DISCOURS DES PRÉSIDENTS
suprême vernis. C'était sur ses instances que le pape avait prononcé la nullité du premier mariage d'Henri IV, et ainsi Marie de Médicis indirectement lui devait un trône. Il plaisait à la reine parce que, dans les conseils, il trouvait toujours de bonnes raisons pour justifier les mesures pusillanimes. Affable et très doux, corrupteur plus encore que corrompu , n'ayant d'autre dessein que de gagner du temps pour rester aux affaires et de rester aux affaires pour gagner du temps, il était le type de ces hommes publics qui ont ce qu'il faut de prudence et de capacité pour se maintenir au pouvoir, mais non ce qu'il faut de courage pour y accomplir de grandes choses. La peur avait été toute sa politique , et Richelieu ne tarit pas sur la « lâcheté » de ce chancelier dont « le cœur était de cire », et qui « cherchait en toutes occurrences les accommodements et les conseils moyens que César dit n'être pas moyens, mais nuls dans les grandes affaires (1) ».
C'était cet homme pourtant qui allait manier à son gré les États; c'était ce faible et tremblant serviteur des rois qui allait donner le coup de la mort à l'institution libérale la plus ancienne et la plus autorisée qui eût survécu en France. Tant il était évident que la royauté l'emportait! La nation elle-même donnait les mains à sa propre défaite que cette réunion des États allait consommer.
Sillery parla plus d'une heure. Quand il eut fini, il alla prendre l'avis du roi et déclara la session officiellement ouverte. Ce fut alors le tour des présidents des trois ordres. M. de Marquemont, archevêque de Lyon, personnage illustre, plein de science et de doctrine, canoniste et diplomate, harangua succinctement au nom du clergé. Un vieillard du Midi, le baron de Pont-Saint-Pierre, « debout et le chapeau à la main, » prononça, au nom de la noblesse, un pénible et maladroit discours. Enfin le président Miron
Cl) Sur Sillery, voir RifiHEUEU, 3/emoi?*es, éd. îMlcli. et Pouj. (t. I), les porlraitâ que tracent de lui les ambassadeurs vénitiens : Ancelo Badoer, dans Barrozzi eu Berchel (t. I, p. 120) et Pietuo Pniuu (p. 228). — Parmi les auteurs contemporains, je ne citerai que ce passage expressif d'une lettre de De Tmou : « Je donnerai, avec Clément VIII, ce pontife si judicieux, le nom de lienard ù un liomiiie qui a été notre ambassadeur à Uome et avec qui Villcroy a été autrefois intimement lié. » Édil. de La Haye, 1740 (t. X, p, 583). — V. aussi la note de M. Avenel, dans la Correspondance de Richelieu, (t. I, p. 157).