‹ Histoire du Cardinal Pitra, bénédictin de la Congrégation de FranceChapitre 11 sur 91 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

dictine. La plupart des représentants de cette période que nous appelons dans notre histoire domestique les temps héroïques, ont disparu aujourd'hui. Venus après eux dans la famille, héritiers de leurs traditions, nous ne savons pas assez peut-être ce que furent les débuts. Pour certains, cette étude sera donc une révélation. Puisse-t-elle inspirer à tous plus de vénération et d'amour pour dom Guéranger, le premier abbé de Solesmes, pour ses premiers compagnons, et en particulier pour celui qui a le plus longtemps partagé ses épreuves et qui, pendant plus de vingt ans, s'est dévoué pour la congrégation naissante. Puisse cet exemple exciter en tous ce zèle qui faisait dire à dom Guéranger s'adressant à dom Pitra : « Acceptons toutes les humiliations, tous les déboires, mais avant tout il faut sauver la patrie » (1). Et la patrie dont il parle ici, c'était cette seconde patrie, Tordre bénédictin et la congrégation qu'il avait fondée. Le malheur unit ces deux hommes éminents plus étroitement, et au milieu de toutes les épreuves, un espoir les soutenait. Parfois, dans leur correspondance, ils s'écrient comme les héros antiques : « 0 passi graviora! dabit Deus his quoque finem ». Ils avaient appris à ne pas craindre la souffrance et savaient qu'ils tendaient vers la terre du repos !

A nous, leurs frères et leurs fils, la persécution n'a pas été épargnée plus qu'à eux. Si les difficultés des premiers temps ont disparu en partie, la vie ne laisse pas de nous être dure. Dom Guéranger et ses premiers compagnons bénéficièrent en général de l'indifférence du gouvernement de Juillet en matière religieuse. La loi, qui les astreignait à de sévères exigences, les respecta du moins dans leur domicile. Le gouvernement actuel, après avoir chassé les moines de leur asile, çi fermé les portes de l'abbaye de So-

(1) Lettre de dom Guéranger à dom Pitra, 6 juin 1852.

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