OUVERTURE DES ÉTATS
Vers cette époque, les députés arrivèrent un à un de leur province, non sans se plaindre des fraicheurs de l'automne et de no bte de la saison. On dut attendre les retardataires. La majorité du roi fut déclarée en séance solennelle du Parlement, le 2 octobre. Les députés présents à Paris assistèrent à la cérémonie. On arréta , enfin, au 26 octobre, la date de la procession des trois ordres et 4e la messe solennelle qui, selon la coutume, devait précéder l'ouverture des États. |
Les députés étaient convoqués pour huit heures du matin au cloitre du couvent des Augustins, dont les vastes constructions gothiques s’élevaient sur la rive gauche de la Seine, un peu en amont du Pont-Neuf. Le roi et la cour arrivèrent, en grande cohue, sur les dix heures. Après de nombreuses disputes et contentions sur les rangs et préséances, M. de Rhodes, grand-maître des cérémonies, finit par placer à peu près tout son monde, et la procession commença par un défilé devant le roi. On lui avait préparé, sous le portail de l’église des Augustins, un dais où il s'était assis, la reine et les princes du sang près de lui. Chacun, en passant, faisait de grandes et profondes révérences. Le prince de Condé était debout et bien en vue; on remarqua que des gens apostés le désignaient aux députés en disant : « Saluez Monsieur le Prince » (1). Mais, rien qu à l'inspection des visages, celui-ci devait bien voir que le coup qu'il avait préparé était manqué et que ces bonnes gens de province, inclinés devant leur roi, majeur de la veille, n'avaient | nulle envie de servir les ambitions d’un cadet avide et insoumis.
Les présentations achevées, la procession s’ébranla, et, sortant du couvent, se développa lentement Le long du quai des Augustins, puis, par la rue de la Harpe, gagna Saint-Séverin, le Petit-Châtelet, traversa la Seine sur le pont Notre-Dame et se dirigea vers le parvis (2). Tout le long du parcours, les soldats du régiment des
(1) FLORIMOND RAPINE, loc. cit. (p. 91).
(2) Pour le récit de la procession, je me suis servi, outre les renseignements contenus dans les ouvrages généraux, Mercure françois, FLORIMOND RAPINE, CLAPISSON, etc., des documents suivants : Cérémonial observé à la procession des États de 1614, 500 Colbert (vol. 139, f° 154). — Extraits des registres de l'hôtel de ville de Paris 500 Colbert (vol. 143, f* 101 et 107). — Autre Extrait des registres du parlement (fes 111
et114).— Voir aussi « Ordre que le roi veut être observé à la procession des États», fonds Dupuy (vol. 76); 500 Colbert (vol. 13, fo 197); fonds Brienne (vol. 270, f° 12 et 132).