‹ Histoire du Château de MeudonChapitre 11 sur 187 · PRES · texte numérisé non relu

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huit pieds de long, & six de large, estoit de dix-neuf couverts; & dix-huit Dames de la première qualité eurent l'honneur de manger avec la Reyne. Le milieu de cette Table fut couvert de huit grandes Pyramides de Fruit, qui y resterent jusqu’à la fin du Repas ; & aux deux côtez on posa quatre Services, qu’on releva avec un ordre admirable, sans qu'il yeust la moindre confusion. Le premier estoit de sept Entrées accopagnées de deux doubles files de moyens et petits Plats, le tout montant à quarante. Le second fut relevé par le Roty, & par les Salades, au mesme nombre de Plats ; &le troisième qui estoit d’Entremets chauds & froids, le fut par un petit Fruit exquis & fort rare. Jene l'appelle petit, qu’à cause qu'il n’estoit pas de la hauteur des huit Pyramides, et qu'il ne faisoit que leur servir d’accompagnement. Mrde Louvoys eut l'honneur de servir la Reyne, et fit régaler tous ceux qui accompagnoient cette Princesse. Les Pages et les Gardes du Corps furent de ce nombre » (2).

Deux raisons avaient sans nul doute déterminé Louvois à choisir Meudon pour résidence: la proximité de Versailles, où Louis XIV avait dessein de transporter la cour et le gouvernement (3}, et le voisinage immédiat de Chaville, domaine du chancelier Le Tellier, père du ministre.

« M: Le Tellier, raconte Saint-Hilaire(4), avoit un bon esprit, beaucoup de jugement et une grande expérience des affaires, ayant passé par tous les degrés. D'ailleurs, il alloit à ses fins avec beaucoup d'adresse et excelloit en patelinage par-dessus tous les autres. Il étoit doucereux comme le miel, et dans le fond, aussi malfaisant, dangereux et rancunier qu'un Italien. jamais il ne se haussoit, ni ne se baissoit ; toujours le même visage, et le même air, aussi affable dans un temps que dans un autre. Ce n'étoit pas qu’il ne fût prompt et colère ; mais il savoit prendre son temps. Du reste, il paroissoit fort réglé dans ses mœurs et sa dépense, et la conduite qu'il a tenue lui a si bien réussi qu’il a fait une grosse maison et s’est

acquis des richesses immenses, que bien des gens ont attribuées à sa seule économie, qui tenoit beaucoup de l’avarice. » Bossuet (5) disait de lui : « En louant cet homme incomparable, je louerai la sagesse même... S'il sut contenir le poids des affaires, il sut aussi les quitter, et reprendre son premier repos. Poussé par la cabale, Chaville le vit tranquille, durant plusieurs mois, au milieu de l’agitation de la France. Il goutoît un véritable repos dans la maison de ses pères, qu’il avoit accomodée peu-à-peu à sa fortune présente sans lui faire perdre les traces de l’ancienne simplicité. »

Avec son château brique et pierre, coquet et minuscule (6), ses douves, ses immenses communs, sa ménagerie, ses orangeries, ses parterres de dentelle, ses bassins aussi petits que nombreux, dont les jets d’eau étaient alimentés par les beaux étangs voisins, Chavillegardait un aspect modeste, malgrédes terres et des dépendances importantes. Le parc clos de murs était une propriété de rapport, mais ses allées étaient bordées de pins ou d’épicéas ; les pièces d’eau naturelles avaient reçu des formes géométriques ; et de nombreuses constructions, les Pavillons des Huberies et de l’Ursine (détruits en janvier 1755. 7), le Pavillon l'Abbé, avec ses quatre escaliers, la Belle Veue, gloriette que cantonnaient les quatre Pavillons des Bêtisettes, fantaisie de la chancelière (8) ; puis, sur Viroflay, la vieille demeure de Gaïllon, mi-ferme, mi-château, où le chancelier s'était réservé un logement, rendaient le domaine agréable et varié. A peine si la petite église et les quelques maisons de Chaville formaient enclave entre les murs de Meudon et le parc du chancelier qui englobaïit une partie de Viroflay, une fraction importante de Montreuil, s’étendait jusqu'aux abords de Versailles dans ladirection de Porchefontaine, et dominait la vallée de Jouy depuis que Le Tellier avait acquis la seigneurie de Villacoublay avec son manoir et son étang (6). La propriété de Chaville peint bienle chancelier, ennemi de l’ostentation malgré ses grands biens. Quelle

