‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 78 sur 479 · LUÇON, AUMONIER DE LA REINE RÉGNANTE · texte numérisé non relu

LUÇON, AUMONIER DE LA REINE RÉGNANTE

de la cour sont arrivées directement à Richelieu. Il a obtenu enfin ce qu'il désire : c'est la charge d’aumônier de la jeune reine. La décision a été prise à Bordeaux, dès le début de novembre. Le 6 novembre, l’évêque écrit à la reine mère; il lui donne force détails sur tout ce qui se passe autour de lui; puis sa reconnaissance éclate, rejetée avec une indifférence affectée à la fin d’une lettre d’affaires : « Cependant, je supplierai Votre Majesté de me permettre de lui faire voir en trois lignes que, n’ayant point de paroles assez dignes pour lui rendre grâces de l'honneur non mérité qu’il lui a plu encore me faire en mon absence, résistant de son propre mouvement à ceux qui me voulaient priver du fruit de ses promesses, je dédie toutes les actions de ma vie à cette fin, suppliant Dieu qu'il accroisse mes années pour allonger les vôtres; que, sans me priver de sa grâce, il me comble de misères pour combler Votre . Majesté de toutes sortes de prospérités (1). » Que ces paroles sont ardentes, que ces engagements vont loin, et que tout ce travail serait admirable, si les succès de l’ambition valaient une pareille : dépense d'effort sur soi-même, de volonté soutenue, et d'artifice !

Le résultat acquis, rien n’est changé, en apparence, dans la vie de Richelieu. Cette charge ne lui donne, pour le moment, aucune autorité politique. D'ailleurs, la cour est toujours par monts et par vaux, empêtrée dans les difficultés du voyage de retour. Le royaume est dans le plus grand désordre. Toutes les provinces sont en proie aux hommes de guerre : Rohan n’a pu résister à la tentation; Les protestants soulevés occupent tout le Midi; Condé a passé la Loire, et Bois-Dauphin n’a pas su l'empêcher de pénétrer dans la région de l'Ouest, d'où il peut donner la main aux protestants. Le frère de Richelieu, officier dans l’armée royale, trouve, pour qualifier la conduite du maréchal, des accents où l’on croirait reconnaitre le vigoureux langage de l'évêque : « J'ai eu tant de honte et de déplaisir d’avoir vu M. le Prince passer la rivière de Loire à la vue de notre armée, que, depuis cette heure-là, je n’ai pas eu le courage de vous écrire... sachant bien qu'il ne peut y avoir d’excuse valable pour justifier cette action et, qu’en telles occasions où il s'agit du

(1) Correspondance (t. VII, p. 9).

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