‹ Histoire du Château de MeudonChapitre 3 sur 187 · FT · texte numérisé non relu

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cée en avant-corps, ouvrait sur un escalier en berceau nu et triste, analogue à celui du Louvre. Chaque étage avait huit fenêtres sur la cour, sans compter les baies ajourées des tours.

Le bâtiment plat était formé de tableaux de brique, encadrés

de grands bandeaux horizontaux de pierre moulurée; en pierre aussi étaient les entourages et les meneaux des fenêtres, les pilastres ornementés disposés de place en place, et les lucarnes à frontons sculptés. Quatre cheminées surmontaient le corps de logis, et deux autres chacune des tours d'angle. Nous ignorons l'aspect que présentait du côté ouest ce joli et confortable manoir. D’un style assez différent devaient être les ailes, ornées de lanternons et de colonnades à l’italienne, qui l’agrandirent plus tard du côté du village.

Antoine Sanguin, orateur et jurisconsulte de grand talent, sut s’attirer l'estime de ses maîtres : chanoine de la Sainte-Chapelle en 1522, il recevait du roi l’année suivante la belle abbaye de Fleury-sur-Loire ; il fut plus tard évêque, cardinal et grand aumônier de France. Ses seuls mérites n’auraient sans doute pas suffi à lui faire conférer ces hautes dignités. La faveur que lui marquaiïit le roi provenait d’une autre cause.

Antoine Sanguin avait une sœur, Anne Sanguin, mariée le 19 février 1503 à Guillaume de Pisseleu, seigneur d’Heilly, et de cette union était née une fille, Anne de Pisseleu, célèbre dans les chroniques galantes de la cour de France. Le roi S'éprit d'elle au retour de sa captivité en Espagne : « Pour sa principalle dame et maistresse il prit, après qu’il fut venu de prison, madamoiselle d'Helly, que madame la régente avoit prise fille, et le roy ne l’avoit point encores veue qu’à l’entreveue de madicte dame sa mère; il la trouva belle et à son gré » (5).

Distinguée par le roi, Mile d'Heilly fut favorisée par son oncle, plus habile politique que vertueux chanoine {1 et 3), et le 5 novembre 1527, il lui fit, devant Brion et Feleu, donation des terres et seigneurie de Meudon à la réserve de l'usufruit.

Anne de Pisseleu prit donc possession du château le 21 novembre, et le 5 décembre en rendit hommage au sire de Marly. Le fait de posséder ce domaine assurait plus d'indépendance à Mlle d’Heilly, tout en la rapprochant du château de Saint- Germain et de ce joli manoir de Boulogne, surnommé le « château de Madrid », car, selon la tradition, le roi n'y était guère plus accessible aux courtisans qu’en sa prisonde Madrid.

D'ailleurs, Antoine Sanguin, devenu aumônier du roi, possédait le château et la terre d’Aubervilliers, et se faisait construire à Paris (2), près Sainte-Catherine du Val des Ecoliers une bâtisse somptueuse, dite l'Hostel de Saint-Paul. L’on voyait encore, au xvie siècle, sur le fronton de la demeure, un écu au champ d’argent à la croix dentelée de sable, cantonnée de quatre merlettes du même, le tout sommé du chapeau de cardinal : telles étaient, en effet, les armes de ce prélat que favorisa la fortune.

Nommé évêque d'Orléans, il reçoit par lettres patentes du 16 janvier 1534, le don des« fruits et revenus » de l’évèché, de cette date au jour où il prêtera serment de fidélité au souverain (6).

En 1530, il est proposé par le roi pour la pourpre cardinalice ; le chapeau lui est remis par Paul Ill, et il prend le nom de cardinal de Meudon.

À la mort du cardinal Le Veneur, il devient grand aumônier de France, 8 août 1543.

François ler lui confie la lieutenance générale et le gouvernement de Paris quand, en 1544, Charles-Quint et Henri VIII d'Angleterre, coalisés, tentent d’envahir la France.

Enfin, lorsque Odet de Coligny, le « cardinal! de Châtillon», convaincu d’hérésie, s'enfuit en Angleterre, Antoine Sanguin est désigné, en son lieu et place, comme archevêque de Toulouse (1550).

