RAISONS DE SON ÉCHEC
la force. Il avait mal calculé : mal calculé le mérite de ses adversaires, mal apprécié sa propre autorité.
N’avait-il donc fait aucun retour sur lui-même? Ne s’était-1l donc pas aperçu que tout croulait autour de lui, que la carrière du maréchal était parvenue à un comble de témérité qui l’exposait au moindre caprice de la fortune, que le ministère dont 1l faisait partie n'avait ni poids, ni assiette, ni solidité? Était-il ‘donc aveugle? Et, s’il voyait clair, comment pouvait-il supposer que les autres tenaient les yeux fermés, et qu’ils ignoraient le peu de valeur d’une parole tombant de sa bouche? L'échec était la suite naturelle et fatale de la situation fausse où il se trouvait et de la témérité avec laquelle il s'était lancé sans consulter ses forces. Jeune présomptueux, averti par ce premier insuccès, il fut trop heureux de dissimuler, dans la catastrophe générale qui l’écarta du pouvoir, l'avortement complet et piteux de la première négociation importante qu'il eût menée et dont il se garda bien de souffler mot, par la suite, dans ses Mémoires.