AUTORITÉ DE CONUE
et donnait quelque fermeté à son cœur toujours vacillant : c'était Bouillon, conspirateur tenace, esprit adroit et ingénieux, qui passait sa vie à exciter la discorde et qui nageait dans la rébellion (1). Le duc de Mayenne, le duc de Longuevilie, étaient, bien entendu, de la partie. Si le chef des protestants, Rohan, se tenait coi, en revanche on avait trouvé moyen de détacher du parti de la reine jusqu'au duc de Guise.
Nevers, toujours fou, se trouvait offensé de l'intérêt poli, mais froid, qu'on portait à son rêve de croisade et se mettait aussi à bouder. Tous les anciens ministres, y compris Sully, fomentaient la discorde et attaquaient le pouvoir qu'ils avaient si longtemps servi. L'opposition avait d'autres appuis non moins redoutables : le Parlement, où des esprits bilieux comme le président Le Jay échauffaient les jeunes têtes; le peuple de Paris, qui était en train de se faire un héros du cordonnier Picard. Ces dispositions hostiles à l'égard du gouvernement de Concinise répandaient jusque dans les provinces, et, le 15 août, à Péronne, le peuple, chassant le gouverneur, avait remis la cité aux mains du duc de Longuevilie. Du dehors, les princes étrangers, engagés contre la maison d'Espagne, soutenaient les réclamations de Condé (2).
Ainsi, de toutes parts, venaient vers celui-ci des encouragements et des secours qui exagéraient sa confiance en ses forces et exaspéraient ses ambitions. 11 était le vrai roi de Paris, vivait d'une vie , à la fois désordonnée et crapuleuse , qui ne lui laissait ni le temps de réfléchir, ni la liberté d'esprit nécessaire pour agir au moment opportun. Autour de lui, ses compagnons de débauche criaient à l'étourdir. Dans un de ces banquets, un mot fut pro-
(1) Voir LvcGEi-, le Duc de Bouillon, d'après les documents inédits. Bévue des Deux- M ondes (déc. 187G, janvier 1877).
(2) Le récit circonslancié de toutes ces intrigues encombre les Mémoires du temps. 11 faut être au courant des moindres détails pour goûter l'admirable page de psychologie politique qui se trouve dans les Mémoires de Richelikc (t. I,p. 114). Comme force d'analyse et comme pénétration, cela dépasse de beaucoup ce que l'on vante le plus dans la Chartreuse de Parme; le passage commence par ces mots : « Car, premièrement, ils ruinaient le service de Leurs Majestés... » Je crois devoir ajouter que cette indication n'est pas à l'adresse du lecteur superficiel. — Cfr., d'ailleurs, Journal ri'Au- N4UU) (p. 188), FoNTENAY-MviiEuir, (p. 83-85, 105), et la Correspondance de Contarini pendant toute cette période. — Pour l'affaire de l'éronne, voir Une Récolte à Péronne sons le fjoxivernement du maréchal d'Ancre, par Au'ked Dvnicouut, 1885, in-8o.