que soit sa faveur, son fils l'inquiète en achetant Meudon. Un passage des mémoires de Gourville (10) est caractéristique : « Je me souviens qu'un jour, à Fontainebleau (M Le Tellier), me parlant de l'acquisition que M: de Louvois avoit faite de Meudon, il m’exhortoit à lui insinuer, autant que je le pourrois, de revendre le château à quelque communauté de religieuses, craignant peut-être la dépense qu’il y pourroit faire par la grande envie qu’il auroit de l'embellir, et que cela ne convenoit point, surtout à cause du voisinage de Versailles : sur quoi il me cita ce qu’il avoit fait à Chaville. »

La modération n'était certes pas la qualité dominante du ministre. Le duc de Saint-Simon, qui ne l’aimait pas, nous a laissé de lui une peinture achevée dans une addition aux mémoires de Dangeau (11) : & Mr de Louvois étoit le plus grand homme en son genre qui ait paru depuis plusieurs siècies, mais dont les talents ont été aussi les plus funestes à la France par les conjonctures où il s’est trouvé. Rien de plus vaste, de plus fertile, de plus juste que son esprit pour les grandes entreprises et pour le secret d'en masquer tous les préparatifs et les dispositions les plus immédiates dans l’exécution exacte et entière desquelles il excelloit encore plus. Infatigable dans le travail, et dans un travail de tous les jours et de toutes les années, pesoit, perçoit, dirigeoit tous les détails avec une aisance inconcevable, dont aucun ne lui échappoit jusqu'aux plus petits, et, autant que cela peut être dit d’un homme mortel et borné de sa nature, rien ne lui étoit impossible. II connaissoit les choses et les gens avec un sens exquis, et s’en servoit à ce à quoi ils étoient propres avec un merveilleux discernement. La récompense et la punition étoient avec lui certaines, et toujours dans la proportion des gens et de leur service ou de leur manquement. En tout d’une grande suite ; le plus dangereuxennemi et le plus difficilement réconciliable, l'ami le plus sûr, le plus ardent, le plus voulant par lui-même, magnifique en tout, noble en tout, libéral à

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pleines mains et faisant à ses amis et à ses proches des présents de souverain, des terres, des maisons, des régiments achetés exprès en entier, des prix entiers de belles et grandes charges à la cour ; le meilleur parent du monde et le père des pauvres, à qui il ne refusa jamais rien, et dont les aumêônes alloient entre 2 et 300.000 francs par an; car cela dépendoit des œuvres que des personnes de piété lui proposaient de 20, de 30, de 40 et 50.000 francs à la fois; vivant en petit roi chez lui, et néanmoinssans insolence, et parlant librement de sa basse naissance et de toute la distance quiétoit entreceux quiétoient entrés dans son allianceet lui. Il vivoit avec le chancelier, son père, avec un grand respect et une grande confiance et avec sa femme avecbeaucoup de considération, et beaucoup de déférence pour ses parents et son alliance.

Louvois avait, en effet, épousé Anne de Souvré, « exemple singulier, dit Saint-Simon (12), de ce que peut une conduite sage, digne, suivie, dirigée par l'honnêteté, la piété et le seul bon sens. C'étoit une grande héritière d’une race dont l'illustration ne passoit pas le maréchal de Souvré, père de son grand-père ; mais ce maréchal fut illustre et eut des enfants qui le furent aussi, et qui tous ensemble mirent le nom de Souvré sur un pied dans le monde, qui n’auroit pas gagné en approfondisant, et qui eut sa source dans l'esprit, le mérite, la faveur et les grands emplois de ce maréchal, qu'il couronna par celui de gouverneur de la personne de Louis XIII et de premier gentilhomme de sa chambre, laquelle passa à son fils avec le gouvernement de Touraine et de Fontaine-

