FRANÇOIS I A ARQUES
« Donné à Paris , le xxn e jour de juing l'an de • grâce nul cccc quatre-vingt et cinq et de nostre <• règne le second. « 1
Le seigneur de Lardenières eut-il occasion de réclamer le hanap du roi , sous le successeur de Charles VII 1 ? Nous ne pourrions le dire ; car nous n'avons découvert nulle part que le bon Louis XII ait fait son entrée dans le château d'Arqués. Il n'en est pas de même de François I. La présence de ce prince nous y est signalée , particulièrement les iG octobre 1 544 et août 1 545 Q ; nous n'avons pas d'autres détails.
Les annales du château d'Arqués, muettes sous François I et sous Henri II , vont reprendre un peu de vie sous François II et sous Charles IX , pour briller enfin de tout leur éclat sous Henri IV.
Si la ville de Dieppe avait effacé et pour
« voises qui demeurent deux palmes au-dessus du jable du bas « et tous les lards à demi-pied de la petit ure, et que s'ils cl) cent « par défaut d'être bien pendus , ils sont siens , à raison de ce « qu'au bois de Lardeniëre l'on peut prendre les harts à pendre « les dits lards. » Aveu de 1578.
1 Ms. de la Bibliothèque royale , Cabinet des titres.
J Pièces fugitives pour seivir « l'Histoire de France, t. 1 : Itinéraire des Rois de France, p. 106.
CHATKAU DARQl'ES.
ainsi dire annihilé la ville d'Arqués T celle-ci se vengeait de son heureuse rivale en la bridant, à l'occasion , par son château. C'est ce qui arriva dans les troubles religieux qui marquèrent le règne si court de François II, et qui éclatèrent avec une grande vivacité dans la ville de Dieppe, l^e duc de Bouillon, gouverneur de la province , chargé par la reine-mère , Catherine de Médicis, d'y étouffer le nouveau culte, se rendit au château d'Arqués ( octobre 1 56o ), y prit cent arquebusiers, et, accompagné de Guy de Ricarville, capitaine du château , chaud catholique , entra dans Dieppe , défendit , à son de tromjHî , les prêches et assemblées , et, pour être plus sur que la défense fût exécutée , laissa dans la ville , comme gouverneur, Ricarville avec ses cent arquebusiers. Celui-ci n'y resta pas long-temps. Le 5 décembre, François II meurt : la face politique change : les Guise sont supplantés par le roi de Navarre ; les protestants respirent. Ricarville , abandonné de ses arquebusiers , qui , à ces nouvelles, étaient sortis du château de Dieppe sans bruit et à la file, se retire lui-même dans son château d'Arqués, et s'y cantonne.
GUERRE ENTRE DIEPPE ET ARQUES. 249 Cependant , les protestants , comme tous les partis persécuté* et devenus forts, d'opprimés s'étaient faite oppresseurs à leur tour. Ils avaient bouleversé Dieppe. Catherine de Médicis envoya de nouveau le duc de Bouillon pour les mettre à la raison ( i56a). Il fut moins heureux cette fois. Menacé par les habitants , poursuivi par leurs quolibets et les cantiques de Marot , il se réfugia honteusement dans le château d'Arqués. Les Dieppois Vy suivirent, et, ne pouvant l'y insulter tout au plus que de leurs cris et de leurs bons mots , se. jetèrent sur le bourg et ne l'épargnèrent pas. Après leur départ , les catholiques d'Arqués , qui étaient en majorité , mettent le feu , par représailles , aux maisons des protestants. Ceux de Dieppe , pour venger leur coreligionnaires, se remettent en campagne , traînant avec eux trois pièces de canon. Les Arquois marchent bravement à leur rencontre, et, sans s'effrayer de leurs trois pièces d'artillerie , se précipitent sur eux , au hameau de Bouteilles , et les mettent en déroule. I>es choses ne devaient pas en rester là. Les Dieppois, pour venger leur affront , recrutent dans les campagnes environ-
*iO CHATEAU IVAROIKS.
liantes ; les Arquois en font autant de leur côté : une seconde bataille eut lieu. Les catholiques, cette fois, eurent le dessous; ils laissèrent cent vingt des leurs sur le carreau. Grande fut la frayeur dans Arques; les habitants, épouvantés à l'approche de l'ennemi , se réfugient en toute hâte dans le château; quelques-uns, plus braves ou moins agiles, se retranchent dans l'église. Le chef des Dieppois , pour donner l'exemple aux siens, veut y pénétrer; il tombe blessé d'un coup de pierre; sa troupe se débande. Cette petite guerre ne huit pas là. Ce n'étaient, tous les jours , que rencontres , guet-apens , combats, dans lesquels ceux d'Arqués auraient eu plus souvent le dessous, si le capitaine du château ne leur eût pi été , de temps à autre , asile et main-forte Ce fut dans une de ces escarmouches , où Guy de Kicarville avait appuyé les Arquois de quelques arquebusiers de sa garnison, qu'un de ces derniers, axant nom Guillaume I^e Conte , eut son cheval tué sous lui et le poignet droit abattu d'un coup de coule-
• Manuscrit «onjertr par M Paomior, j»**t«Mir à Rouen.
MORTE-PAYE DU CHATEAU. 22t
las. Le brave Le Conte reçut les invalides, au château d'Arqués, dont il fut «déclaré mortepaye, mais sans indemnité. Henri III se montra plus reconnaissant que Catherine de Medicis.
En 1 583 , il écrivait ce qui suit à la Chambre des comptes de Normandie :
« Nous a\pns fait don à Guillaume Le Conte ; « morte-paye du châtearî d'Arqués , de deux cens « escus en considération des bons et agréables « services qu'il a faits depuis vingt-six ans ençà « au fait des guerres même à la garde et deffense « du dit château, où il a été estropié et perdu « un bras, et affin de lui donner meilleur moven « de vivre et s'entretenir et continuer à nous « faire servicedebien en mieux àl'advenir, etc.» '
Cette petite guerre entre Dieppe et Arques , qui ne rappelle guère , à coup sûr, les coups de lance des héros normands, fut sur le point de prendre un caractère plus sérieux, par l'intervention du duc d'Aumale , qui , après avoir pacifié la Picardie, pour h* roi , s'était avancé sur* Dieppe , espérant s'en emparer par un coup de
• Mémoriaux de la Chambre des Comptes de Rouen , année 1583.
CHATEAU D ARQl'KS.
* ntain, et se porter «le là au siège «le Rouen. \a>
• «lue trouva Dieppe clans un état <!«• défense respectable, et œninie il n'entrait pas dans s«»s plans d'en faire le siège , il se borna à renforcer la garojson du château d'Arqués de quelques
m ' r compagnies , et s'éloigna.
. Si on v.n croit un manuscrit qui, est cotiser* é
• tlâuh la Bibliothèque «le Dieppe, un des chefs
du parti opposé en Normandie , le comte «le . Mpntgommerv, après le «lépart duducd'Aumale, au commencement de l'année i. r >o3, aurait été
plus hardi, et aurait tenté une attaque contre le • château d'Arqués; mais elle n'aurait pas eu <!«•
succès.
Des événements plus importants vont bientôt
se passer sous les murs de cette citadelle : les jours de gloire du château d'Arqués vont renaître.