‹ Histoire du château d'ArquesChapitre 35 sur 141 · PLAINTES DES MOINES DE FÉCAMP · texte numérisé non relu

PLAINTES DES MOINES DE FÉCAMP

saicnt d'admiration. C'est au milieu de ce cortège que Guillaume venait célébrer la Pâque dans l'église de l'abbaye de Fécamp. Le conquérant de l'Angleterre alla se placer modestement parmi les chœurs des ordres religieux ; les chevaliers et le peuple remplissaient le reste de la basilique ; il leur avait enjoint de faire trêve à leurs réjouissances pour assister à cette auguste cérémonie. 1

Un monarque si pieux ne pouvait être insensible aux plaintes des religieux de son abbaye de Fécamp ; ils lui adressèrent la supplique suivante , par l'organe de leur abbé :

<r A son seigneur très-doux , très-chéri , Guil- « laume , par la grâce de Dieu , roi des Anglais , « que Dieu élève entre mille et auquel il accorde « la santé pendant de nombreux jours , à celui « qui , sous l'œil du souverain appréciateur du « juste , étend sa justice sur ses sujets , le « peuple de Fécamp.

« Si ce n'était vous déplaire et vous imposer

■ « Humiliter adstans «lie choris ordiuum religiosorum , ludicra « interraitterc , concurrere ad divina militum plcbisquc turbas « coegit. v — Guillaume de Poitiers, p. 211.

« une trop lourde charge , nous vous expose- « rions an long les infortunes qui pèsent sur nous, o Sachez que nous avons surtout à nous plaindre a de votre vicomte d'Arqués, qui porte la main a et le trouble sur tout ce qui nous appartient et « dont nous ne pouvons arracher aucune justice. « Chaque jour il écorche vos pauvres , je dis « vôtres et non nôtres , parce que cette abbaye « est vôtre et que j'en suis seulement le gardien « et ne puis tolérer sa ruine. Or donc, prenez-la « en garde comme vôtre et ne la livrez pas à une a domination étrangère. »

Ici Fabbé énumère une longue suite de griefs; il termine en ces termes :

o C'est de tous ces maux , et de bien d'autres a encore , que moi et vos prébendiers nous « sommes quotidiennement affligés et gémisa sauts, attendu surtout que nous ne pouvons « remplir en paix le service de Dieu. Nous dé- « sirons que nos plaintes obtiennent enfin une o solution de votre clémence. A cette fin , portezu vous bien, prospérez, vivez heureux dans les « siècles, v '

' Martine , rkesturns m* us . I. I, <vl. m.

GriLLAUME-LE-CONOCÉRANT A ARQUES. 95

Tout porte à croire que Guillaume-le-Conquérant fit droit aux doléances des bons moines de Fécamp ; car il aimait la justice pour tous, et plus encore pour les hommes d'église , et savait la rendre. N'avait-il pas reçu , d'ailleurs, dix livres de deniers et un cheval de cent sous pour confirmer la donation d'une des propriétés qu'on voulait leur extorquer ? 1 Le cheval des moines de Fécamp avait fait trop bon service au vainqueur d'Hastings , pour qu'il ne leur fît pas rendre justice.

Si Guillaume-le-Conquérant n'éclaircit pas immédiatement ce que ces plaintes pouvaient avoir de réel , il put s'en expliquer, quelques mois après , dans Arques , avec son vicomte luimême. En effet , de fâcheuses nouvelles étant survenues d'Angleterre , le roi , après avoir confié le gouvernement de la Normandie à sa femme Mathilde et à son jeune fils Robert , auxquels il avait adjoint quelques prélats et barons , était parti pour Arques. A quelques heures de là,

< <* Acceptis vus a nobis dcceni libris denariornm et uoo equo « centuui solidorum. » — Martène, Thésaurus noi iis, t. 1, col. 198.

le G décembre ^ 1 067 ) , à la première veille d'une nuit glaciale , il livra sa voile au vent du sud , à l'embouchure de la Dieppe ; le lendemain matin , après une rapide traversée , il touchait au rivage opposé. 1

Le vicomte d'Arqués , quelles qu'eussent été la nature et la gravité de ses torts envers l'abbaye de Fécamp , et quelque jugement qu'en eût porté Guillaume-le-Conquérant , ne paraît pas avoir encouru , à raison de ces griefs , la disgrâce de son seigneur ; puisque ce prince le recevait , assez peu de temps après, dans son palais de Rouen, et, là, lui faisait apposer sa signature à la suite de la sienne , sur une charte qu'il délivrait en faveur du monastère auglais de Saint-Augustin de Cantorbéry.*

Guillaume d'Arqués figure dans un autre acte émané de Guillaume-le-Conquérant , et où il joue un rôle , à titre de partie intéressée.

1 « Dcinde, sextâ noetc decembris, ad ostium amnis Dcpp* ultra 1 oppidum Archas, accessit; primàquc vigiliâ gclidse noetbauttro « »cla dédit; et manè portum oppositi litturi» (quein Wiccoesium « Toeitant) prospvrrinio cursu arripuît. » — Ordcric Vital, I. iv, p.

» llistoria- ançficaure Scriptorrs X, col. 21 211.

Page 1