Entre temps, le cardinal, qui mourra le 21 décembre 1559, fait l'abandon complet de la « maison et terre de Meudon »,

moyennant une rente de douze cents livres annuelles, à sa nièce Anne de Pisseleu, devenue par son mariage la femme de Jean de Brosse, dit de Bretagne (1).

La complaissance de Jean de Brosse aux désirs du roi est largement récompensée : le mari de Mlle d’Heilly se voit comblé de faveurs. Au comté de Penthièvre, s'ajoute, le 26 juillet 1534, le comté d’'Etampes (7). Ce même comté d’Etampes est érigé en duché, après incorporation des châtellenies de Dourdan et de la Ferté-Alais, en janvier 1536. Toujours pour Jean de Brosse, lieutenant général en Bretagne, la baronnie de Chevreuse devient un duché (3).

La sœur de la duchesse d’Etampes, Charlotte de Pisseleu, demoiselle d’Heilly, fille de la reine, épouse le comte de Vertus, fils du seigneur d’Avaugour, et le roi grossit de vingt mille livres la dot qui lui est donnée.

Présents en argent, produit de confiscations de meubles et d'immeubles, aunes de «ruban d’or étroit pour garnir les robes de drap gris de Carcassonne », dons de toutes sortes échoient en partage à la duchesse (8). Un antique fameux, la Diane à la biche, actuellement au Louvre, lui a, selon toute vraisemblance, été offert par son royal amant : « J'assurerai, dit Sauval (9), qu’elle (la Diane) passa de Rome en France sous François le", que d’abord elle fut placéeau château de Meudon ». Sans doute, est-ce là une de ces œuvres d’art que le Primatice acheta pour le roi en Italie.

La présence de la duchesse d’Etampesattireet retient François [' dans cette jolie résidence de Meudon, d’où il lui est aisé de se rendre à Paris. Le 11 juillet 1537, il s’y installe ; le 21 juillet, il y tombe malade, et y demeure jusqu’au 5 août. Mais, on s’en souvient, il n’y a parc, ni jardin à Meudon, et les légumes n’y sont pas abondants, car le roi en fait demander à son jardinier de Blois, et donne dix écus soleil à Gervais Courbenton, valet du jardinier, pour lui avoir apporté des asperges, des artichauts et des fruits (10). Le roi revient souvent à Meu-

don : on l’y retrouve en janvier, en mars et en juin 1539, en juillet 1540, en février et mars 1542, en avril et mai 1543, en mars, mai, septembre et novembre, 1544. C'est de Meudon qu'il envoie Nicolas de Bernay apprendre à la reine la conclusion du traité de paix, signé à Crépy, avec l’empereur. François le" séjourne encore à Meudon en mars 1546, en février 1547 et, à la veille de sa mort,le 29 mars 1547.

De telles privautés, une faveur si hautement déclarée n'avaient point altéré les aimables façons de la duchesse d'Etampes d’après Brantôme : « Cette dame fut une bonne & honneste dame, et qui n’abusa jamais de sa faveur envers le monde », écrit-il (5). Cet éloge venant d’un historien aussi volontiers médisant que Brantôme, est plus digne de créance que les invectives de Buenvenuto Cellini contre cette« Madama di Tampes », « prude & vindicative », « cette bête » qui se mêle de tout gouverner « pleine d’une rage venimeuse », « cette maudite femme née pour la ruine du monde ». Tout s'explique, si l’on songe que la duchesse protégeait fort le Primatice, à qui son rival avait voué une haine profonde, et qu’elle préférait les vrais antiques aux œuvres de Cellini.

La duchesse semble avoir été médiocrement heureuse en ménage : « Mme d’Estampes, fort favorisée du roy François, et pour ce peu aymée de son mary, ainsi que quelque vefve lui venoit parfois la requérir, pour avoir pitié d’elle et de sa condition de vefve : ‘* Ha! ma mye, luy disoit-elle, vous estes trop heureuse en tel estat, car il n’est pas vefve qui veut ”, comme fort désirant de l’estre. Aucunes sont là logées, d’autres non » (11). |

Brantôme nous a conservé une autre anecdote, mi-grivoise, mi-tragique, qui eut, elle aussi, pour théâtre Meudon (12) : «Or, écrit-il, pour retourner delà où j'estois demeuré, le roy François, qui a bien aymé les dames, et encor qu'il eust opinion qu'elles fussent fort inconstantes et variables, comme j'ay dit ailleurs, ne voulut point qu'on en médist en sa cour,

