‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 99 sur 479 · AMBITIONS DE CONDÉ · texte numérisé non relu

AMBITIONS DE CONDÉ

noncé qui, sous une apparence énigmatique, pouvait cacher un sens redoutable : Barrabas. Chacun l’interpréta à sa facon, les uns se contentant d’y voir une insulte à l’adresse du ministre Barbin, selon le mot de l'Évangile : « Erat autem Barrabas latro; » mais le plus grand nombre affirmaient qu’il fallait dire « barre à bas », et que ces mots visaient la suppression de la « barre » qui, dans les armes des Condé, est le signe de la branche cadette : la branche ainée écartée, l’écusson aux fleurs de lys devait appartenir uniquement au prince. Condé lui-même disait sans mystère « qu’il ne lui restait plus qu’à ôter le roi du trône et à se mettre à sa place » (1).

Cette agitation, ces violences et ces ambitions avaient un point de mire avoué et commode : les Concini. Ceux-ci avaient échoué dans la tentative de rapprochement qui avait suivi la paix de Loudun. De part et d'autre, les haines s'étaient exaspérées. Dans l'entourage de Condé, on parlait couramment de l'assassinat du maréchal d'Ancre (2). On vivait dans une atmosphère de délations et de menaces réciproques. On s’habituait à l’idée qu’on était à la merci d'un coup de main; on s’apprivoisait avec le péril. Un jour que le maréchal alla visiter seul le prince de Condé, qui recevait l'ambassadeur d'Angleterre, les hommes du prince voulurent faire le coup. Ils attendaient un signal que leur maitre n'osa donner. Concini, averti, se tira promptement du piège et sortit en narguant assez crânement ceux qui le menaçaient (3).

Au fond du cœur, pourtant, lui et sa femme étaient troublés. Vers le milieu du mois d'août 1616, « ils dirent à Barbin qu'ils étaient désespérés, qu'ils voyaient bien que tout était perdu pour le roi et pour eux; qu’ils voulaient l’un et l'autre se retirer à Caen , et de là, par mer, s’en aller en Italie; que plûüt à Dieu! fussent-1ls dans une barque au milieu de la mer pour retourner à Florence ».

Barbin lui remonta un peu le cœur. Mais, peut-être commencait-

(1) Voir Mémoires de RicnELIEU (p. 120) et FonTeNAy-MAREUIL (p. 106). Journal d'ARNAULD (p. 191).

(2) Sur toute la série des complots pour tuer Concini vers le milieu de 1616, voir

LEvassor (t. I, p. 531-537).

(3) Cfr. Ricugieu et ArNauLD {p. 191).

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