FAIT PAB M. LK MARÉCHAL DE LA FORCE
Après la mort du roy Benry troisième qui fut tué devant Pari» , le roy de Navarre qui estait lors avec lui fut reconnu pour roy de la plus part des grandz et bons français et tous les chefs de Parroée lui vindrent prester le serment de fidélité.
Quelques uns prenant prétexte sur la religion quittèrent et se mirent du party de la Ligue. Le roy Henry quatriesme craignant que son armée sy proche de Paris ne se peult dissiper par les pratiques de ceux de la Ligue ' print résolution d'en partir et s'acheminer au long de la rivière de Seine , s'assura des villes de Meulan , Mante, Vernon et Louviers, alla se loger à Darnatal prés de la ville de Rouen, où Sa Majesté demeura 11 jours pour tâcher d'incommoder ladicte ville et de pouvoir disposer les habitans ou ceux qui y commandaient à se remettre en son obéissence.
Pendant ce temps-là Sa Majesté eust plusieurs avis que le duc de Mayenne, qui estait le chef de la Ligue , avait rallye une forte et puissante armée et s'acheminait droit à luy avec
• Nous avons indiqué, plus haut (p. 127), le véritable motif de cette retraite.
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RÉCIT DU COMBAT D'ARQUKS
résolution de le poursuivre partout et ne s'amuser à autn; dessein qu'à sa personne pour a quel pris que ee fust s'en rendre mattre.
C'estait une matière assez importante pour bien agiter les esprits car ledit roy se trouvait comme acullé ayant la mer devant luy, à sa main gauche la province de Normandie et à sa main droite la Picardie presque toute contre luy , le costé de la rivière de Loyrc où il pouvait prendre sa plus sure retraite. Ladicte armée de M. de Mayene se trouvait audevant. Plusieurs divers conseils luy estaient donnés là dessus ; les uns quil falloit qu'avec cinq cents chevaux d'cslite sans aucun bagaige il entreprint de bonne heure de gaigner la rivière de l.oyrc et se rendit à Tours , d'autres qu'il y avait du péril et qu'il estait meilleur que Sa Majesté s'en al las t à Dieppe , et s "embarquas! pour se rendre en Angleterre où il ne fallait pas doubter que la roync d'Angleterre qui l'affectionnait grandement ne le reeeut très dignement et pourrait prendre le temps apropos pour s'en revenir de ce pays là avec de gaillardes forces. Le maréchal de Biron insistait surtout qu'il fallait conserver sa personne , et que pourvu que cela fust que tout le reste des affaires irait bien , et qu'infaliblcment avec le temps un chacun reviendrait à son devoir , et que s'il plaisait à Sa Majesté se résoudre de mettre sa personne en sûreté qu'il luy respondait de son armée et s'assurait de la bien maintenir. Sa Majesté ne peut jamais gouster aucun de ces expédiens s'afermit à ne vouloir point abandonner ses serviteurs allégant tousjours ce commun dire que qui quitte la partie la pert, qu'il estait entre les mains de Dieu qui est le protecteur des roys , qu'il voyait bien que s'il entreprenait de se retirer de la rivière de Loyre , que c'estait abandonner la meilleure partie de son estât , oster le courage à tous ceux qui luy estaient affectionnés andeçà , et que ce serait l'en priver pour jamais d'aller en Angleterre , qu'il le ferait encore moings, qu'il ne serait jamais dit que ses
3JU PIÈCES JUSTIFICATIVES
ennemis l'eussent t liasse de son royaume , qu'il e-tait re-olu d'y mourir.
Cette résolution prinse il fallut adviscr on il s«- pourrait placer pour prendre quelque assiette asseuree et où son artn»-»peut subsister , Ton proposa que la rivière qui allait d'Arqué* à Dieppe ne se pouvait guières guayer , et que Sa Majesté avec son armée pouvait tenir toujours l'un des costes. Le uurtrhal «le Biron pria le roi de luy permettre d aller en dilligence reconnaître le lieu ce qu'il fil soudain et à son retour a*seura Sa Majesté qu'elle ne pourrait choisir une meilleure assiette qu'il avait faict suivre toute la rivière et faict sonder les gues qu'on luy avait rapportes qu'il n'y avait moien de la pouvoir passer, entre ledit Arques et la ville de Diepe. Par la il concluait qu'on ne saurait empêcher qu'il n'eus! toujours l'un des coslés de ladietc rivière libre, et ainsi se pouvoir aider des fourrages et autres choses nécessaires ; que pour cet effet il fallait garder ces deux costes d'Arqués et de Dieppe , y faire un bon travail par de grands retranchements qui seraient defTendus de toute l'armée qu'on ne pouvait empêcher ayant l'un des costés libre d'avoir la communication asseuree de l'un a l'autre.
Des le lendemain toutte l'armée partit de Darnatal, proche «le Rouen et s'achemina audit Arques. Le château est sur un hault baty à l'antique , avec quelques grosses tours , le bourg est bas, dedans le valon, la rivière passe presqu'au milieu où y a un jKint.
Par les advis que l'on a <le l'arlieminement de l'armée de .Monsieur du .Mayne 1 on apreud qu'il vient de ce caste là droict audirt Arques, Miitdain on entreprend le travail des retranchemens nécessaires a la faveur du dit chasteau , que l'on laissait un peu à main gauehe se servant d'une emiuence qui se rencontrait assez a|iro|M»s et qui prenait un peu d'avantage sur l'estendue de la plaine qui estait fort grande et unie de ce
RÉCIT DU COMBAT D'ARQUES. 385
costé là , en deux ou trois jours ce travail feut merveilleusement avance. Il feust baillé aux Suisses à faire qui en avait chacun un teston tous les jours. Le maréchal de Biron p'en bougeait , et tout le dit travail fust tracé par luy.
