‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 120 sur 479 · PROJETS FINANCIERS · texte numérisé non relu

PROJETS FINANCIERS

de l'argent à tout prix, et il enjoignit à la cour des aides d’enregistrer les édits (1). Quelques jours après, on envoya auprès d'elle le comte de Soissons assisté d’un maréchal de France et de trois des plus anciens du Conseil, et il fallut bien s’exécuter. Les ministres. se procurèrent ainsi quelques ressources.

Barbin était, d’ailleurs, disposé à s'appliquer sérieusement à ses fonctions, et à mettre un peu d'ordre dans le bourbier suspect où la bonhomie de son prédécesseur, le président Jeanmin, avait fini par se perdre. Assisté d’un homme expérimenté, Arnauld, l'intendant, il fit préparer un relevé complet de tous les états de ressources et de dépenses du Trésor pour l'année 1617. Il voulut que ce travail fût prêt le 1* janvier; ainsi, pour la première fois depuis Sully, et pour la dernière fois, peut-être, jusqu’à Colbert, on vit, au début de l’année, un budget complet de « l'exercice » dans lequel on allait entrer. Ce travail permit de relever de grosses 1rré-

gularités. On s’aperçut, par exemple, que, rien que dans la solde

des Suisses, il y avait des manquants montant à près de 300 000 livres. Arnauld d’Andilly, qui nous raconte ce détail, fait observer simplement que M. de Castille, gendre du président Jeannin, était, en même temps, ambassadeur en Suisse, et était chargé, par conséquent, à la fois de conclure les traités et de verser les sommes qui Jui étaient remises par son beau-père. De telles insimuations visant des personnes qui passaient pour honnêtes, s'expliquent par les . mœurs du temps. Personne ne s’étonnait de voir des particuliers s'enrichir aux affaires. On demandait seulement qu'ils y missent quelque mesure (2).

Dans l'affaire des élus, sur laquelle s’était expliqué le président Chevalier, on fut également obligé de convenir, après vérification, que l’affermage était fait dans des conditions fâcheuses pour les intérêts du roi. La corruption, la faiblesse des gouvernements précédents pesaient ainsi sur la nouvelle administration. Mais celle-ci

(1) Journal d'ArNauLD (p. 246). — Cet incident a frappé Richelieu. Car il en fait mention dans ses notes intimes. Voir Maximes d'État et fragments politiques. dans |

Collect. des Documents Inédits (p. 729).

(2) Voir tous ces faits dans les Mémoires d'ARNAULD D'ANDILLY, qui colles avec son oncle Arnauld, l’intendant, à la confection de ce travail (édit. de 1734, p. 110). — Voir aussi Journal D'ARNACED (p. 252).

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