* bleau. Tous deux aussi furent chevaliers de l’ordre. Un autre de ses fils fut grand prieur de France, figura beaucoup et eut des emplois distingués au-dedans et au-dehors. »

« Le maréchal de Souvré eut deux filles. Leur frère avoit épousé la sœur du premier maréchal de Villeroy, dont, de cinq enfants qu'il en eut, il ne lui resta qu'un fils, qui mourut même avant lui, et qui d’une Barentin n'eut qu’une fille

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unique, qui naquit même posthume, et qui, excepté sa mère qui n’avoit ni nom ni famille et qui se remaria à Mrde Boisdauphin, perdit tous ses proches avant d’être nubile. Il ne lui resta que le premier maréchal de Villeroy, frère de sa grand’mère, qui fut son tuteur. De tant de gens distingués qui le courtisoient pour le mariage de cette nièce, belle, grande, bien faite et si riche dont il disposoit seul, il préféra Mr de Louvois, au scandale detoute la France ; mais Mr Le Tellier son père étoit alors au plus haut point de sa fortune et au plus florissant état de son ministère. Villeroy voulut se concilier de tels amis par un service si fort, surtout alors, au-delà de leur portée et compta pour rien tout ce qui se diroit du sacrifice de sa petite-nièce qu’il se faisoit à luimême. »

« Elle avoit la plus grande mine du monde, la plus belle et la plus grande taille ; une brune avec de la beauté ; peu d’esprit, mais un sens qui demeura étouffé pendant son mariage, quoiqu'il ne se puisse rien ajouter à la considération que Louvois eut toujours pour elle ».

Mme de Sévigné n’a guère consacré à Mme de Louvois que le passage suivant : «Il y avoit l’autre jour une Dame qui confondit ce qu’on dit d’un grive ; et au lieu de dire elle est soûle comme une grive, elle dit que la première présidente étoit sourde comme une grive : cela fit rire » (3 février 1672). « Cette dame que je ne vous nommai point dans ma dernière lettre étoit Mme de Louvois », ajoute-t-elle plus tard.

Louvois avait trois fils et une fille : « Courtenvaux, son fils aîné, qu'il avait fait nommer secrétaire d'Etat en survivance, ne s'était montré, ni par le talent ni par le caractère, suffisant pour de telles fonctions. Souvré, le second, ne promettait pas davantage ; c'était lui que Louvois avait envoyé, par un exil d'apparence honorable, guerroyer, à la suite du roi de Pologne, chez les Turcs. Le troisième de ses fils, Barbezieux, âgé de dix-sept ans en 1685, lui donnait au contraire de

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grandes espérances ; dans ce jeune homme ardent, intelligent, prompt au travail, Louvois se retrouvait lui-même ; il se plaisait à développer en cet enfant, par une éducation vigoureuse, les qualités natives de sa race ; celui-ci été vraiment un Le Tellier (13). »

Quelques jours après l'acquisition de Meudon, avait était célébré le mariage de la fille de Louvois avec le duc de La Rocheguyon, fils du prince de Marsillac, favori de Louis XIV.

Il semble qu’en achetant Meudon, domaine somptueux, d’un beau revenu, qui accroissait démesurément la terre familiale des Le Tellier, Louvois se soit juré à lui-même d'observer la plus grande sagesse. L'exemple de Fouquet invite à réfléchir ; puis, sans l’amener à la catastrophe, le faste d’un ministre peut désobliger le roi : « J'ai souvent connu, écrit Louvois au contrôleur général Le Peletier, que l'affluence de monde qui alloit à Sceaux (rendre visite à Colbert) ne plaisoit pas au maître : je crois que vous ne pouvez mieux faire que de continuer à l'avenir l'établissement que vous avez fait de ne voir personne, à Villeneuve, que ceux que vous appellerez pour votre travail. » (14)