Comme il fnst presqu'achevé les nouvelles arrivent que ledit sieur du Mayne prenait sa route vers le hault de ceste rivière et s'en allait à la comté d'Eu , il falleut quitter ce travail et en aller entreprendre un tout nouveau au delà de ladite rivière et du bourg et bien diligemment , puis que les ennemis venaient de ce costé là , afin de défendre le teste de notre logement qui estait au pied de la montagne.
Quatre ou cinq jours après l'armée dudit sieur du Mayne part de la ville d'Eu , qui en est environ deux lieux , en pays de grandes playnes unies, marche en bataille, faisant deux testes sans néanmoins beaucoup de séparation, Tune vers Dieppe et l'autre à Arques. Le front estait si grand qu'il paraissait y avoir cent mille hommes. Le maréchal de Biron désireux de les reconnaître et veoir leur contenance monte à cheval aprez avoir mis l'ordre qu'il faillait à l'armée et pourveu aux retranchemens.
Le bourg d'Arqués est dans une vallée assez estroite serrée de deux grandes montaignes. Celle qui est à l'opposite du chasteau d'Arqués est couverte d'un grand bois , et est coupée du costé du couchant par une autre vallée en la quelle passe aussi une petite rivière estroicte mais fort creuse , en laquelle y a un bourg nommé Martinglinze qui est au-delà tout joignant avec un pont sur le quel on passe ladicte rivière pour aller audict bourg, cette vallée assez estroite au-delà il fault monter une montaigne assez grande , comme vous estes au-dessus vous voyez une grande playne qui va jusque* à la ville d'Eu, par où venait cette grande armée.
Le maréchal de Biron s'y estant avancé avec quelques cornettes de cavallerie après y avoir reconneu ce qu'il voulait,
PIÈCES JUSTIFICATIVES
despeche de la même au roy qui estait allé a Dieppe et qui avait accoustumé de prendre le chemin de deçà Peau, de prendre l'autre costé de la rivière pour son retour qu'il nr serait asseuré de deçà d'autant que les ennemis estaient fort avancés , et le supplie de faire pourveoir au Pollet avant partir qui est le lieu où I on avait faict ces dehors à la faveur de la dicte ville.
Luy s'en revenant commanda à la compagnie de monsieur le prince où estait le sieur de Montatlèrc, de demeurer sur le haull du couteau en garde et reprenant son chemin vers le mesme lieu de Martinglize ordonna à deux regimens qui y estaient loges de se retirer au corps de l'armée dans les retranchemens , et de bruller diligemment ledict logement pour empêcher que les ennemis ne s'en peuvent aider , et continua son chemin jusque à Arques , commandant à un chacun de se proparer promptement pour recevoir les ennemis qui paraissaient déjà bien près. Il n'eust pas si tost mis pied à terre que l'on donne l'alarme que les ennemis avaient chargé la compagnie de monsieur le prince; en effet, ils le laissèrent surprendre sy mal à propos qu'une partie fut defaicte et les regimens qui estaient dans ledit bourg de Martinglise , furent sy paresseux â desloger , qu'ils abandonnèrent le bourg avec telle diligence , qu'ils ne le bruskt ent pas comme il leur avait esté ordonne. De sorte que les ennemis s'en rendirent maistres et y jetterent dedans neuf regimens , ayant toute l'armée qui estait veuue de ce cosle là en bataille sur le hault du coteau et sur le pendant tant cavallerie qu'infanterie.
Comme leur infanterie fut logée ils firent passer sur Hyène deçà le ruisseau quelques cornettes de cavallerie à la faveur de leur infanterie qui firent un petit ravelin de barriques au bout du pont de deçà.
Le maréchal de Biron estant remonte à cheval pour pourveoir à tout et après voulant veoir leur contenance s'avança ao-dela
RÉCIT DU COMBAT D'ARQUES
de nos retranchement avec de la eavalleric et alla jusqu'à la tournée d'où l'on pouvait veoir les ennemis et le dit bourg de Martinglise. Il apperreut qu'ils avaient faict passer quelque trouppe de cavallerie deçà le ruisseau et qu'ils ne pouvaient se retirer qu'A la file , ainsy qu'il y avait moyen d'attraper cela. Il fist advenir huiet ou dix cavalliers fort escartës pour faire la galentire , et les convier à tirer le coup de pistolet afin de les engager enca hors de leur barricade , et print le temps si apropos a leur donner la charge que luy mesme estant à la teste part de la main criant , donnez compagnons. Cela fust emporté si vigoureusement , qu'il n'y en cust pas dis qui eussent le moyen de gaigner le pont : cette charge réussit si heureusement et donna un tel effroi à tout ce qui estait dans le bourg qu'ils l'abandonnèrent et toute l'armée qui estait au-delà à la veue en branla tellement qu'ils demeurèrent plus de deux heures sans se bien rasseurer et sans pouvoir faire reloger l'infanterie dans ledit bourg qu'ils avaient abandonné. Le dict maréchal se repentit bien qu'il n'avait fait suivre de l'infanterie , car ils eussent bien eu le moyen et le loisir de le brusler , mais il n'y avait point d'apparence d'en espérer un tel événement. Il fault adjouster icy une gaillarde parolle du bon home qui aymait à dire le mot , quand cette charge fust achevée , il se retourna vers toute la trouppe et commença à leur dire en gascon : « Et ben compaîgnons nous y a ben fait « per nostre quattre dyners... »»
Voilà ce qui se passa à cest abord du costé d'Arqués. Du costé de Dieppe au Pollet, où estait le roy, il s'i fist aussi de très beaux et rudes combats fort advantageux et plains de gloire du costé du roy auxquels monsieur de Chastillon se porta très byen. Sa Majesté revint le soir à Arques par le mesme costé de la rivière , le maréchal de Biron se plaignayt de ce qu'il s'azardayt ainsy. Sa Majesté qui avayt veu le peu de résistence qu'ils avayent faict aux siens asseurant qu'ils n'eussent osé
PIÈCES JUSTIFICATIVES
l'attendre , et que quoyqu'il eust trouvé devant lay qu'il le* eust charges. C'estayt un plaisir de les vcoir tous deux reciter ce qui s'estait passé , chacun de son costé , et qui en emportait le prix.
