‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 4)Chapitre 68 sur 157 · RETOUR EN POITOU · texte numérisé non relu

RETOUR EN POITOU

généralement en lui les grands efforts, l'éloigné alors de Paris. Il va chercher un refuge dans son prieuré de Coussay (1).

C'est là que viennent le trouver les protestations de ses admirateurs, — presque tous ecclésiastiques, — et des offres de concours, où il devait pourtant discerner les premiers indices d'une autorité naissante.

Ce sont, d'abord, des lettres de Duvergier de Hauranne, qui, dans un style où le siècle et la théologie se confondent, lui écrit : « Je vous prie bien humblement, Monsieur, de croire que je n'ay point de plus grand dessein que de vous faire paroitre que je participe autant de l'immobilité des anges en la volonté que j'ay de vous servir, que je confesse avoir un esprit subordonné au vôtre (2)... » C'est ensuite le propre frère de Richelieu, Alphonse, qui , d'un ton un peu maussade, se joint au concert : « Un de vos amis m'a fait voir la harangue qu'avez faite à la clôture des États. Je loue Notre- Seigneur qu'elle vous ait réussi à votre contentement, ayant été assuré qu'elle a été fort agréée d'un chacun (3). » C'est l'évêque de Nantes, qui, venu à Paris pour prendre part aux travaux de l'assemblée du clergé, soumet avec empressement à son collègue les résolutions vigoureuses prises par un grand nombre d'évèques sur une matière des plus importantes, et qui avait été traitée dans le discours prononcé devant les États : la réception en France du concile de Trente. « Nous ne faisons, dit l'évêque, que suivre, en tout, la trace de l'assemblée des États... Nous avons fait résoudre

(1) Il quiUe Paris après le 16 mars 1615 [Correspond., I, p. 142). 11 est à Coussay le 17 mai (p. 143-146); il profite de son absence de Paris pour faire faire des réparations à sa maison.

(2) Lettre de Duvergier de Hacranne, du 19 mai 1615 : « Il reconnaît que l'évêque a un esprit très supérieur au sien. 11 n'a pas d'autres desseins que de l'imiter; il loue sa circonspection en toutes ses actions... » Aff. Étranc, 31ém. et Doc. (t. 770, f-^ 19). — La note où Sainte-Beuve essaye d'expliquer l'origine des relations entre Duvergier de Hauranne et Richelieu est bourrée d'erreurs. Le passage des Mémoires de Lancelot qui s'y trouve cité n'est qu'un ouï-dire d'après lequel l'illustre auteur de Port-Royal a échafaudé des hypothèses contredites par les faits. Comme nous l'avons prouvé déjà , comme nous le rappelons ici, Duvergier de Hauranne et Richelieu se connaissaient dès le début de leurs carrières, et notamment par Chasteigner de la Rocheposay; sur un point seulement Lancelot a raison : c'est quand il assure que « Saint- Cyran savait quelques particularités fort secrètes de la vie de Richelieu et qui n'étaient pas des plus belles ». V. Port-Royal, édit. inl2 (t. 1, p. 307).

(3) Aff. Étr. (t. 770, f» 41), 29 mai 1615.

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entre nous qu'au cas que le roi nous refusât la publication du concile sur laquelle nous insistons, nous la ferions en nos conciles provinciaux et tâcherions de la faire observer en nos diocèses. Mais il s'y trouve bien des difficultés... Je vous écrirai par le menu tout le progrès qu'aura pu faire cette affaire , la plus grande et la plus importante qui soit pour le rétablissement de la gloire de Dieu en ce royaume. » Dans cette même lettre, l'évèque de Nantes témoigne à celui auquel il rend compte « du désir qu'a toute la compagnie de vous gratifier et testifier l'estime qu'elle fait de vos actions, »... « M. de Bourgueil et moi, ajoute-t-il nous sommes vos petits disciples. » Et enfin, il fait l'allusion la plus délicate à l'intimité qui lie l'évèque d'Orléans, l'Aubespine, à l'évèque de Luçon. Nous allons voir comment celui-ci en usait avec cette amitié (1).

Vers cette même époque, en effet, il recevait une lettre qui émanait encore d'un ecclésiastique, mais qui devait avoir, pour lui, une tout autre saveur. Le signataire était Bertrand d'Eschaux, évêque de Bayonne. Il avait avec lui des relations déjà anciennes. Très lié avec Duvergier de Hauranne , avec Jansenius , avec La Rocheposay, Bertrand d'Eschaux appartenait à cette étroite intimité des amis de la première heure que nous avons vus se grouper autour des deux évèques de Poitiers et de Luçon, 11 avait un pied à la cour. Béarnais, de très bonne souche, il était aumônier du roi. C'était un esprit cultivé, mais original, avec des manières et un langage gascons qui prêtaient un peu au ridicule. Il allait être nommé bientôt à l'archevêché de Tours, et ne devait manquer, plus tard , le chapeau de cardinal que par suite de l'opposition qu'il rencontra chez son ancien ami, Richelieu. Il vécut très vieux et resta jusqu'au bout très amoureux des belles-lettres et des belles personnes (2). Or, c'est lui, dans les circonstances que nous allons dire, qui ouvrit à l'évèque de Luçon le chemin des grands emplois.

(1) Aff. Étr. (t. 770, i° 42). Sur les questions relatives au concile de Trente, traitées dans l'assemblée du Clergé, \oït Dépêches de Contarini, Biblioth. Nat., fonds italien (vol. 1768, fo 175).

(2) Sur Bertrand d'Eschaux, voir l'Historiette de lU'»'^ de C/ievreuse dans Tallemant DES RÉAUx, et la 3f"'« de Chevreuse de V. Cousm, édit. in-12 (p. 115); Tamizey de LARRoyuE, Lettres inédites de Bertrand d'Eschaux au secrétaire d'État, Villeroy. Extrait de la Revue de Gascogne, 1864. — Cfr. Mémoires du P. Rapin (t. I, p. 32).

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