LE HAUT CLERGÉ AUX ÉTATS
Dès le début, le clergé, sentant sa force, voulut la faire sentir à la cour. Il était mené par une sorte de comité directeur à la tête
duquel se plaçaient naturellement les cardinaux : de Joyeuse,
Sourdis, La Rochefoucauld et Duperron. Mais Joyeuse étant malade et presque mourant, La Rochefoucauld, bonhomme, mais mou et sans autorité, les véritables chefs étaient Sourdis, président habituel de la chambre ecclésiastique, et Duperron. Celui-ci se tenait plus à l'écart et, ménageant sa réputation de savant, d'orateur et de courtisan, se réservait pour les grandes occasions. |
Ce Duperron passait pour un oracle, aussi bien en France qu à Rome. Normand d’origine, né en Suisse, il réunissait en sa personne la prudence, le flegme et l'esprit pratique de ces deux froides régions. Il était, disait-on, fils d'un ministre protestant chassé de son pays par la persécution religieuse. S'étant produit de bonne heure à la cour, il avait trouvé son chemin de Damas parmi les voies du monde, s'était converti et était entré dans les ordres. Écrivain distingué, orateur fleuri, poète à ses heures, il
avait été gratifié par Henri IT d’une pension de douze cents écus
que touchait, avant lui, le poète Desportes. Bon compagnon et que le mot pour rire n’effarouchait pas(1), il lisait Rabelais et nommait Montaigne le « Bréviaire des honnêtes gens. » Il avait gardé, de ses propres variations, un certain goût pour la tolérance et des amitiés dans le camp protestant. Pour lui, les luttes religieuses devaient s'en tenir à la controverse, où il excellait. Son grand jour avait été la fameuse dispute contre Duplessis-Mornay. Il avait battu le vieux soldat huguenot à la pointe d’une langue très affilée. Henri IV,
satisfait de ses services, l'avait employé à Rome en même temps
que le célèbre d’'Ossat et, quoique le talent diplomatique de Du-
perron n'eût ni la force ni la pénétration de celui de son collègue,
il avait contribué à mettre la couronne sur la tête du roi. Durant son séjour à Rome, l'éclat de la pourpre l’avait ébloui, et
1l était revenu en France très dévoué aux idées ultramontaines. Si
nous en croyons ses confidences intimes, il n’aimait pas les jésuites (2). Pourtant il les ménageaïit et il passait pour un de leurs parti-
(1; Voir l’anecdote de la Choisy dans le Perroniana {p. 54). (2) Voir, dans le Perroniana, l'article Anticoton (p. 13\.
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