LES BIENS ECCLÉSIASTIQUES EN BÉARN
Roi lui-même indemniserait, sur son domaine, tous les propriétaires actuels.
Pour les intérêts, la transaction était honorable. Quant aux principes, la cause protestante avait le dessous. Le parti ne voulut pas se résigner à cet échec. Lescun était enragé de sa défaite. IL s’écriait en une formule classique : « Si je ne puis fléchir les dieux, je soulèverai les enfers! » Dansle Béarn même, La Force, d'ordinaire plus sage, — mais irrité par la disgrâce de Montpouillan, — soufflait sur le feu. Les États de Béarn firent opposition à l’édit de mainlevée. Le commissaire du Roi, Renard, envoyé dans la province pour l'exécution de l'arrêt, est chassé ignominieusement (1).
Ainsi, parmi les troubles et les agitations que le parti de la reine mère et le parti des grands suscitaient dans le royaume, la querelle avec les protestants s’aigrissait. L'année 1618 s'était passée dans ces discordes. Au début de 1619, l’Assemblée des protestants, qui siégeait en permanence, avait été transférée à la Rochelle. La paix ou la guerre sont entre ses mains.
En présence du danger imminent, les sages du parti se jettent en travers des violents. Ils les supplient de réfléchir encore. Bouillon, qui craint qu’un coup de tête ne trouble l'exécution de ses vastes projets, se prononce énergiquement pour la paix. Lesdiguières adresse à l'Assemblée des paroles sages. Rohan et Soubise eux-mêmes conseillaient la patience. Duplessis-Mornay, avec sa longanimité ordinaire, négociait un compromis. Un instant, l’Assemblée de la Rochelle donna son adhésion. Mais l'intransigeance de Lescun et des Églises de Béarn rompit tout (2).
Une nouvelle Assemblée, autorisée par le Roï qui voulait tenter toutes les voies de la conciliation, se réunit à Loudun, le
(1) Mémoires de La Force (t. 11, p. 10).
(2) 11 y avait des intérêts particuliers importants engagés. Les biens ecclésiastiques avaient été vendus, partagés, revendus, en un mot, ils avaient changé de mains. La question n'était pas sans quelque analogie avec celle de la restitution des biens nationaux après la révolution. — Ét. PAsquIER donne des détails assez précis sur la mesure et sur ses conséquences. Il affirme que les biens représentaient un revenu de 78.000 li- vres. Il blâme avec raison l’insistance des évêques à rentrer en possession des biens eux-mêmes et trouve très imprudente la mesure prise par Louis XIII (loc. cüt.).