Histoire du Château de Meudon
Une terrasse colossale, d’où l’on domine le cours de la Seine ; d'anciennes écuries abandonnées, des pans de murs d’une architecture élégante engagés dans le soubassement d’un observatoire, les margelles de quelques bassins desséchés, enfin, une orangerie de proportions imposantes, où se retrouvent tous les caractères de la Renaissance italienne : tels sont les seuls vestiges de la résidence princière de Meudon. Rien d'autre ne subsiste de cette grande œuvre d’art commencée à la Renaissance, portée à son apogée au début du xvure siècle et terminée enfin sous le Premier Empire : le vaste château à disparu, comme ont disparu ses annexes : la grotte du Cardinal de Lorraine, l'Aile des Marronniers et le Château-Neuf du Grand Dauphin ; l'immense parc a été divisé, morcelé ; les jardins sont retournés à l’état de nature, ou devenus des terrains de lotissement.
C’est une grande perte pour le patrimoine artistique de notre pays: le château de Meudon, chef-d'œuvre du goût français sous toutes ses formes, émerveillerait les yeux des étrangers plus encore à l'heure présente qu’il ne le fit autrefois, et il offrirait ànos artistes des modèles remarquables. Mais le sort de Meudon a été celui de presque toutes les demeures royales d’Ile-de-France, détruites par la Révolution
P. Biver | J
LME
ou incendiées de 1870 à 1871 :bien peu d’entre elles ont échappé à l’une ou l’autre catastrophe.
Au milieu du xvursiècle, les visiteurs pouvaient, du château d’Issy, embrasser d’un regard Meudon, son Château- Neuf, son Château-Vieux, son Aile des Marronniers ; puis Bellevue, que les plus grands artistes du temps avaient décoré pour Mme de Pompadour ; Saint-Cloud, résidence du duc d'Orléans ; Madrid, et le Château-Neu: de Saint-Germain, à peine visible à l’horizon. De cette couronne admirable, posée sur les collines de la région parisienne, il ne reste plus un seul fleuron.
Même le souvenir de tant de merveilles s'efface chez nos contemporains. Combien parmi eux, lisant sur un catalogue de musée, sur l'estampille d’un meuble, le nom de Meudon ou deBellevue, songent à ce que furent ces châteaux fameux ? Quelle valeur conserve encore, sur la cimaise où il est exposé tel dessus de porte, jadis en harmonie avec une somptueuse décoration de marbres, de bois dorés et sculptés ? Que signifie, séparé de l’ensemble, tel tableau de la suite des « Sièges de Louis XIV », commandés par Louvois à Van der Meulen pour décorer, avec des trophées militaires, la grande galerie de Meudon ?
Nous nous proposons, dans la présente étude, de retracer le cadre où vécut une société brillante, et, plus encore, d’exposer quelques idées directrices qui ont présidé aux embellissements de Meudon. Nous essaierons d’élucider l’origine, restée problématique, du château, de déterminer la part de l'italianisme et de l’art français dans les ensembles créés sous les yeux de François le et complétés, un peu plus tard, par un prince de l’Église tout imbu d’humanisme. Nous tâcherons de montrer quelle a été l'influence de Versailles sur Meudon, comment les doctrines classiques ont pu altérer et alourdir un joli édifice de la Renaissance remarquable,jusquelà, par une originalité fine et nerveuse. Nous verrons com-
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bien, par contre, a été intéressante l'empreinte personnelle de Louis XIV, et surtout celle de son fils, sur Meudon devenu Maison Royale. Nous nous étendrons longuement sur les travaux exécutés par ordre du Grand Dauphin. Autant nous aurons trouvé de banalité dans la pompe toujours égale des décors créés sur les indications de Louvois, autant nous verrons de nouveautés originales dans les conceptions artistiques réalisées pour le Grand Dauphin et sous son impulsion très nette. Meudon est, à la fin du xvie siècle et au début du xvar, une sorte de creuset en effervescence où s’élabore le style dit « Régence ». Les appartements du prince, et surtout son Château-Neuf, montreront l'emploi de formules artistiques toutes nouvelles.
Les cinq premières parties de l’ouvrage sont consacrées à l’histoire des bâtiments et des jardins. L’anecdote s’y mêle nécessairement au récit : une statue, érigée dans un parterre, rappelle la direction du surintendant Servien, connu par ses hautes fréquentations diplomatiques; un appartement embelli par ordre du Grand Dauphin et destiné à quelque haut personnage évoque la petite cour de ce prince. Enfin, plusieurs scènes historiques,qui se déroulèrent à Meudon,ont pris place au cours de ces chapitres.
La sixième partie est consacrée aux notes et références, On y trouvera quelques extraits de chroniques anciennes et certains textes d’archives intéressant la technique des arts décoratifs.
La septième partie comprend lesinventaires inédits de Meudon. Nous les publions dans l'intention de rendre service aux artistes qui y trouveront plus d’un enseignement et plus d’une idée. Ils pourront, peut-être aussi, être le point de départ d’autres séries de recherches artistiques.
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