ENCEINTE PRINCIPALE
compose aujourd'hui le château de Tancarville appartiennent à des âges différents , tout porte à croire que, à l'exception peut-être de la tour du Donjon, et de quelques autres ouvrages avancés, dont nous parlerons plus bas, le tracé général que nous venons de décrire est dû à une pensée unique, et a été exécuté d'un. jet. L'examen attentif des lieux et la configuration du terrain ne permettent guère d'admettre une autre supposition.
S'il en était ainsi, l'étendue considérable de l'enceinte du château serait de nature à lui faire refuser une haute antiquité. En effet, sous les premiers ducs de Normandie, le tracé des forteresses était extrêmement circonscrit ; souvent même elles consistaient dans une seule grosse tour. Sous Guillaume-le-Conquérant, on commença à leur donner plus de développement. Mais ce fut particulièrement le dernier de ses fils, Henri Ier, qui changea l'ancien système, et qui dessina les monuments militaires sur une vaste échelle. Aussi voyons-nous ce prince agrandir les anciennes citadelles édifiées sous ses prédécesseurs, et en augmenter la force. C'est ainsi qu'il ceignit d'une muraille crénelée la tour de Rouen , bâtie par Richard Ier, au xe siècle; qu'il ajouta un donjon et des remparts au château d'Arqués,
construit dans le siècle suivant; qu'il traça autour du fort de Gisors, que venait d'élever son frère Guillaume-le-Roux , cette longue chaîne de murailles et de tours qui subsiste encore; sans parler de ce Me foule d'autres châteaux, Falaise, Domfront, Caen, Vernon, Vire, Exmes, etc., qu'il agrandit ou remania1.
Je pense donc que le tracé du château de Tancarville ne peut remonter au-delà du règne de Henri Ier, c'est-à-dire du commencement du xnc siècle. Cette donnée s'accorde, au reste, avec le style de l'architecture de ses parties les plus anciennes , ainsi qu'on le verra plus loin , lorsque nous décrirons la tour Carrée, et avec les documents historiques que nous aurons soin de rapporter, et qui tendent à prouver que le nom de Tancarville, soit comme nom de lieu, soit comme nom de famille, ne se trouve , ni dans les historiens , ni dans les actes normands , avant l'époque que nous venons d'indiquer.
1 r Hem icus rex circa turrem Rotomagi, quant œdificavit primus Ricardus dux Normannorum in palatin m sibi , muni m ait uni et latum cum propugnaculis auiificat. » — « Item castellum , quod vocatur Archas , turre et mœnibns mirabiliter firmavit. » ( Robert du Mont , Appendix ad Sigebertmn. )
« Rex Jf'illelmus fecitquuddum castellum nomine Gisorz, quod f rater e jus Ilenricus mœnibus ambitum, et turribus excelsis inexpugnabilv reddidit. » ( Guillaume de .h miéges, liv. vm , ch. 7. )