‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 89 sur 479 · PREMIÈRE INFLUENCE DE LUYNES · texte numérisé non relu

PREMIÈRE INFLUENCE DE LUYNES

On ne savait pas au juste ce qu'il y avait dans ces longues bou-

deries qui éclataient parfois en des crises de colère allant jusqu'à l'épilepsie.

Vers la fin de 1615, l'ambassadeur vénitien résumait sa propre impression dans ce tableau vigoureux où tous les traits sont habilement ramassés : « Quant au roi, on s'applique à le porter le moins qu'il se peut aux affaires; avec des apparences contraires, les ministres le laissent se perdre dans des jeux d'enfants, oiseaux, chiens et autres frivolités: on lui laisse tout le loisir d'aller à la chasse, qu’il adore... Aussi on remarque qu'il ne favorise que les gens de basse extraction. Tous ceux qui l'entourent dépendent

entièrement de la reine mère, qui les choisit, autant que pos-

sible, de capacité médiocre et de peu d'esprit, crainte qu'ils ne suggèrent au roi des pensées viriles. Aussi, il reste dans l’obéissance et le respect; l'autorité de la reine est entière et va plutôt croissant. Son fils ne parle, n’agit, ne commande que par elle. Le roi n’est, d’ailleurs, pas sans mérite; 1l a de la promptitude, de la vivacité. Il promettrait beaucoup si son éducation avait été meilleure, et s’il eût eu l'esprit plus enclin aux choses sérieuses (1)... »

Cependant, cette éducation qui avait été si négligée, cette prolongation de l’enfance ménagée avec tant d'art, celte incapacité de s'appliquer aux choses sérieuses dont on se réjouissait dans l'entourage de Marie de Médicis, abandonnaient le jeune roi à des influences qui, négligées tout d’abord, formèrent bientôt l’écueil sur lequel devait échouer la fortune politique de la reine mère et de Concini. Depuis quelque temps déjà, on se rendait compte que les conseils de Luynes s’étendaient au delà de « la petite volerie » et des pies-grièches.

Cette histoire des Luynes est un véritable conte de fées. Luynes, Brantes et Cadenet, trois frères provençaux, avaient hérité de leur père, brave capitaine dans les troupes du roi Henri, trois choses : une petite seigneurie, située entre Aix et Marseille, nommée Luynes, « et elle était si petite qu'on disait qu'un lièvre la franchissait d'un bond, plusieurs fois par jour » ; une métairie chétive

(1) Vol. 1768, fo 4.

RICHELIEU, — T. Il. {4

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