‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 96 sur 479 · RICHELIEU ET LE PRINCE DE CONDÉ · texte numérisé non relu

RICHELIEU ET LE PRINCE DE CONDÉ

chal d’Ancre et de sa femme. Ceux-ci, guidés probablement par Barbin, pensaient qu'au moment où ils éloignaient les vieux ministres, ils avaient tout intérèt à se rapprocher des princes et à les satisfaire, du moins momentanément, pour donner à la France, fatiguée des dissensions de cour, le spectacle de la paix et de l'union autour du gouvernement de la reine mère.

Dès l’époque du retour de la reine, Lucon avait commencé, par lettres, cette négociation où il servait d’intermédiaire entre les deux parties : « J’ai communiqué le contenu de vos lettres à la reine

et lui ai représenté de nouveau autant qu’il m'a été possible la sin-

cérité de votre affection, » écrivait-il au prince. « Madame la maréchale ne s’oublie pas de solliciter le règlement des affaires restées en suspens, désirant comme elle le fait, avec passion, votre présence à la cour...» « Je vous dirai, Monseigneur, sans crainte de m’avancer trop, que vous trouverez Leurs Majestés mieux disposées que vous ne sauriez vous l’imaginer, et vous avoueral que M®%° la maréchale vous y a soigneusement et fidèlement servi, comme sans doute elle désire le faire en toute occasion (1). » Sur ces premières indications, Condé se décida à envoyer à Paris sa mère, la princesse de Condé douairière, et son favori Rochefort, pour tâter le terrain. Cependant les choses trainaient en longueur. Les lettres qu'écrivait le prince étaient contradictoires ; « ce qui fit, nous dit Richelieu lui-même, que, pour déméler ces fusées, la reine me dépècha vers lui, croyant que j'aurais assez de fidélité et

d'adresse pour dissiper les nuages de la méfiance que de mauvais

esprits lui donnaient d'elle contre la: vérité (2). »

Dans ce rapide voyage, Luçon aborda avec le prince toutes les questions restées pendantes. Il parla au nom de la reine d’abord et donna les assurances nécessaires sur sa bonne foi, son désir sincère de voir le prince revenir à la cour; il insista sur l'autorité que la présence du premier prince du sang apporterait aux résolutions du conseil. Il parla ensuite au nom de la maréchale d’Ancre, et dit que celle-ci promettait solennellement d'employer l'influence que son mari et elle pouvaient avoir sur la reine à maintenir le

(1) Correspond. (t. VII, p. 319).

(2) Mémoires (t. I, p. 112).

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