‹ Histoire du château d'ArquesChapitre 67 sur 141 · LETTRES DE CHARLES V · texte numérisé non relu

LETTRES DE CHARLES V

« rant qu'il est un des plus notables chasteaulx « de nostre bailliage de Caux et situez près de « la mer comme dit est ou noz ennemis peuent « descendre de jour en jour afin que péril , in- « conveniens ne dommages n'en puissent avenir « à nous ne à nostre royaume et que ledit sire « de Torcy ait de quoy y mieulx tenir les dictes « genz d'armes et arbalestriers pour la tuicion a et défense dudit chastel , à nostre dit chevalier « avons ordené et ordenons de certaine science « et grâce especial par ces présentes que il ait « chascun an doresnavant jusques à nostre vouer lenté et plaisir la somme de trois cens francs « d'or à les avoir et prendre de et sur les diz « aides , oultre et par dessus les diz gaiges ordi- « naires de cinq solz parisis par jour et cent solz a parisis pour robe par an 1 . Si vous mandons « que par le receveur d'iceux aides en la vi- « comté d'Arqués vous faciez bailler et délivrer « chascun an à compter du premier jour d'avril

' Les gage!» réunis do châtelain d'Arqués représentaient 386 fr. et 1/4 , soit 6 marcs 29/100* d'or fin , a raison de 63 francs par marc et de 20 sous pour le franc d'or ; ce qui ferait aujourd'hui 5300 francs environ de notre monnaie.

ir» CHATEAU D ARQITES.

« derrenier passé la dicte somme de trois cens « francs d'or par an et dorénavant tant comme « il sera garde dudit chastel , etc.

« Donné au bois de Vincennes le xx' jour de « may l'an de grâce rail ccc lx dix-neuf, et le « xvi e de nostre règne 1 »

Colart d'Estouteville dut endosser sa robe de cent sous lorsque Charles V lit sa joyeuse entrée au château d'Arqués; c'était le moins pour faire féte à tant gracieux seigneur : trois cents francs d'or par an en sus de ses gages ordinaires et de sa robe ! Où trouver un si généreux monarque ?

Colart d'Estouteville était encore capitaine du château d'Arqués sous Charles VI. Il y rertit ce prince, quand il vint visiter, dans les années i386 et f 387 , les côtes de Normandie , lors de l'expédition qu'il préparait contre l'Angleterre ; expédition qui échoua , disent les historiens, par les lenteurs calculées du duc de Berry.

Une trêve de trois années avant été conclue avec les Anglais, les habitants du bailliage de Caux, que le capitaine du château d'Arqués

• Mi. de la Bibliothi-que royale ; Cabinet de* titre».

GUET DE JOUR ET DE NUIT. i79

continuait à soumettre, avec la même rigueur, au guet de nuit et de jour dans son château , mêlèrent leurs murmures et leur voix à celle des autres manants d'entre Loire et Somme , qui avaient adressé leur complainte au roi, touchant l'exigence de ce service : « Nous sommes en paix, « disaient-ils , et on nous force de veiller la nuit , a comme devant , sur les remparts des villes « fermées , châteaux et forteresses ; on ne nous « permet pas de sortir au soleil levant pour faire « nos besognes ; adieu le labeur du lendemain ! « Si nous défaillons , les capitaines nous font « payer telle somme de deniers qu'il leur plaît, « à leur profit, pour le défaut du guet. Le pauvre « peuple est bien souffrant ! »

Charles VI , touché des plaintes de ses sujets d'entre Loire et Somme , rendit une ordonnance le a8 mars 1390, pour les relever du guet de jour et de nuit dans les villes et châteaux , voulant qu'ils en demeurassent francs et paisibles. Furent exceptées , toutefois , les forteresses situées sur la mer ou en frontières de mer, et, spécialement pour le pays de Normandie, celles qui étaient assises sur la mer à dix lieues

près ' . I>e château d'Arqués était dans cette limite; aussi les manants du bailliage de Caux se virent-ils contraints de continuer leur service , à leur grand désappointement.

Colart d'Estouteville eut d'autres comptes à régler avec eux. Il avisa un jour , devers 1399 , en feuilletant les registres de la vicomte , que , depuis quatorze ans en ça , les manants des villes et paroisses de la châtellenie d'Arqués n'avaient pas versé une obole pour le droit de motage {de mouture), qu'ils devaient de sept ans en sept ans au château , et dont le produit était, d'ordinaire, appliqué à son entretien, suivant que le capitaine le jugeait expédient, les maîtres des œuvres et autres ouvriers appelés. Des lettres du roi ne tardèrent pas à voir le jour : Charles VI enjoignait à Colart d'Estouteville (qui n'avait pas la main autrement forcée, disaient aucuns malins Cauchois), de contraindre et faire contraindre tous les habitants de la châtellenie , sans délai , par toutes voies dues et convenables , à faire ledit motage ,

' Arrimes de la tille de Rouen.

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