BOIS DE CHÊNE IMMEBGÉ
Un autre moyed de conserver les grands approvisionnements de chêne consiste à les immerger. ,
Cette pratique n'est pas toute nouvelle, puisque Vitruve conseillait une immersion de 30 jours, et qu'Evelyn attribuait au flottage la qualité des bois du nord. Elle ne s'est perfectionnée que lentement
A l'origine, l'immersion fut de courte durée et se faisait indifféremment dans l'eau douce et dans l'eau salée.
En Angleterre, dès la fin du xvii® siècle, on plongeait les bois dans l'eau douce, pour les empêcher de se fendre; on les plongeait aussi dans Teau salée pour prévenir la fermentation de la sève et faciliter sa dissolution.
En Suède, Linné proposa aussi de plonger les bois dans l'eau de mer pour détruire les œufs des insectes.
En Hollande et en Amérique on employait l'eau douce ou l'eau de mer.
Cette immersion ne donna pas partout de bons résultats; Strange, consul anglais à Venise, signalait en 1792 les mécomptes obtenus dans les ports de l'Adriatique parce procédé.
Il semble que, vers cette époque, on y avait renoncé en Angleterre, mais on y revint vers 1822, et en 1825 les bois séjournaient trois mois dans Teau douce à Deptford et à Wolwich, tandis que dans les autres ports on les plongeait dans l'eau salée.
Jusqu'ici l'immersion passagère n'est qu'un moyen de
préservation contre les insectes, ou bien un procédé destiné à hâter la dissolution de la sève, c'est-à-dire le désevage ; ce n'est pas encore un syôtème d'emmagasinage. De nos jours, l'immersion, devenue permanente, doit être envisagée au triple point de vue de l'emmagasinage, de la préservation des animaux xylophages et du désevage.
Le séjour permanent des approvisionnements dans l'eau, et particulièrement dans l'eau salée, a été pratiqué en France depuis longtemps. On avait constaté, sans s'en rendre compte, que le chêne se conservait bien ainsi.
Cette méthode, qui permettait de réunir dans le voisinage des arsenaux de grandes quantités de bois à l'abri de l'incendie, jugée fort avantageuse, fut mise à exécution sur une vaste échelle, dès la fin du i7« siècle à Brest d'abord, dans les dépôts de Paase Saupln, et plus tard • dans tous nos arsenaux.
C'est longtemps après que l'on reconnut que la conservation du bois;;n'était pas due seulement à l'eau de mer, mais au mélange de l'eau douce et de l'eau salée, qui se produit près de l'embouchure des petits cours d'eau.
C'est pour n'avoir pas eu connaissance de cette particularité, que M. Thiers recevait du ministre de la marine, en 1846, une leçon sur la conservation du bois de chêne et le meilleur moyen à suivre pour le préserver. 9 Je n'ai, disait le ministre, qu'une rectification à faire à l'avis que nous donnait hier l'honorable M. Thiers pour la conservation du bois. Il paraît croire que la meilleure manière est de le mettre à la mer. Non, c'est de le mettre à l'éau et non pas à la mer. S'il s'agissait seulement de mettre le bois à la mer, on ne comprendrait pas comment l'espace pourrait manquer dans un port ; mais par cela même que la carène des vaisseaux qui flottent est exposée à ce ver qu'on appelle taret , si nous mettons nos approvisionne-
ments dans cette eau de mer, il est .évident qii'ils seraient très mal placés pour être conservés. Les locaux les plus propres pour la conservation des bois sont des fosses, dans lesquelles on a* soin d'avoir de Teau douce et de Teau de mer, cette eau saumâke qui tue le ver destructeur de la coque des vaisseaux et en préserve les bois de construction. »
Les premiers bois mis dans la Peufeld n'en furent pas préservés; mais en Tan xi, M. Tarbé de Vauxclairs, pour reméd ier à Tinsufiisance des dépôts des bois, fit entreprendre les travaux de l'île factice. Ge barrage réalisa le mélange des eaux douce et salée qui assurait la préservation des bois.
En 1835, M. Tupinier avait assisté à l'examen de pièces de chêne retirées des vases de la Penfeld, à Brest, et constaté le parfait état de ces bois placés là depuis un nombre considérable d'années.
Dans les autres ports, on avait, dès cette époque, entrepris des travaux considérables pour réaliser les conditions favorables de la Penfeld , des fosses d'immersion venaient d'être terminées à Rochefort, plusieurs autres étaient en cours de préparation.
A Lorient, les essais d'immersion n'avaient pas réussi, et comme à Cherbourg et à Toulon, les bois étaient encore sous des hangars où ensablés.
De nos jours, l'immersion s'est généralisée comme méthode d'emmagasioage.
Les fosses sont naturelles à Brest, dans la Penfeld ; à Lorient, dans le Scorf, les marées y déterminent le mélange nécessaire.
A Kerhuon, on a utilisé une anse naturelle, un fort ruisjSieau y apporte l'eau douce. Les voyageurs qui arrivent à
Brest par la ligne de l'Ouest^ sont frappés du spectacle étrange que leur^ offre, d-es hauteurs du viaduc, ce vaste rassemblement de bois de chêne qui représente une valeur de 8 à 10 millions.
