ORIGINE DES LUYNES
nommée Branles, « assise sur une roche et où le père avait fait planter une vigne » ; enfin une île nommée Cadenet « que le Khône avoit quasi toute mangée et qui disparaissait, de temps à autre, par le cours du fleuve , pour être remplacée par une autre qu'on appelle Limen. » A la mort de leur père , les trois frères se partagèrent ce fantastique héritage et vinrent à la cour. Ils étaient très adroits aux exercices, jouaient bien à la courtepaulme et au ballon. L'ainé fut page du comte deLude, puis introduit auprès du roi Henri IV par un favori propre à tous les services, La Varenne. Il plaisait par sa jolie figure, sa tenue modeste, son esprit discret et mesuré. Il obtint une pension de quatre cents écus, sur laquelle il nourrit ses deux frères : ils étaient unis, tous trois, d'une amitié si tendre qu'on ne pouvait s'empêcher de les admirer et de les aimer (1).
Après la mort de Henri IV, quand le nouveau roi vint à grandir, on commença à s'occuper de ses relations journalières; il les choisissait généralement assez mal : un soldat nommé Haran; un « plat pied » de Saint -Germain en Laye, nommé Pierrot « qui lui faisoit passer le temps et lui fournissoit des moineaux ». Puisque le roi décidément n'avait de goût que pour cet ordre d'amusements, on pensa qu'il fallait en confier le soin à quelqu'un de plus relevé. M. de Vitry, capitaine des gardes du roi, songea à placer là une de ses créatures, un soldat des gardes, nommé La Coudrelle, « qui entendait fort bien la fauconnerie ». Mais le gouverneur du roi, M. deSouvré, averti à temps, contrecarra cette intrigue, et, pour mettre en cet endroit un homme qui lui aurait toute l'obligation , il jeta les yeux sur Luynes (2). Le roi avait déjà paru s'attacher à lui. En raison de la grande disproportion des âges, de l'origine modeste, des relations et des moyens médiocres, le personnage ne paraissait point dangereux (3).
(1) Mémoires de Richelieu (t. I. p. 74). Cfr. Victor Cousin, le Duc et connétable de Luynes, dans le Journal des Savants , 1861 et suiv., et 3i'"« de Chcvreuse , Didier,
(2) M0NTP0UILL4N , dans ses Mémoires, imprimés dans le tome IV des Mémoires de La Force, donne une version un peu différente des origines de la faveur de Luynes, à laquelle il prétend avoir eu la plus grande part (t. IV, p. 20 et suiv.).
(3) Fontenay-Marecil.