‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 91 sur 479 · AMITIÉ DU ROI POUR LUYNES · texte numérisé non relu

AMITIÉ DU ROI POUR LUYNES

Or, justement, les qualités qui avaient dicté le choix de l’entourage de Marie de Médicis furent celles qui gagnèrent le cœur du roi. Ce tempérament calme, prévenant et doux, cette maturité indulgente convenaient à l'enfant qui n'avait pas été élevé et dont la nature, à la fois peu communicative et faible, avait besoin d’être soutenue et dirigée. Il trouvait donc quelqu'un à qui parler, sans avoir à rougir de son bégaiement, qui voulüt bien s'amuser de ses amusements, une épaule où s'appuyer tandis qu’il s’acheminait, d'un pas si hésitant, vers la virilité. Il s’abandonna, en toute âme et confiance, à ce seul ami qu'on lui laissait. Son inexpérience ne lui permettait pas de découvrir le calcul qui pouvait se cacher sous ces apparences charmantes. Bientôt, il ne put plus se passer de Luynes. Il l'adorait. La nuit, il rêvait de lui; il en avait la fièvre : Luynes! Luynes! criait-il, à la grande surprise d’Héroard, qui se penchait sur le lit de l'enfant pour suivre, jusque dans le sommeil, les progrès de cette étrange affection (1).

Bientôt ce fut une question pour la reine mère de voir s’il était préférable d'engager la lutte contre Luynes et de le briser avant qu'il fût devenu plus fort, ou bien s’il valait mieux le combler, pour gagner sa gratitude. On prit ce dernier parti; c’est celui des âmes faibles, et il vient d'une connaissance bien incomplète du cœur humain : les bienfaits nourrissent les ingrats (2).

En 1614, Luynes recut le gouvernement de la ville et du château d'Amboise, qui fut retiré au prince de Condé. Pendant le voyage de Guyenne, le roi ne le quittait pas; il marchait, par les chemins, avec ce seul compagnon, galopait et chassait avec lui. Il l'envoya au-devant d'Anne d'Autriche, avec mission de présenter à celle-ci, « comme son confident serviteur », les hommages du jeune mari. Au retour, Louis XIIT avait plus d’veux pour son ami que pour sa femme. Il voulut s'arrêter trois jours, chez Luynes, à Amboise; 1l y parut satisfait et ravi de tout. « Le 9 février, il faisait un extrême froid ; le roi chassait le héron, et tant qu'il était

(1) Journal d’Héroarp. — Voir aussi ARMAND Bascuer, Le Roi chez la Reine.

(2) Je suis le récit de Richelieu, renseigné journellement par les confidences de Barbin (t. 1, p. 117). Il est, d’ailleurs, presque toujours confirmé par ARNAULD qui prenait part aux conseils et qui écrit au jour le jour.

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