Ces premières attaques furent si désavantageuses aux ennemi* et leur aportèrent un tel étonnement qu'ils demeurèrent deux ou trois jours à nous contempler sans rien entreprendre. Il se faisait quelques légères escarmouches , et se tirayl tousiours quelques coups de pistolet , car les corps de garde estoyent si près les uns des autres , roesme de la cavallerye , qu'il se faisait tousiours quelque chose , mais ils se tenayent si serrés dans leurs advantaigt-s qu'on ne pouvayt aller à eux sans éminant péril t quelques canonades se tiraient tousiours de part et d'autre , toutefois sans grand effet.
Il y avait un grand bourg au-dessus de celluy de Martinglise , sur la mesme rivière où estayt le principal corps de leur armée. Mais pour venir de là au quartier du roy le droyct chemin , il fallait passer une grande montaigne fort couverte de boys, de sorte qu'il ne paraissait jamais rien de ce costé là. Ils venaient tousiours par le valou au long de la rivière de Martinglise ou la plaine est assez spacieuse , soyt pour relever leur» gardes , et pour les attaques qu'ils vouloyent faire. Ils entreprindrent soiivant de nous taster, voyr s'ils nous pourroyent esbranler , mais ils entaient si bien receus qu'ils ne s'y engageayent guères.
Enfin ils se résolurent à une attaque générale et par un grand effort tacher de nous emporter.
I.e roy eust advis que toute l'armée se préparait et que ce qui estayt du costé de Dieppe marchait pour se rendre au qmr tier de monsieur du Maync ; Ton cretit que c'e*(ayt pour quitter ce logement et qu'ils avayent desseing d'aller reprendre le dessus de la rivière d'Arqués , faire le tour, et nous attaquer de l'autre costé. Sur cet advis Sa Majesté commanda a la Forte
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de monter à cheval avec sa compagnie , gur l'entrée de la nuict de prendre le haut de la roontaigne vers le quartier des ennemis , se jetter sur le chemin qu'il falloyt qu'ils priassent an cas qu'ils eussent a desseing de reprendre l'autre costé de la rivière , en tout cas pour luy savoir dire la routte que les ennemis prcmlroyent.
Il y demeura toute la nuit, fitt approcher ses escoutes le plus près de leur quartier, qu'il se ponvayt, tous oieint un grand lirait dans leur camp et jugeoyt byen qu'il se prepareoit à marcher, mais il ne passa personne du costë où ils estaient , ce qui l'en fist retourner. Mesme voyant que le jour commençait à paraistre , comme il arrive au quartier , il trouva le roy à cheval dans ses retranchemens et toute l'armée en armes , et comme il pense rendre compte à sa majesté du commandement qu'elle luy avait donné le soyr, elle lui dît , venez je vous veux montrer toute leur armée , et le mena au delà du premier retranchement jusqu'à la tournée de l'autre vallée de Martinglize ou ils couvraient toute la plaine marchans en bataille vers nos retranchemens.
Le maréchal de Biron appela ledit La Force et luy commanda de mener promptement sa compagnie qu'il la voulayt placer lequel ne faisait que d'arriver, et estant encores tous armés il les mena à la main gauche de l'escadron de monsieur le comte d'Auvergne qui estait composé de troys cornettes , savoir de la sienne , de celle du roy, commandée par Harenbure et de celle de Fournyer , toutes trois ne faisaient pas six vingts maistres. Il avayt quelques gentilsliommes voloutaires avec luy.
Avec celle dudict La Force , il fist joindre celle de Vdrchant chambors, et celle de Baquemlle ; ces deux ne faisaient pas soixante maistre* , et toutes trois ensemble environ six vingts.
La situation de ce lieu là estait advantageuse pour l'armée du roy qui n'estait pas composée de plus de neuf mille
PIÈCES JUSTIFICATIVES
hommes de pied, scavoir de trois mille Suisses et de six mille Français t et d'environ huict cens checaulx' % el celle des ennemis d'environ trente mille hommes de pied et de huict mille chevaux.
Ladicte situation est une vallée reserce ayant à la main droite une montaigne assez royde et tout le hault garny d'un
• Il règne uuc grande divergence, et, par suite, beaucoup d'incertitude sur l'effectif de l'armée de Henri IV au comb.ir d'Arqués ; le chiffre varie de 4800 hommes à 9800. Voici celui qui est donné par Sully , dans ses Économies royales :
2 Bataillons suisses 2io0
Lansquenets GOO
Infanterie française 1200
Cavalerie «00
Total 1800
Caumont de La Force accuse ici 9800 , ainsi répartis .