Cette crainte de rendre Meudon trop magnifique perce dans la correspondance de Louvois avec LaTuilière, alors sur le point de partir pour l'Italie où, deux ans plus tard, il sera nommé directeur de l’Académie de France à Rome (15): « J'ai cru, lui écrit-il, que vous voudriez bien me faire l’emplette contenue dans le mémoire ci-joint, pendant le séjour que vous ferez à Rome.Comme je ne suis point curieux, c'està-dire que je ne me connois point en peintures ni en statues, je ne vous demande point des statues chères par leur antiquité ; et j'aime mieux une belle copie, d’un marbre bien poli, qu’un antique qui ait le nez ou le bras cassé. Je vous prie de ménager ma bourse sur les statues, en ne les prenant pas extrêmement mauvaises, de ne pas aussi chercher une extrême beauté qui les renchérit considérablement. Si

vous trouvez deux douzaines de bustes à un prix raisonnable, ou qui fussent antiques ou qui fussent bien copiés, vous me ferez plaisir de me les acheter aussi... Toutes les statues sont pour mettre dans des niches, la largeur et la profondeur desquelles est marquée à la marge, vis-à-vis de l’article où il en est parlé, afin que les figures que vous choisirez soient d’une attitude propre à être contenues dans les susdites niches. A l'égard des sphinx ou autres animaux couchés que je vous demande, pour peu que vous trouviez de difficulté à en trouver, ou qu'ils soient chers, ne vous mettez point en peine, parce que j'en trouverai ici à un prix assez raisonnable Je ne vous prescris point de prix, parce que je suis persuadé que vous ferez comme si c’estoit pour vous » (Lettre du 30 mars 1682).

Il est assez piquant de trouver sous la plume de ce futur surintendant des Beaux-Arts, que la tradition nous représente si hautain et si autoritaire, un aveu comme celui-ci : « Je ne me connois point en peintures ni en statues. » Camille Rousset, dans son histoire du ministre, rétablit l'exactitude des faits: « Louvois, dit-il n'avait pas la prétention de régenter les beaux-arts; il avait deux ou trois conseillers auxquels il se confiait, en architecture, Mansart, et Mignard, en peinture... S'il s'agissait d'acquérir quelque toile de réputation, c'était surtout Mignard qui était consulté. En sculpture, c'était Girardon. (16) »

Le 31 mars 1684, nouvelle lettre du ministre à La Tuilière : «Mandez-moi quelle réponse on vous fera sur les trois figures à vendre de la collection du cardinal Nini ; et comme je serai bien aise d’en avoir ici quelques unes, vous pourrez les acheter pour moi, si vous jne trouvez pas qu’elles méritent d'être placées à Versailles (17). » Ainsi, ce qui n'est pas digne d’aller à Versailles doit être envoyé à Meudon.

« Je vous prie, écrit encore Louvois à La Tuilière (18), de faire copier pour moi quatre figures qui soient entre cinq pieds et

demi et six pieds de haut, que je me remets à vous de choisir telles que vous voudrez, pourvu qu’elles soient de bon goût. Comme il me semble que celles où il ya des draperies doivent être à meilleur marché que celles qui sont nues, vous pourrez prendre de celles-là. Vous observerez que je désire que ces figures soient faites par des sculpteurs de Rome, et qu'aucun de ceux de l’Académie n’y travaille, parce qu'ils ne doivent être employés que pour le roi; et comme je ne veux pas qu'elles se fassent aux dépens du roi, je ne veux pas aussi que l’on puisse le croire ».

En l'absence du mémoire qui nous eût été si précieux pour connaître avec exactitude la statuaire de Meudon du temps de Louvois, nous pouvons déjà tirer de ces lettres certaines conclusions. Ces bustes, commandés par le ministre, sont destinés tant à l’intérieur qu’à l'extérieur du château :les uns seront placés sur des meubles dans la galerie ; les autres, posés sur des consoles, se détacheront sur les panneaux de brique de la cour, exactement comme à Versailles. Par un parti pris de simplification, les graveurs de l’époque n’ont pas reproduit ces bustes, que nous voyons apparaître dans un lavis vingt ans plus tard. Les seuls qui figurent avant ce temps sont — détail curieux — ces bustes de la Renaissance que nous montre, au temps des Guise, la gravure d'Israël Silvestre.

