‹ Histoire du Cardinal Pitra, bénédictin de la Congrégation de FranceChapitre 82 sur 91 · A SA SAINTETÉ · texte numérisé non relu

A SA SAINTETÉ

(A la page 353.)

Très Saint Père,

Pendant la grave maladie au danger de laquelle j'ai échappé» grâce, je le crois, à la bénédiction de Votre Sainteté, je n'ai pu me tenir au courant des affaires de TÉglise. Au moment où je fus atteint, il me semblait que les avertissements si sages donnés par Votre Sainteté avaient ramené l'union complète parmi les écrivains catholiques et écarté les discussions fâcheuses qui s'étaient produites précédemment.

A mesure que les forces me reviennent dans ma convalescence et qu'il m'est permis de prendre connaissance des écrits qui se publient journellement, je vois avec une vive peine que cette union si nécessaire, commandée par les périls du moment, n'est pas aussi réelle et aussi assurée que je l'avais espéré. Il me semble, d'après certaines polémiques plus ou moins voilées, qu'il reste des germes de division et d'opposition très regrettables, et je regarde comme un devoir filial d'en exprimer tout mon chagrin à Votre Sainteté.

Dans la situation faite à l'Église en ce moment, en présence des hostilités redoutables auxquelles elle est en butte, tous les bons chrétiens, les membres du clergé, les évéques surtout et les dignitaires de l'Église, doivent se grouper autour de la personne sacrée du Vicaire de Jésus-Christ, et, sous son inspiration et sa direction, soutenir le bon combat avec une persévérante fidélité.

Le mal des divisions vient toujours d'un fond d'amourpropre et de trop grande confiance en soi-même qu'on ne sait pas réprimer. Pendant ma longue carrière de quarante-quatre ans d'épiscopat, à travers bien des agitations et des événements divers, plus d'une fois la pensée s'est présentée à mon esprit que le Chef de l'Église devrait prendre telle mesure et éviter telle autre. Mais Dieu, par sa grâce, m'a toujours fait comprendre que je n'avais pas reçu de Jésus-Christ l'assistance personnelle qui a été promise à Pierre et à ses successeurs ; et l'expérience m'a prouvé que les Papes sous lesquels j'ai vécu ont gouverné sagement l'Église, comme l'avaient fait pendant dix-huit siècles tous ceux qui les ont précédés.

Je fais des vœux, Très Saint Père, pour que tous, dans ces temps mauvais, se pénètrent de ces sentiments de respect, d'amour de l'Église, de modestie personnelle que l'Évangile nous enseigne, et pour que cette union intime des membres avec le Chef vienne soutenir votre sainte autorité et vous apporte les consolations dont Votre Sainteté est si digne.

Veuillez bien agréer, Très Saint-Père, l'hommage du profond respect et de l'entier dévoûment avec lequel je suis, de Votre Sainteté, le très humble et le très obéissant serviteur et fils,

J. Hipp., Cardinal Guibert, Archevêque de Paris,

Page 1