Suisses :iooo
Infanterie française cooo
Cavalerie 800
Total 9800
On voit que la différence porte principalement sur l'infanterie française. En supposant que Caumont de La Force en ait exagéré le chiffre , on doit admettre , d'un autre coté , que Sully a pn ne pas compter les compagnies bourgeoises et soudoyées de Dieppe . ni les 500 arquebusiers de Cbatillon , qui ne parurent sur le champ de bataille qu'à la fin de la journée ; ce qui ferait de là à 1000 hommes en sus. Dans une autre relation, Sullj portant lui-même les Suisses a 3000 hommes au lieu de 2i<K); voila donc 2200 hommes à ajouter aux 4800 des Économies royales. «c qui ferait un effertif de 7000 hommes. Je pense qu'en portant l'armée de Henri IV de 7 à 8no<> hommes , on s'éloigne peu de la vérité. Cest le chiffre que j'ai adopté.
RÉCIT DU COMBAT D'ARQUKS
fort bois assez large , à la main gauche est la rivière qui va d'Arqués à Diepe, au long de laquelle y a des mares assez fascheux môme pour lacavallerye.
De sorte qu'en ceste dicte vallée toute (espace depuis la mon taigne jusques à la rivière ne saurayt contenir de plaine qu'environ quinze cens ou deux mille pas , et au milieu y a un chemin avec quelques hayes , qui va depuis le bourg d'Arqués jusques à une petite chapelle qui en est distente byen deux mille pas.
A ceste dite chapelle y avoit esté faict un petit retranchement perdu en ligne droite sans aucun flanc , qui de la prenoyt à la maindroicte et allayt jusques à demi coste à l'endroit où commencayl le boys auquel lyeu y avoyt esté placé deux coullevriues qui pouvaient battre à la main droicte , on tournayt la vallée qui allait à Martinglize.
Ce petit retranchement duquel on faisait peu d'estat estayt gardé par deux cens lansquenetz que l'on y avait mis, avec commendement après avoir faict leur descharge de se retirer.
Nos principaux retranchemens estoient derrière celuy là et au devanldu bourg d'Arqués un peu sur la main droicte qui allayt jusques au penchant de la montaigue , on y avoyt relevé une plateforme et logé quatre canons dessus. Les François gardoyent le retranchement , qui estayent environ trois mille six cens hommes. A la main i-auche , au delà du chemin qui partageoit ladicte plaine estoyt placé le bataillon de Suisses qui estait de troys mille hommes commandés par le colonel fuallaties.
Au delà dudit bataillon de Suisses et vis-à-vis estayent les deux escadrons de cavallerie que commandait le sieur comte d'Auvergne , savoir le sien et celui de La Force.
Le roy estoit à la main droicte au delà dudict chemin entre les deux retranchemens avec tout le reste de la cavallerye , le maréchal de Birou avec lui un peu au-devant , tous les princi-
PIÈCES JUSTIFICATIVES
paux seigneurs qui cstayent auprès de sa majesté et tout ce qui estait de la cornette blanche cela faisayt en tout cinq cens
chevaulx.
Voyla comme toute Tannée estoit placée et le nombre d'hommes dont elle estoit composée tant de cavallerye que d'infanterie.
Il y avait à la ville de Dieppe pour sa deffence ou des retranchement qui avoienl esté faicts au dehors environ deux mil hommes.
L'armée du duc de Maienne estoit composée de trente mille hommes de pied et de huict mil chevaulx.
Je vous ay dict cy -dessus comme elle parut en bataille des le poinct du jour dans la vallée de Marlinglize marchant vers nos retranchemens en résolution de faire un puissant effort pour emporter nos retranchemens, deffaire l'armée du roy, se saisir de sa personne , ou le contraindre à une fuite honteuse.
Le succès ne s'en peut représenter qu'en admirant la puissance de Dieu, et sa merveilleuse providence envers ceux qu'il luy plaist de protéger ; il ne se voyt point d'exemple pareil à celuy-cy qui se peut appeler la merveille des merveilles.
L'ordre ne fut pas sy lost mis en l'armée du roy et les trouppes placées où elles devayent estre que l'attaque commença.
Toute leur cavallerie et infanterie marchait de front t la cavallerye à leur main droicte et rinfanterye à la gauche laquelle donna a nostre premier retranchement qu'ils emportèrent
d'abort.
La cavallerye en même temps qui prenoyt au-dessous de nostre dit retranchement , et au-dessous du chemin dout j'ai faict mention , où l'escadron du sieur comte d'Auvergne et celuy de La Force estaient placés , le premier feust chargé par huict cens chevaulx , commandés par le sieur de Sagonne et le second par quatorze cens qui les rec eurent tous si vigoureux-
RÉCIT DU COMBAT D'ARQUES
ment qu'ils les renversèrent sans qu'Us fissent grande résistance et menèrent battant jusques dans leur gros de cavallerye avec telle furye que se rabattant sur eux le désordre y fust sy grand, qu'ils ne cuidèrent jamais se remettre.
