‹ Histoire du chêne dans l'antiquité & dans la nature; ses applications à l'industrie, aux constructions navales aux sciences et aux arts, etcChapitre 112 sur 156 · HE GUT · texte numérisé non relu

HE GUT

Parmi les hôtes les plus remarquables du chêne, nous ne saurions oublier le Gui.

Ce parasite enflé de la sève des chênes, dont la vie, la substance et la célébrité sont intimement liées à son existence, à ses tissus et à son histoire.

Druide, dit M. H. Martin, signifie chêne, homme-chêne, homme du chêne ; peut-être, ajoute-t-il, dans sa forme kimrique la plus usitée, Derwydd, Derwyddon, on trouverait à côté du nom du chêne celui d’un autre végétal qui, associé au chêne, devient l'élément fondamental de la religion druidique. Le gui, appelé en kimrique gwydd ou wydd (c’est-à-dire plante par excellence), plante vivace d'une nature singulière, ne se contente pas de s’élancer aux arbres, comme les autres parasites, mais ne touchant jamais la terre, il enfonce ses racines dans l'écorce des arbres, et se nourrit de leur sève.

De même que le chêne était l’arbre d’Esus, le gui était la plante de Guyon. Il réunissait toutes les vertus des six

plantes du chaudron de Koridwen, la Fée blanche. Pour les Gaulois, il avait la propriété de guérir tous les maux quand on buvait l’eau dans laquelle on l'avait fait infuser (Pline, XVI— XLIV). C'était enfin le rameau d’or qui prenait, dit Taliesin, une vertu fécondante quand le brasseur qui préside à la fameuse chaudière des plantes, au nombre desquelles figurait la verveine, l'avait fait bouillir.

Le mysticisme qui pénétrait la religion druidique ne permet pas d'admettre que l’estime et la vénération accordées au gui tenaient à ses propriétés physiques ou médicales.

Chez les Grecs, le gui était déjà autre chose ; le rameau d'or consacré à Proserpine, rameau brillant comme le gui de chêne pendant l'hiver, ouvrait magiquement les portes des Enfers, séjour de l’immortalité.

Chez nos pères, le gui sacré était plus qu’une plante médicinale et purifiante : — Que veut dire cette association entre l’arbre reconnu comme l’emblême du Dieu force et cette plante vivace et toujours verte ; qui ne vit pourtant par elle-même et ne subsiste que de la sève qu’elle puise dans l'arbre où elle prend racine. Le dogme théologique n'éclate-t-il pas ici à travers le symbole transparent dont il enveloppe ? Peut-on voir là autre chose que le mystère supérieur de la création ; que la créature unie au Créateur, et distincte du Créateur ; que l'être particulier puisant perpétuellement la vie dans le sein de l'Étre universel qui le supporte. — (H. MARTIN).

Le gui serait donc le symbole de l’immortalité communiquée à l’âme humaine.

Le gui, dont nous ne ferons pas la description botanique, appartient à la famille des Lanothracées ; les genres

les plus remarquables sont les genres Viscwm et Loranthus. Le gui qui croît si fréquemment sur les pommiers, est le Viscum album.

Cette espèce, d’après plusieurs auteurs, croîtrait rarement sur le chêne, et jamais suivant quelques autres. Le gui des Quercus serait le Loranthus Europœus, qui ressemble beaucoup au précédent, avec lequel on l’a très-longtemps confondu. Rare dans les forêts de la Gaule, il est plus commun dans le nord de l'Italie, à Pise, et jusqu’en Calabre. D’après Belon, il était très-abondant sur les chênes du Mont-Athos.

Le gui est nauséeux, un peu acre ; on le considère comme une plante active, susceptible de produire le vomissement et la purgation, les baies surtout. On le regarde particulièrement comme un puissant antispasmodique.

Mathiole est le premier qui ait employé le gui contre l’épilepsie. Il fut imité par Paracelse, Daléchamps, Cartheuser, etc.; Dehaën ne parle qu'avec enthousiasme des effets du gui de chêne contre cette maladie. Bouteille l’associait à la valériane, et Henri Fraser au camphre. Cullen, Tissot, Desbois de Rochefort, Peyrilhe, etc, le déclarèrent impuissant contre cette terrible affection. Enfin, Bradley en fit usage contre l’hystérie; Koeldera contre l'asthme et Colbath contre la chorée, la goutte, etc.

Tantôt, c'était la plante entière, tantôt l'écorce sèche et pulvérisée que l’on employait à la dose de 24 grains à 3 gros par jour.

Le gui est aujourd’hui complétement délaissé par la médecine.

Depuis Pline, tous les auteurs ont avancé que l’on fabrique de la glu avec les baies du gui. Savi a montré qu'elles en contenaient fort peu, tandis que celles des Loranthus en renferment.

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