PREMIERS SYMPTOMES
de la bourgeoisie, espérait, avec le concours des « politiques », imposer à la royauté et aux rebelles une fructueuse médiation (1). On citait, parmi les grands personnages qui s’attachaïent à ce parti, le vieux d'Épernon, favori hautain, jaloux de toute faveur qui n’allait pas vers lui (2); Lesdiguières, auquel la rumeur publique attribuait un mot inquiétant : « Je suis venu pour faire la paix d'Italie, et Je m'en retournerai pour faire la paix de France (3) »; Sully (4), tou- Jours chagrin et toujours impatient d’un pouvoir qui lui échappait toujours; Montmorency, si puissant dans son Languedoc; Bellegarde, Roquelaure, d’Alincourt, gouverneur de Lyon et fils de Villeroy. On disait que ces grands seigneurs, se targuant d’une fidélité particulière et affirmant que la politique de Concini et des ministres était contraire aux véritables intentions du roi, se préparaient à marcher sur Paris, à la tète d'une armée de 35 000 à k0 000 hommes, pour se mettre à la disposition de Louis XIIT et l’arracher à la servitude où le tenaient la régente et ses favoris. Pour couper court à ces bruits, — peut-être à ces projets, — le mieux était de mettre à exécution, sans retard , la résolution arrêtée de conduire le roi à Soissons. Mais, sans qu'on püt s'expliquer exactement pourquoi, ce voyage, toujours annoncé, était retardé de jour en jour. À la fin de février, on prie les ambassadeurs de se préparer à accompagner le roi « qui partira la semaine prochaine (5) ». Le 12 mars, le voyage devient problématique. « On craint de laisser Paris sans troupes avec le prince de Condé dans sa prison. Un soulèvement populaire auroit vite fait de le délivreret de lui confier le commandement de la capitale (6). » Les uns affirment que c'estle roi qui ne veut pas partir; les autres disent que la reine est indécise : « Une personne bien renseignée m’assure que la reine a peur du
(1) Sur le Tiers-Parti, voir notamment POoNTCHARTRAIN (t. II, p. 255); le Libre discours de M. de Rohan sur le temps présent, 1617; Benrivocuio, lettre du 28 févrieret61t7A081 D 120)
(2) V. Mercure François, p. 189; BeNrTivocLio (t. I, p. 86) ; C'orrespond. (t. I, p. 490).
(3) BENTIVOGrI0 (t. I, p. 107).
(4) « M. de Sully a écrit à la Reine de son style ordinaire qui décrie le gouvernement ; mais, à mon avis, ses humeurs se déchargeront par sa plume. » Lettre de RICHELIEU du 9 avril. Correspond. (t. VII, p. 371).
(5) BENTIVOGLIO (t. I, p. 122).
(6) Ambass. Vénit. (vol. 1770, f° 327).