Des sphinx, on ne retrouve aucune trace ultérieure : peutêtre ne sont-ils jamais venus décorer Meudon. À n’en pas douter, Louvois les destinait à ses jardins ; il se peut qu’en les demandant, le courtisan ait songé à ces marbres de Jacques Sarrazin qui se dressaient à Versailles au Parterre de l'Amour.

Quant aux statues, Louvois les attendait évidemment pour remplir les quatre niches vides de la galerie. Dans une lettre de 1686, il semble revenir sur le même sujet quand il prie La Tuilière de faire exécuter par des sculpteurs romains & quatre (statues) entre cinq pieds et demi et six pieds de

pont ox À haut ». Un inventaire du mobilier de Meudon dressé en 1689 * (17) nous apprend la commande finale de quatre gaines d’où émergent des bustes de femmes. Nous avons goûté la curieuse raison qui faisait proscrire les nuditéspar Louvois ; remplacer les draperies d’une statue par un prisme de marbre est évidemment une solution plus économique encore.

Si ce ministre ne permet pas que les sculpteurs de l’Académie de France à Rome s’emploient à l’embellissement de Meudon, il accepte par contre que La Tuilière lui envoie des copies de tableaux exécutées par les pensionnaires du roi, et promet de les rémunérer pour ces peintures « lesquelles, ditil, serviront à me faire connoître quelle sera leur application et leur capacité ». Pourquoi cette contradiction apparente? Louvois aurait-il oublié, en décembre 1686, les instructions qu’il avait données la même année en septembre et en novembre ? Ce serait bien surprenant chez un homme aussi soigneux des détails « dont aucun ne lui échappoit jusqu'aux plus petits » (Saint-Simon).

Cette hypothèse écartée, doit-on croire à une délicatesse de sentiment de la part du ministre, qui n’aurait pas voulu faire travailler à la décoration de Meudon des sculpteurs très occupés par les commandes royales ? Nombreuses sont, en effet, les statues signées par des artistes français et datées de Rome Maïs alors, que faisaient les peintres pensionnés par le roi ? Faut-il donc supposer que Louvois, désireux d'éviter les commentaires malveillants, préférait simplement recevoir de l’Académie de France des toiles peu encombrantes et par cela même moins exposées à la curiosité publique, plutôt que des Statues d’un transport difficile, dont le débarquement et la mise en place s'opéraient, pour ainsi dire, à la vue de tous P

Quoi qu'il en soit, le 30 décembre 1686, Louvois écrit encore au directeur de l'Académie : « Je vous prie de ne manquer aucune occasion d'acheter de bonnes copies des plus beaux tableaux d'Italie, je dis de bonnes, car je ne fais point

cas des autres, et je ne veux pas d’originaux(18)». On voit, en différents endroits de sa correspondance avec La Tuilière, le ministre acquérir de la sorte une Galatée d’après Raphaël, un Christ et une Bacchanale d’après le Titien, une Diane d’après le Dominiquin et une Madeleine d'après le Corrège ; mais il ne veut pas qu’on lui copie la Nuit du même maître (19).

Une acquisition plus bizarre est faite par Louvois en personne. Le 4 juillet 1683, il écrit de Strasbourg au marquis de Tilladet (20) : « Nous pensâmes hier nous rompre le col, en allant voir une vieille idole, de cuivre que le chevalier de Nogent a déterrée ici ; elle s'appelle Krusmana ; je l’achetai hier à 12 sols la livre, et tout monte à 150 écus. Nous chercherons quelque place pour la mettre à Meudon. » Singulières fouilles qui exhument du sol d'Alsace des divinités hindoues !

L'application initiale du ministre à n’entreprendre que de médiocres dépenses se relâche bientôt ; et, comme Servien, le désir de perfectionner tantôt le château tantôt les jardins l’entraîne à y « jeter ces millions » dont parle Saint-Simon.

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