BATAILLE DE MORTEMER
du Vexin et du Talou , plus intéressés encore à défendre cette partie de la Normandie, audevant d'Eudes et du comte de Ponthieu.
Quant à lui, il prit le commandement des troupes qui étaient opposées à celles du roi de France. Tandis que le duc Guillaume manœuvrait appuyant sa gauche à la Seine et sa droite à la rivière d'Eure , pour interdire le passage au roi Henri, les Français, commandés par Eudes, avaient franchi le faible obstacle de la Bresle auprès d'Aumale , et se portaient au cœur de la Haute-Normandie. Ils étaient entrés dans Mortemer, menaçant déjà la place forte de Drincourt 1 , lorsque le corps d'armée chargé de les observer , et qui comptait dans ses rangs , sans parler de ses deux généraux , les Gautier Gifïard , les Hugues de Gournai , les Gautier Crepin , les Hugues de Monfort , la fleur des chevaliers de Normandie, les surprit dans leurs cantonnements. Une bataille sanglante eut lieu dans les plaines de Mortemer (novembre io54). Les Normands remportèrent une victoire complète.
' Depuis nommé NcufchAtcl.
I ii îles généraux ennemis , le beau-frère de Guillaume d'Arqués , le comte de Ponthieu , y fut fait prisonnier. 1
Le duc Guillaume apprit cette grande nouvelle le soir même , tant le cavalier chargé de la lui apporter avait fait diligence : on en sema aussitôt le bruit dans le camp du roi , où elle jeta le trouble et la confusion. Au milieu de la nuit, te roi Henri fît commencer la retraite. A quelques jours de là , le sol normand était purgé de la présence des Français.
Le duc Guillaume ne faisait que changer de combat ; d'un ennemi il passait à un autre :
c'était maintenant le tour de l'archevêque Mauger. Une lutte corps à corps allait commencer. Le frère de Guillaume d'Arqués était mieux défendu par son surplis et par son bâton épiscopal , que celui-ci ne l'avait été par les remparts de sa citadelle et par les lances de ses chevaliers.
II était sous la puissance et sous la protection ecclésiastiques; il fallut de longues négociations, de puissants efforts pour l'ébranler sur son siège et l'en arracher. Si l'archevêque de Rouen n'eut eu à se reprocher que ses intrigues |>olitiques ,
DÉPOSITION DE L'ARCHEVÊQUE MAl'GER. M
que son ancienne opposition au mariage du duc Guillaume avec Mathilde de Flandre , ses coévêques et la cour de Rome ne se fussent peutêtre pas prêtés à devenir les instruments des ressentiments de Guillaume ; mais Mauger n'avait aucune des vertus du prêtre. A une époque où la simplicité et la rigidité de mœurs, cloîtres comme sur le siège épiscopal , brillaient de tout leur éclat , lui , dédaignant les vertus et l'esprit de son siècle et de son caractère , se faisait remarquer par son faste , par son orgeuil , par son impudicité, se livrant à toutes les voluptés de la chair et de la table 1 , spoliant les trésors de son église pour satisfaire à ses plaisirs et à ses prodigalités. 2 C'étaient des armes puissantes dans la main de Guillaume ; il sut en faire usage. Sûr de l'appui du clergé normand et de l'assentiment de Victor II , ce pape si religieux et si sévère , il assembla un synode général
* « Voluptatibuscarnis mundanisquc curis indecentcr inhaesit. » — Orderic Vital , I. v , p. 566.
' « Mec modum posuit largitioni, donec sedes mctropolitaoa « omni ferc ornauiento caruit et Ujcsauro. » — Guillaume de Poitiers , p. 194.
»fi CHATEAU D'ARQUES.
dans la ville de Lisieux (io55); et, là, après avoir exposé la conduite criminelle et irréligieuse de Mauger, et avoir donné lecture du décret du pape , il le fit déposer solennellement par les évêques.
■ Mauger fut chassé de la Normandie , et relégué dans l'île de Jersey. Comme son frère , Guillaume d'Arqués , il devait mourir misérablement en exil.
Le triomphe du duc Guillaume était complet :
le château d'Arqués était dans ses mains , et ses deux ennemis dans la poussière.