‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 166 sur 479 · COLÈRE DE L'ÉVÉQUE · texte numérisé non relu

COLÈRE DE L'ÉVÉQUE

14 janvier, qu'à leur prière le Roi Catholique a écrit à l'Empereur pour le prier d'envoyer vers lui des ambassadeurs afin de traiter du différend que mon cousin l’archiduc de Gratz a avec eux. Par là, vous pouvez juger combien j'ai juste sujet de me plaindre de leur procédé, voyant, qu'en mème temps que je travaillais avec plus d'affection à cet accommodement, ils se sont pourvus à même fin par devers le Roi Catholique pour lui attribuer l'honneur d’être venu à bout d’une chose qui semblait particulièrement m'être réservée (1). »

Lucon ne peut se contenir longtemps à l'égard des ambassadeurs vénitiens; il va les trouver chez eux, tenant à la main la lettre par laquelle Béthune lui apprend l'échec de la négociation. I fait d’abord, d’un ton assez calme, un exposé complet de l’affaire, mais il s’anime en parlant, et enfin sa colère éclate : « Nous sommes trop intimes, nous, avec le roi d’Espagne pour nous plaindre de voir la paix se traiter à Madrid. Mais vous, c’est donc, désormais au roi d’Espagne que vous vous adresserez quand vous aurez des difficultés en Italie? Pouvoit-on s'attendre à une pareille conduite de la part de la République? N'est-ce pas elle qui avoit eu recours au roi de France? Est-ce ainsi qu'elle reconnoit le zèle qu’on a déployé à Paris pour arranger cette affaire? C'est un manque d’égards inouï, et le roi s’en souviendra. Pour le moment, il est faible, c’est vrai. Mais il n’est pas si bas que son royaume ne reprenne en peu de temps son ancienne vigueur et pour qu'il impose autour de lui le respect auquel il a droit... » C’est au tour des ambassadeurs de s’excuser et de plaider les circonstances atténuantes. Mais ils sont vengés (2).

Ils prennent pour confident de leur joie le nonce Bentivoglio, qui ne parait pas trop fâché, lui-même, du bon tour joué à son Jeune partenaire. Il écrit à Rome : « J'ai vu les ambassadeurs vénitiens qui m'ont dit que Lucon leur a fait, au nom de la reine, une grosse querelle au sujet de la négociation que la République a transportée à Madrid. Lucon, dit-il, espère encore que, si on ar-

(1) Correspondance (t. VII, p. 345 et 362).

(2) Voir tout le récit de cette scène si animée, dans la lettre des ambassadeurs du 7 février (vol, 1770, f° 321)

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