Leur infanterie qui avoyt gaigné notre premier retranchement voyant la desroutte de leur cavallerye , prirent un tel effroy qu'ils l'abandonnèrent fuyant en tel désordre que sy nostre premier retranchement et cette chapelle qui estayt au coing n'eust osté au roy le moyen de veoir cestc grande desroutte et qu'il eust donné avec le reste de son armée , assurément il eust deffaict entièrement cette armée qui paraissait si formidable. Car l'effroy y estait si grand et la confusion telle à cause aussy que l'espace estoit sy serré qu'il ne se pouvoient remettre ni rasseurer , bien qu'il ne fussent suivis de personne néanmoins ils demeurèrent plus de troys heures sans les pouvoir rallyer et remettre en ordre pour recommencer l'attaque.
Voiez celte action miraculeuse que deux cens cinquante chevaulx en renversent plus de deux mille et mettent tout le reste qui est en nombre de plus de six mille en tel désordre , que l'on feust parmi eux plus d'une heure , toujours poussant et tuant sans qu'ils peussent ny fuir ny se deffendre. Knfin les ennemis commençans à se reconnoistre et voyant que ceux qui les poursuivaient estayent en sy petit nombre, ils reprindrent cœur et ce feust à ceux du roy à se retirer, et assez viste , ils furent poursuivis jusques à costé du bataillon des Suisses , qui faisoyent sy bonne mine qu'ils n'avayent garde d'enfoncer cela ; nous avions aussy à la main droicte au long du chemin de l'arquebuscrye qui leur faisayt la décharge si à propos , qu'ils reprenaient leur retraicte byen viste , et les nostres ne manqnoient pas de les accompagner et repousser jusques dans leur gros , eux de même après aux nostres toute la même carryere , les nostres en faisoientencores autant à leur retraicte. A quoi nous favorisait grandement l'infanterye que nous avions faict couler
PlfcCLS JUSTIFICATIVES.
au long du chemin et qui contraignait les ennemis de 9e retirer byen viste, ainsi vous eussiez dit que l'on faisait à barre. Cet exercice dura plus de quatre heures , c'est a notter que des la première charge qui fust faicle tous les capitaines de ces deux escadrons du sieur d'Aogoulesme et celuy de La Force furent tous hors de combat , du premier le sieur d' Jrambure qui « ommandayl les chetaulx-legers du roy eust un coup d'espee au pougnet qui lui avala presque la main , te sieur FoumUr y fust tué, le comte de Houssy de la Hoche foucault y fust aus» y tué qui estayl un trésgalland homme.
Du second escadron le sieur de Haqueville eust la jambe rompue dont il mourut byen tost après. Le sieur de V irchant Chambort eust un roup de lance au deffaull de la cuirasse qui le contraignit de se retirer. Les seuls de commandement qui restèrent furent ledict comte d'Auvergne et La Force , lequel demeura jusques à la fin et maintint toujours le combat , il eust tmys cheraulx tues soubs luy et deux de blessés.
Pour revenir a l'infanterye , lorsqu'ils quittèrent le premier retranchement qu'ils avaient gaigne leur fuite feusl avec telle espouvante qu'ils abandonnèrent ceux qui avaient outrepasse ledit retranchement qui estoyent Tremblecourt , maistre de camp d'un régiment de lansquenets 1 et le sieur de Betin nu résiliai de camp en leur armée * , lesquels , avec troys cens
' Louis de Bauvean, sieur de Tremblecourt. Ce seigneur, quelques jour» après la bataille , demanda en grâce à Henri IV la per mission d'aller au feu, un bâton a la main . seulement pour en* tendre le bruit des arqurbusades. Henri IV se prêta à ce singulier défir< ( Mrmotm du duc d" .ingouléme. )
* D'après d'autres témoins oculaire* , le romte de Belin aurait ele fait prisonnier par des rVlaireurs, avant que la bataille eut «t. en^agi-e. >ous avons suivi cette version.
RÉCIT DU COMBAT D'ARQUES
lansquenets avoyent outrepassé ledict retranchement, et engagé* si avant que non obstant la fuite qu'avait prinse toute leur infanterie ils ne peurenPs'en desdire , et voyant venir à eux la cavallerye du roy qui estaient entre les deux retranchement pour les cliarger , feirent signe de bonne heure qu'ils se rendaient. Les deux chefs furent menés prisonniers dans le grand retranchement au derrière , et les troys cens lansquenets voulurent loucher à la main de sa majesté qu'il leur promit qu'ils n'aurayent point de mal. Mais jamais ils ne voulurent consentir à rendre leurs armes protestant qu'ils mourraient plutost, et donnèrent leur foy de se tenir où Ton leur commanderoyt , on les fist retirer à la main droicte à costé de la cavalerye du roy au pacliant de la montaigne.
Les ennemis qui jusques alors n'avayent peu prendre aucun avantage sur l'armée du roy, se disposent à un nouvel effort , et ayant reprins leur premier ordre , revinrent de nouveau avec toute leur armée en gros , la cavallerye par le dessous du premier retranchement comme ils avayent faict au commencement , et toute leur infanterie de mesme droict audit retranchement ou ils ne trouvèrent point de résistance non plus que h cavallerye au-dessous de ce chemin ou nous avions tousiours entretenu le combat jusques alors.
Car cet exercice avayt duré sy long-temps que tout ce qui avait esté en ce lieu là estait hors de moien de se pouvoir plus deffendre et ceux qui y restaient furent contraincts de passer au delà du chemin, à la main droicte ou estait le roy.
Gallaiies y demeura tousiours avec les Suisses ; il n'est pas croyable quelle jonchée de morts d'hommes et de chevaulx il y avait eu ceste petite plaine qui en estait presque couverte.
