USAGES DU CHÊNE DANS LA MÉDECINE VÉTÉRINAIRE
Il est peu de médicaments indigènes appelés à rendre autant de services à la médication des animaux que ceux empruntés au chêne. L'abondance de cet arbre réalise-une des conditions les plus essentielles de la médecine vété rinaire, en plaçant entre les mains des éleveurs un remède énergique et presque sans valeur. Nous emprunterons à M. le professeur Tabourin un résumé des indications du chêne pour le traitement des animaux.
C’est principalement le tan ou écorce de chêne pulvérisée que l’on emploie dans la médecine vétérinaire sous forme de poudre, décoction, etc.
Les doses sont, pour l’usage interne, de 16 à 64 grammes Chez les grands herbivores ; de 4 à 16 grammes chez les petits ruminants et le porc, et de { à 4 grammes chez les carnivores ; ces doses peuvent être répétées plusieurs fois par jour. Pour l’usage externe, la dose est de 16 à 32 gr.
par litre d’eau en infusion ou décoction, pour injections, lotions, etc.
L'action de l'écorce de chêne est très-énergique : sur la -peau, son effet est presque nul, mais sur les surfaces dénudées et les muqueuses, elle flétrit et décolore les tissus, les durcit et peut même les mortifier. A l’intérieur, ses effets astringents sont rapides : elle fortifie d’abord l’estomac et l'intestin; mais à dose élevée, elle arrête la digestion, détermine la constipation, rétrécit le canal intestinal, racornit ses membranes.
A l'extérieur, l'écorce de chêne est employée : 1° Comme astringent , 2° comme dessiccatif ; 3° comme anti-putride :
1° La décoction de tan mélangée à de l'essence de térébenthine .a été employée contre les larges ædèmes du ventre. M. Mazure à injecté avec avantage la décoction de tan pour empêcher chez une vache le renversement de la matrice ; les contractions expulsives cessèrent. M. Tabourin croit que l’on préviendrait par le même moyen le retour du renversement du rectum et le renouvellement des hernies réduites. M. Buer emploie les bains prolongés de décoction de tan contre les distensions articulaires récentes et les décollements du sabot. M. Tabourin a rarement vu des engorgements non spécifiques des membres résister aux bains d’écorce de chêne. Ces bains sont très-utiles aussi aux chevaux qui, comme ceux du halage, restent les pieds dans l’eau.
2° En poudre ou en décoction, l'écorce de chêne convient pour dessécher les vieilles plaies, les crevasses, les eaux aux jambes, etc. ; la décoction seule ou mélangée à des solutions métalliques astringentes est très-efficace pour tarir les écoulements purulents des muqueuses apparentes. Favre y mélange de linfusion de fleur de sureau, pour laver les ulcères aphteux du pied chez les grands ruminants.
3° La poudre du tan est un antiputride énergique. On y associe du charbon, du camphre, de l'essence térébenthine, des hypochlorites, etc. Elle convient contre les plaies gangreneuses, charbonneuses, etc.
A l'intérieur, sa décoction est administrée contre la diarrhée et la dyssentérie chroniques : on y associe souvent du vin, du laudanum, de l’amidon. Dans les affections putrides, Gohier fait usage du tan associé à la poudre de gentiane ; dans le cas de pourriture chez le mouton, il l’associe dans les provendes, avec des baies de genièvre ; dans les cachéxies des grands ruminants, M. Didry ajoute à chaque breuvage de décoction d’écorce de chêne 12 à 16 gr. d’essence de térébenthine : mêlée avec l’alun, c'est un bon médicament contre les hémorrhagies passives, les affections vermineuses, les maladies lymphatiques, comme le farcin, la ladrerie, etc.
La noix de galle rend à la médecine vétérinaire des services analogues à ceux. de l’écorce de chêne.