ladvenaut Nous y font faire une entrée Comme à Caréme-prenant.
Les uns se tenoient .^ peine, Les autres perdant haleine Tomboient de froid tout noircis, Dont moururent bien soixante.
Sans les amoureux transis.
Le froid s'irrite et s'augmente La reine n'en est exempte Et parmi tant de travaux Nous disions que jamais reine N'avoit souffert tant de maux.
Voir toute la pièce et les autres détails sur les difficultés du voyage dans Mercure français (t. IV, 1616, p. 21).