Dès le commancement de l'attaque le roy avait depesché à Dieppe vers le sieur de Chastillon pour le faire venir eu diligence par le coste de delà l'eau et que laissant la place garnie
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il menât une partie de l'infanterie qu'il avayt là, il s'en vint avec six à sept cens «arquebusiers.
Les ennemis revenant donc pour faire encore une attaque generalle , et ayant passé nostre premier retranchement, s'en venait en gros la pique basse , à la troupe ou estait le roy entre nos deux retranchemens. Les trois cens lansquenets qui s'estoyent rendu à nous à leur première attaque, et lesquels on a faict mettre à la main droicte vers la montaigne , quant ils virent que les leurs revenaient et avayent l'avantage, ils partent pour se rallier à eux et quelques uns nous tirèrent en se retirant '. Le maréchal de Biron qui voyait toute cette infanterie au dessa des premiers retranchemens commanda à le vidame de Chartres Matigny de leur faire une fausse diarge avec sa compagnie de gens de cheval qui estait près de sa ma jesté, et sans les enfoncer du tout ny s'engager, qu'il fist le carracol là où il lui montra , ce qui réussit fort byen , en effet , ils lâchent le pied , quittent cette compaignie et se remettent audit retranchement.
Les affaires estaient néanmoins en mauvais estât, sa majesté qui estait au delà de tous ses principaux retranchemens avec tout ce qui estait resté de sa cavallerye ne pouvait demeurer là plus longuement qu'il ne feusl obligé de soustenir tout le choc , et ainsy mettre tout en grand péril. Aussy de quitter le dehors où il avait toujours demeuré pour se retirer dans les retranchemens , craignait en se retirant de donner l'espouvante aux siens, en ces perplexités il commande que Ton appelât son ministre et lui fist faire la prière à la teste de sa troupe , cecy se doibt dire en donnant gloire à Dieu et reconnoi>tre
' Cette trahison , ici très adoucie . est racontée autrement par d'antres témoins de l'affaire. Nous nous sommes arrêté à la version de ces derniers, dans notre récit.
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qu'en effet ce fust un coup du ciel en même temps que la prière s'achevait qui ne fut pas longue , toute leur cavallerye et infanterie qui marchayt tousjours n'estait pas à trois cens pas de nous en si grand nombre qu'ils couvrayent la terre ; en cet instant le sieur de Chastillon qui menayt six ou sept cens harquebusiers passe dans le bourg d'Arqués , vient au long de nos retranchemens et se met dans le chemin que l'on lui monstre qui partageayt cette playne leur fait une décharge si aspre , nostre canon de mesme , qui estayt sur une platte-forme dans nostre retranchement , donna si à plain dans leur gros de cavallerye, celui du chasteau d'Arqués aussy qui estayt sur le hault de la main gauche, tout cela porta si bien , que lorsque nous croyons estre sans ressource nous voyons ennemis en un instant tourner en fuite comme sy la foudre les eust chassés , tout cela s'en alla à vauderoutte , mvallerye et infanterie, l'on les suivit de loingjusques au delà de nostre premier retranchement sans les charger pour les accompagner seullement et mieux reconnoistre s'ils se retiraient en effet. Maisnous vismesbyen qu'il n'y avait point de fainte, et qu'une peur panique les porta à cette fuitte honteuse. Nous nevismes jamais dix chevaulx seullement qui tournassent teste. Il est certain que nous sceumes qu'il avait couru un bruit parmi eux que monsieur du May ne avait esté tué. Quand sa majesté eust reconnu en quel désordre ils se retirayent, elle commanda que deux coullevrines que nous avions tousiours tenues au coing de nos premiers retranchemens sur le hault à la main droicte y feussent ramenées en diligence , et pour les braver leur fist tirer quatre ou cinq voilées pour tesmoigner de la victoire et que le champ nous demeurait. L'on les retira aprez. Il estoyt lors plus de midy , et l'attaque avait commencé des les cinq heures du matin, l/on demeura à cesl exercice bien sept heures.
Après cette action les ennemis estant retournés à leur
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quartier « , toutes choses furent remis au mesme e*tat : le* corps de garde et sentinelles aux mesines lieux , tous avoient byen besoing de part et d'autre de se reposer le reste du jour. Aussy ne se passat-il autre chose.
Nous demeurions tous en cette opinion qu'ils avaient este assez rebuttés pour n'y plus revenir. Neanmoings sur le soir il vint des advis qu'ils avoyent résolu de venir loger entre Arques et Dieppe sur la rivière qui est Tort étroite et y faire un pont pour nous empescher la communication de l'un à l'autre ce qui en effet nous eust ruinés.
Sa majesté ayant assemblé son conseil de guerre , résolut de faire charger tout le baguage dès le soir et le faire marcher toutte la nuict droit à Dieppe, et toutle l'armée partit le matin au point du jour pour s'y rendre. Il fust laissé dans le chasteau d'Arqués trois cens hommes.
Ce mesme jour les ennemis partent de leur quartier et remontent au long de la rivière d'Arqués en hault , le bruit court qu'ils se retirent et en effet marchayent avec grande diligence, la créance feust de plusieurs qu'ils s'en allaient de sorte qu'aucuns blasmaientce départ d'Arqués, disant qu'il eust este byen plus honorable et de réputation aux armes du roy d'y avoir demeuré.
Mais l'on changea bieutost de discours , car ceux que l'on avait envoyés à la guerre pour les observer , et faire raport de la route qu'ils preuoient , reviennent en diligence donner advis que l'armée des ennemis avait passé la rivière au dessus d'Arqués et s'en revenait droit à Dieppe.