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et voulut fort qu’on leur portast un grand honneur et respect. J'ay ouy raconter qu’une fois, luy passant son caresme à Meudon près Paris, il y eut un sien gentilhomme servant, qui s'appeloit le sieur de Buzambourg, de Xaintonge, lequel servant le roy de la viande, dont il avoit dispense, le roy luy commanda de porter le reste, comme l’on void quelques fois à la cour, aux dames de la petite bande, que je ne veux nommer, de peur d'escandale. Ce gentilhomme se mit à dire, parmy ses compagnons et autres de la cour : que ces dames ne se contentoyent pas de manger de la chair crue encaresme, mais en mangeoient de la cuitte, et leur benoist saoul. Les dames le sceurent, qui s’en plaignirent aussitost au roy, qui entra en si grande colère qu'à l'instant il commanda aux archers de la garde de son hostel de l’aller prendre et pendre sans autre délay. Par cas, le pauvre gentilhomme en sceut le vent par quelqu'un de ses amis, qui évada et se sauva bravement... »

Rien ne nous permet de préciser l'intervention de François Ier, ami passionné des arts et grand bâtisseur, dans l’achèyement de Meudon. Le château semble bien, en effet, avoir été achevé par la duchesse d’Etampes : ses successeurs — si belle soit la part qu’on leur attribue dans ces travaux — n’ont fait que l’embellir et créer les jardins. Les deux tours carrées qui terminaient la cour portaient les dates de 1539 et de 1540, inscriptions qui ont disparu lors d’un ravalement, au xvie siècle (3) : n’est-ce pas là une preuve suffisante que les deux ailes furent achevées par la duchesse d’'Etampes ? Ces ailes, construites pour la duchesse, étaient revêtues de brique avec bandeaux, pilastres et encadrement de fenêtres en pierre comme le corps de logis élevé par Antoine Sanguin; mais, d’un style plusriche, elles se décoraient au rez-de-chaussée d’arcades et de loggie à colonnes corinthiennes formant terrasse au premier étage. On y accédait par les escaliers à vis de quatre tourelles à trois étages, ter-

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minées par des lanternons de pierre, qui se dressaient à l’extrémité de l’une et l’autre terrasse. Deux de ces tourelles s’incrustaient dans les tours carrées, en forme de pavillons, qui défendaient l'entrée de la cour. Les deux autres se greffaient sur le corps de logis élevé pour Antoine Sanguin, dont elles obstruaient une fenêtre par étage. Les tours comportaient un étage de plus que le corps de-logis central et que les deux ailes ; elles avaient des toits suraigus, des poivrières richement sculptées aux angles, des lucarnes et de hautes cheminées très ornementées. Sur le village, les tours n'étaient percées qu’à peine et gardaientun aspect de forteresse. Enfin, un mur plein, cintré vers l’extérieur, fermait la cour sur le quatrième côté ; ce mur était décoré de contreforts et percé d’une triple porte, à l’imitation d’un petit arc-de-triomphe | (fig. 1).

Extérieurement, l’aile orientale, bâtie à pic sur la vallée (voir fig. 9, p. 125) s'’agrémentait d'un petit avant-corps, fait de deux tourelles carrées à trois étages reliées par un étroit bâtiment qu’un petit fronton couronnaït : à l'étage noble s'’ouvrait une loggia à colonnettes géminées et pilastres latéraux (13). Cette annexe dépassait la toiture du château.

Sur les dispositions intérieures de Meudon, nous savons peu de chose à cette époque : « Le chasteau, basty... du temps du roy François [*r, est fortéminent ayant aux quatre coins quatre grands pauillons couuerts d’ardoise, le tout faict de brique et de belle pierre, la grande court est quarrée, & enuironnée de troïs costez de trois logemens, celui du milieu est le plus beau,là se voyent deux grandes sales, l’une basse, l’autrehaute, de laquelleonentre aux chambres, antichambres & cabinets, les deux autres logemens sont pour la demeure des officiers, & au bas à main droicte sont les cuisines & les offices ». (14).

Si nous ignorons la part qu'il faut faire au goût de François °r dans les travaux de Meudon, nous connaissons du

(Topographie de Zeiler),.

Fic. 1. — Le château de Meudon au xvr siècle.

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(Claude de Chaslillon).

FiG. 2. — La grotte de Meudon.

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