‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 203 sur 479 · XUPTURE PROVISOIRE AVEC LA REINE · texte numérisé non relu

XUPTURE PROVISOIRE AVEC LA REINE

des lettres aigres-douces où le fiel perce. Les subalternes se plaisnent de son absence et la lui reprochent. Un homme d'esprit peint, avec détachement et philosophie, les « météores de ce petit monde ».

La Reine change de ton dans ses lettres au Roi et à Luynes. Elle ne demande plus son conseiller et son ami avec la fureur des premières heures : « Monsieur de Luynes, écrit-elle, il faut que je vous confesse que J'ai été fort étonnée qu'on ne m'ait pas voulu donner du contentement sur le sujet de M. de Luçon. Car cela me fait croire qu’on ne se méfie pas de lui, mais de moi... C'est faire beaucoup de tort à mon intégrité de s’imaginer que je veuille me servir dudit évêque pour brouiller... Je désire me servir de lui pour mettre quelque bon ordre à mes affaires particulières. »

Quel changement! En vérité, la présence effective est nécessaire à cette femme de matière si lourde et d'esprit si court; sinon, dans sa mémoire et dans sa passion même, les voiles s’épaississent vite. Elle écrit encore à Richelieu, en juillet, pour se plaindre de ne pas recevoir de lettres de lui. Elle ajoute que c'est chose « qu'il peut faire librement sans craindre que le Roi le trouve mauvais » et elle l'invite à « ne pas se montrer si paresseux à lui faire savoir de ses nouvelles ».

IL est très embarrassé; pourtant, 1l se décide. La lettre, qu'il rédige avec le plus grand soin, dit beaucoup pour qui sait lire : « Madame, les jours que je suis sans avoir l'honneur de voir Votre Majesté m'étant des siècles, la passion que j'ai à son service ne me permet pas de différer plus longtemps de lui témoigner que si je suis absent d’elle, jene laisse pas d’y penser comme je dôis et ainsi que sa bonté m'y oblige... Votre Majesté aura agréable, sil lui plait que je m'acquitte de ce devoir en son endroit en attendant que j'aie le bonheur de me tenir auprès d'elle... La forte passion que j'ai au service de Votre Majesté ne me permet pas de différer davantage (1)... » Il y à, dans tout cela, un autre accent que celui de la fidélité d’un bon serviteur.

(1) La minute de cette précieuse lettre, qui paraît avoir été enlevée aux archives des Affaires Etrangères, fait partie maintenant des collections de la Bibliothèque Nationale,

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