Il n'avait esté faict de ce costé là aucun travail au dehors de la ville. Soudain on met la main à l'œuvre , le maréchal de
• On voit encore aujourd'hui le tracé de ces retranchement» Nous en avons suivi la ligne , le long de la crête du plateau qui domine Martin-Eglise . depuis Neuville jusqu'au-delà d'An court.
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Biron alla marquer le travail lequel fust entreprins avec grande diligence. La ville est basse et fault monter presque de tous les costes lorsque l'on en sort, llsfurent faicts presque vis-à-vis de la porte , et fort avancés pour gaigner les ennemis qui nous estoient dommageables.
L'armée des ennemis se vint loger à la portée du canon ; il y a un grand village de ce coslé là surtout un grand boys qui les favorisait fort , ce fust à recommencer des belles escarmouche» tous les jours et des combats à cheval : les nostres les avoient en tel mépris qu'ils ne pcrdoient point l'occasion qui leur donnast moien de venir aux mains, vingt ne faisaient point de difficulté d'en charger cinquante et à tous les coups faisaient desplacer leurs sentinelles à cheval qu'ils avançaient et leurs corps de gardes ne s'esloignaient guères de leurs corps. Il s'y passa une gallanteryc qui ne fust pas à nostre advantaige : un cavalier des nostres , gentilhomme de Normandye qui avait esté nourry page che le roy , nommé Iai BeuiTière, crya do loin à leurs corps de garde s'il y avayt quelque gai land homme qui voulût tirer ung coup de pistollet, soudain il s'avança un des leurs qui crya me voycy vien , s'estant jettés à part l'un et l'autre pour se joindre celuy des ennemis tira son pistollet de vingt pas, Tattaint par la teste et le tue. Cela cuyda engager une rude mcslée : ilsvoullurent amener le cheval et les armes , mais les nostres les repoussèrent et avec diligence ramenèrent le tout, il n'y fallait pas perdre de temps car les nostres estaient en fort petit nombre.
Nous remarquasmes lors que leur corps de gardes à cheval qu'ils faisoient toujours byen fort partoit d'un lieu où ils estoient un peu à couvert , et que lorsque l'on poussait de leur* sentinelles ils s'avançoient en ung lieu eminant où ils donnoyent beau jeu de l'artillerye qui auroit moien d'y faire de l'echect , cela Tut monstre au maréchal de Biron et il le jugea fort faisable.
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Le lendemain il Gst atteller deux coullevrines , ftst entretenir la gallentise à l'accoutumée et conduire ces deux pièces au long d'une colline à couvert, comme elles furent mit le hautt, de la cavallerye se mit devant pour empescher qu'on ne les peust recongnoistre , l'occasion se présentant d'y mettre le feu, tout d'un coup on ftst ouvrir la dicte cavallerye et envoya-t-on visiter ces messieurs de deux voilées qui donnèrent si à propo« au milieu de ceste cavallerye qu'il y eust bien du désordre s'ils u'eussent esté sy près de leur armée, prenant ce temps-la, l'on en eust eu bon marché. Soudain l'on ftst ramener le» pièces. Après cela le bon homme monsieur de Btron dit au roy, sire aviez vous jamais veu mener du canon à l'escarmouche , et s'en mirent tous deux à gausser.
Les ennemis ayant reconneu une butte qui dominait fort sur la ville et qui en estait assez proche du costé de la rivière qui vient d'Arqués , entreprenent d'y loger du canon pour battre en ruyne , aiant préparé tout leur faict et par le derrière de la dite butte faict charrier quantité de gabions, environ la minnirt nos sentinelles nous font donner advis qu'il paraissait un grand front de gabions sur cette eminence , et que l'on oyait faire la un grand travail avec force bruit , cela ayant esté byen reconneu , Ton juge qu'ils posayent là une batterie pour donner dans la porte de la ville, comme en effet cela y visoit tout droict ce qui y eust fort incommodé car rien ne la couvrait.
A la mesme heure on faict suivre et crier par tootte la ville de porte en porte, ordonnant aux habitanset autres qu'en toutte diligence chacun eust à porter tout le fumier qu'Us avaient , a ladicte porte. Ceux qui estoient ordonnés la à mesure qu'ils arrivoient le faisoyent placer là où il fallayt, de sorte qu'avant que fust lepoinct du jour, l'on eust faict là une très bonne etpauiU haulte et forte qui couvrayt si bien ladicte porte, que l'on pouvayt entrer et sortir sans péril.
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Aux relreuchemens avancés de ce costé là l'on avayt commancé une platteforme pour loger de l'artillerye qui n'estait encores achevée. Avec toutte diligence Ton y mit aussi la main et promptement. Il fust mené là deux canons et deux coulevrines. Le sieur de Bos qui estait lieutenant de l'artillerye de France , servit très bien le roy à touttes ces occasions.
Le jour ne parut pas si tost que l'artillerye des ennemis commença à jouer. Tous les premiers coups furent en ruyne aux maisons sans grand dommaige touttes foys , cela dura toutte la matinée. L'on en remarqua trois efforts, un boulet donna dans la cuysine du roy et tua un officier de cuysine , et ne paraissait point en quel lieu il avait receu le coup. Dans la chambre de La Force un boulet rompt les quenouilles du lict et alla emporter le sayu de son hostesse qui estait en la chambre voysine ; pour luy il estait hors du logis.
