ARRESTATION DU PRINCE DE CONDÉ
Barbin lui demanda d'indiquer le remède. Sully fut interloqué. Il n'osait pas dire le fond de sa pensée, qui était de changer les ministres et de le rappeler lui-mème aux affaires. Mais il reprit ses prédictions funestes et, comme il partait, revenant sur ses pas, une jambe avec la moitié du corps dans la chambre, il dit : « Sire, et vous, Madame, je supplie Vos Majestés de penser à ce que je viens de dire; j'en décharge ma conscience. PIût à Dieu que vous fussiez au milieu de 1.200 chevaux; je n’y vois d'autre remède »; puis il s'en alla (1).
La reine ne pouvait plus se contenir. Elle allait de l’un à l’autre, prenant tous les seigneurs de la cour à témoin de sa conduite, de sa longanimité à l'égard des princes. Est-ce que personne ne l’aiderait à défendre l'autorité du roi? Puis, elle se retournait du côté de Louis XIII, le suppliait encore de la décharger du fardeau du pouvoir. Tout cela était public. Les hostilités étaient déclarées. On se demandait seulement lequel des deux partis oserait faire le premier pas : celui-là était sûr de Ja victoire.
Condé, au lieu d'agir, perdit du temps à braver ses ennemis en paroles. Il eut, avec Barbin, une conversation qui commença par des caresses réciproques et qui finit par une rupture. Le ministre avait pris son parti depuis longtemps. Il entraina la reine. Elle fit prêter un serment particulier de fidélité par les dix-sept seigneurs. On donna des ordres au maréchal de Thémines. Des préparatifs furent faits presque publiquement. On porta des pertuisanes par caisses, chez Barbin, en guise d’étoffes de soie d'Italie et, le 1° septembre, comme le prince de Condé se rendait chez la reine pour assister au conseil, Thémines, lui mettant la main sur l'épaule, l’arrêta. Le jeune Louis XIII, qui avait assisté au début de l'opération, montra une force de dissimulation qui eùt dû ouvrir les yeux à ceux qui, ce jour-là, agissaient en son nom (2).
(1) 3 septembre 1616. — Voir RicaELIEU, Mémoires (p. 119) et ARNAULD D'ANDILLY (p. 207).
(2) Mémoires de PoNTcHARTRAIN (t. IT, p. 239). Journal d'ARNAULD D’ANDILLY (p. 205). — M. le prince se trouva être malade de... qu'il avoit gagnées chez un m.., nommé Chercaut, lequel tient des femmes chez lui, et traite en festins... M. le prince avoit été averli, par diverses fois qu'il y avoit un dessein de l'arrêter, et encore le mercredi au
soir, allant au b... avec un seul gentilhomme près Saint-Martin-des-Champs, il en eut avis, et répondit : « La bête est trop grosse. » Journal d’ARNAULD D'ANDILLY (p. 197).