‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 146 sur 479 · L'OPINION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

L'OPINION PUBLIQUE

quer le tout pour le tout... Nous tenons cela de la bouche même de l'évêque de Luçon, qui nous a dit que c'était chose décidée et décrétée dans le Conseil (1). » *

Tout d’abord, on veut agir sur l'opinion. Ce serait une erreur de croire que, sous l’ancien régime, les gouvernements tenaient peu de compte du sentiment public. Ils s’appliquaient, au contraire, à rester constamment en contact avec lui. Pendant les guerres de religion, on avait connu la force des courants d'idées déterminés par une active publicité. Tous les partis rivaux s'efforcent de gagner les esprits à leur cause. Une nuée de pamphlets s’abat sur le pays; une guerre de plume passionnée épuise toutes les armes. La presse actuelle n’est ni plus prompte, ni plus ardente, ni plus téméraire, ni plus spirituelle parfois, ni parfois plus niaise. Tout se dit, tout s'écrit; le torrent des injures, des médisances et des calomnies grossit toujours et déverse impunément ses ondes noires : la polémique dénonce elle-même les abus de la polémique (2).

Luçon, emporté peut-être par son ardeur juvénile, se jette dans la mêlée. Le duc du Maine, fils du fameux Mayenne de la Ligue, « homme violent et téméraire, d'esprit impatient et de nature inquiète, ennemi mortel du maréchal d’Ancre », s'était plaint, dans un mémoire répandu à profusion, des procédés violents employés par les chefs du gouvernement, et, s’exagérant sa propre importance, il avait prétendu qu’on avait voulu le faire assassiner. Le 17 janvier 1617, Richelieu lui répondait, au nom du roi, par une lettre publique (3). C’est un curieux morceau d’ironie concentrée. « Je ferai châtier le coupable, s’il le mérite, dit le roi, je ne souffrirai jamais qu’en mon État on pratique impunément telles méchancetés. Mais je permettrai aussi peu qu'on entreprenne sur les places que me gardent mes sujets et mes serviteurs que sur leurs vies. C'est pourquoi, demeurant dans les bornes de votre devoir, vous

pouvez vous assurer que rien ne vous conservera plus sûrement les

(1) Ambass. Vénit. (t. 1770, fo 249).

(2) Advertissement à la France, touchant les libelles qu'on sème contre Le gouvernement de l'Etat, 1615.

(3) Voir les deux mémoires pour et contre dans le Mercure françois tee 1617, p. 37 et suiv.). — Cfr. Corresp. (t. I, p. 255).

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