Un nommé monsieur de St Martin comme il sortoyt de son lict prenant sa robbe de chambre , en mesme instant un coup luy emporta le chevet.
Les ennemis tirèrent quelques coups à la porte, mais ils jugèrent byen que c'estoyt sans effet continuant de tirer dans la ville, sur les dix heures nostre batterye fust preste on comuiança à les saluer et les coups portèrent sy à propos que de la première voilée on rompt l'affust d'un canon par l'embrasure, tue ung commissaire et deux canonniers.
Ils avaient dressé leur batterie si à la hasle, et ne croyans pas que nous sortissions» le canon si avant , ils n'avoient pas même remplis leurs gabions , de sorte que toute leur batterye fust ruyoée en trois ou quatre heures et contrains de l'abandonner et la nuict ils retirèrent leur artillerye.
La dictearmée ne voyant plus de moien de faire réussir leurs desseings après tous leurs efforts de vingt- trois jours savoir douze à Arques et unze à Dieppe le canon tirant tous les jours
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de part et d'autre prirent resotutioii de taire retraicte et pour y donner quelque honorable prétexte s'en vont en diligence a U ville de la Fayre, à la quelle ils avoienl intelligence et e* effet ils s'en saisirent.
Nous voila donc a deslivrée , à deux jours de là il arrive au roy trois mille Anglais que la royne d'Angleterre envoioil a sa Maiesté commandés par le milord /f ilby , le maislre d«* camp , les officiers et tous les soldats avaient tous fort boone mine tous avec de petites roupilles de mesme couleur , sa Majesté les reçut très byeu.
En ce mesme temps il arrive nouvelles au roy que monsieur le comte de Soissons et monsieur de Longue ville qui avaieai joint en Picardie le baron de Biron , qui menait auasy de la cavallerye de Gascogne, monsieur le maréchal d'Aumont , monsieur de la Noue , tout cela joint ensemble avec de très belle noblesse et faisant plus de huit cens chevaulx , le venaient trouver, ce corps de cavallerye composé de si bons hommes avec ce corps d'infanterie anglaise joincte au roy eussent este capables de donner la bataille à monsieur du Mayne. Le roy leur alla au devant les recueillir , sa Majesté ne se pouvait soulier de les caresser. Il ne fallayt pas laisser inuulles Uni de gens de bien.
La resolution fust prinse secrètement d'acheminer l'annre droict à Paris, d'envoyer en diligence au gouverneur de Sle Messence de ne manquer de faire rompre tous les ponts jugeant très byeu que le duc de Mayne qui estait à la Fere que sa Majesté auroytmoien de réduire la ville de Paris en telle nécessité ou par estonnement voyant ledit duc esloigné d'eux quavaut qu'il n'eust peu faire des ponts pour venir à eux, sa Majestu les aurayt remis en sou obéissance.
L'armée s'achemine diligemment. Estant a une journée de Paris l'ordre fust donne à toutes les troupes de ce qu'elles
RÉCIT DU COMBAT D'ARQUES
avaient à faire. L'on marche tout le jour et toute la nuict, la cavallerye avayent tous commandemant d'avoir une chemise desus leurs armes et l'infanterie de la mettre hors de chausses pendante affin de se pouvoyr reconnoistre la nuict T cela s'est appellé depuis la eamisade de Paris.
L'on attaquayt des faubourgs de St Germain, de St Marceau et de St Jacques tout à la foys. L'armée despartie pour cela , chacun des conducteurs sçayt où il doit donner l'on y arrive ung peu avant jour , et donnent tous sy apropos que tous les dicU faubourgs furent tous presques emportés en mesme temps et n'y eust de resistence qu'au faubourg St Germain , ou il eust quatorze ou quinze cens hommes de tués , et dix-huit pièces de grosse ariillerye de primes. Monsieur de la Noue qui donnayt au long de la rivière de Seine entra jusques dans la ville a costé de la tour de Sesle. Et pouvayt-on facilement faire entrer toute l'armée ou par la ou par les murailles qui sont fort basses en beaucoup de lieux.
Mais l'on jugea que c'estayt hasarder l'armée de l'angager dans ce grand corps où il eust esté difficile d'empescher les soldats de piller et que le moindre desordre pou voit tout faire jterdre mesmement le duc du Jfayne en estant prés et que Ton faisayt estât d'y porter les volontés des habitans en l'absence dud. duc du May ne, etaiusyquecetteexecut ion se fust faicte avec ordre , mays le roy fust mal servy en commandement qu'il avayt faict de rompre les ponts de Ste Messence. Car l'on y fisl si peu de chose , qu'il furent rabillés soudain de sorte que ledit duc arriva dans la ville avectoutte la cavallerye deux jours après. Le roy demeura encores tout le lendemain dans les dicts faubourgs après l'arrivée du duc du Mayne. La résolution fust prinse d aller vers Estampes, toute l'armée fust mise en bataille à cette grande playne devers Monrouge ou l'on demeura plus de quatre heures. On avait opinion que le duc
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sortirait , mais il ne parut jamais personne. Quand tonte l'armée eust marché, ceux qui avayent charge de faire la retrairte virent seullement une vingtaine de chevaulx qui ne sortirent pas cent pas hors des faubourgs.
Le roy alla prendre de là le chasteau VEstatnpeë, le Mans, Fandosme, Hont fleur et quantité de places et fist un grand tour grossissant tousjours son armée.
— Manuscrit de la Bibl. royale. —
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