Le bois de chêne est encore conservé dans d>es fosses» artificielles. A Rochefort, on a creusé neuf fosses dans la prairie de la Gardette, elles offrent une superficie de plus^ de 400,000 mètres carrés et contiennent 50,000 stères de bois de chêne. Un canal les fait communiquer avec la rivière,, et le mouvement des marées fait varier ainsi le degré
de salure des eaux
A. Toulon, pour suppléer aux fosses d'immersion du ' MourillOD, on en a établi deux nouvelles à rentrée de la rivière Vauban, Tune d'elles, réservée au bois de chêne, offre une surface de 5 hectares 1/2.
M. de Quatrefages, dans ses études embryogéniques sur les. tarets, a constaté Faction de certaines substances sur la vitalité des spermatozoïdes de ces mollusques. Quelques traces de sels de cuivre ou de plomb dans des solutions excessivement étendues suffisaient pour les foudroyer.
« En partant de cette idée, dit le savant observateur, le problème de la conservation des bois de marine se transformerait en une question toute physiologique qu'on peut énoncer ainsi : — Empêcher la transformation du germe en animal, et pour cela empêcher la fécondation des œufs, ou en d'autres termes, tuer les spermatozoïdes. »
L'action d'une solution métallique est moins considérable sur les larves et les adultes que sur les germes. M. de Quatrefages croit que 500 grammes de bi-chlorure de mercure tueraient tous les spermatozoïdes de tarets contenus dans 20,000 mètres cubes d'eau de mer.
M. Yrolick, rapporteur de la commission hollandaise
dont nous avons parlé, a remarqué que la propagation du taret dans nos bois rencontre un obstacle naturel. C'est un annélide de O'^iO à 0"'i5 de long, le lycoris fvcata, qui dé-* truit et suce les viscères du taret. M. Kaster a vu un lycoris saisir un taret libre avec ses pinces, le dévorer et n'en laisser que les valves. Que de quantités de chênes on économiserait si l'on pouvait propager cet adversaire du tarât.
Ce ne sont pas seulement les bois bruts que l'on a placés sous l'eau. Colbert voulant donner à Louis XIV, dans un voyage projeté à Brest, un spectacle digne du grand roi, avait conçu l'idée de faire construire sous ses yeux, en quelques heures, une frégate de 30 canons. Toutes les pièces étaient prêtes, il ne restait qu'à les réunir. Le voyage ayant été différé, Colbert écrivit à du Seuil de mettre sous l'eau tous ces bois travaillés.
L'immersion des grandes quantités de bois de chêne ne supprime pas la nécessité de vastes hangars comme ceux du Mourillon et de l'île factice dans la Penfeld. En 1865, lors de la discussion du budget, M. Dupuy de Lôme en donnait la raison. « Si nos magasins, disait-il, ne sont pas suffisants, c'est que nos bois ont besoin d'être conservés à sec avant leur application. Autrefois on les tirait directement des fosses d'immersion, excellentes pour la conservation du bois qu'on n'emploie pas à bref délai; mais pour les constructions qui ne restent pas, comme autrefois, dix ans sur les chantiers, il faut avoir des bois secs qui soient sortis des fosses depuis deux ans, trois ans avant la mise en œuvre. »
Un emmagasinage peu dispendieux, une préservation des altérations ordinaires du chêne, tels sont les premiers avantages de l'immersion. Nous avons dit qu'il en existait un troisième, c'était le désevage.
Cet avantage sera surtout réalisé dans les eaux courantes et plus facilement dans les eaux douces.
M. de Lapparent voudrait pouvoir traiter nos bois de la manière suivante : un an dans l'eau douce courante, — deux ans dans Teau douce souvent renouvelée, — trois ans dans Teau saumâtre se renouvelant sans cesse.
L'eau douce ou l'eau de mer se substituent-elles à la sève dans les chênes immergés ? Ce qui est certain, c'est que quoique vert, le chêne augmente encore du treizième, de son poids, quand on le met dans Peau.
On a peine à cromprendre que la pénétration des bois par l'eau de mer devienne pour eux un avantage ; ils doivent en effet difHcilement sécher sous les hangars, et le pourraient-ils, les sels hygrométriques de l'eau de mer restés dans le tissu ligneux tendraient à reprendre de l'eau.
Un de nos collègues, M. Benou, longtemps chargé des analyses de la marine au port de Cherbourg, a fait une série d'expériences qui l'ont conduit à reconnaître que le désevage n'était pas dû à la pénétration de l'eau de merj
Huit cubes de bois de chêne désevés lui ont fourni des cendres identiques, par leur composition, à celles du bois de chêne ordinaire : l'eau de mer n'y avait introduit aucun élément marin^
Ainsi ces cendres ne contenaient que des traces imperceptibles du chlorure de calcium et des. autres sels qui dans l'eau de la Manche entrent dans la proportion de 3,67 pour cent.
La pression seule ou un acte physiologique, l'endosmose, peuvent faire pénétrer des liquides denses dans le§ vaisseaux des bois d'essencç durQ, . ,
CO
TS
CQ
CO
OQ
bL
fl
GO
OQ
es
fi
CP
5 "iJ o ^
Sus o. A «
ÇDTi<OÇDQ<NOQCDC0
co '^ r*" ci <>r ô icTàO ce i-T ©♦wr-i-(»r^co«t*c*
POIDS
de