‹ Histoire du chevalier d'Iberbille, 1663-1706Chapitre 35 sur 38 · MORT DE 1) IBERVILLE · texte numérisé non relu

MORT DE 1) IBERVILLE

A partir de 1700, la santé de d'Iber ville fut profondément altérée. En 1702, il repassa en France et alla à Paris. Sa femme, née Marie Thérèse de La Pocatière, qu'il avait laissée à La Rochelle, chez son frère de Sérigny, intendant du port de cette ville, vint le rejoindre dans la ville capitale avec Sérigny.

Le 8 octobre 1693, d'Iberville avait épousé à Québec Dlle Marie Thérèse Polette de La Combe Pocatière, fille de François Polette de La Combe- Pocatière, capitaine au régiment de Carignan Salières, et de dame Marie Anne Juchereau, qui elle-même, à la date du mariage de sa fille avec d'Iberville, avait contracté un second mariage avec le chevalier François Madeleine Ruette, sieur d'Auteuil et de Monceaux, conseiller.

De ce mariage d'Iberville eut deux enfants : Pierre Louis Joseph qui, né et ondoyé le 22 juin 1694, sur le grand banc de Terre-Neuve, reçut le baptême à Québec, le 7 août suivant, des mains de M. Dupré, curé de la cathédrale ; le parrain était M. Joseph Le Moyne, sieur de Sérigny, et la marraine, dame Marie Anne Juchereau, épouse de M. d'Auteuil, sa grand'mère ; et une fille connue dans le monde sous le nom de dame Grandive de Lavanais.

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DTberville avait contracté depuis plusieurs années des douleurs rhumatismales, et on ne sait si c'est à cette époque qu'il alla aux eaux de Bourbon-1' Archaml »ault. Les bons soins qu'il reçut le remirent en quelques mois. Toute souffrance cessant, il crut pouvoir continuer son œuvre.

Connaissant les projets de la cour de France sur les colonies des Antilles, il offrit au cabinet de Versailles d'aller surprendre la Barbade et les autres îles occidentales.

On lui accorda ce qu'il demandait. Il partit avec onze vaisseaux de Sa Majesté et trois cents hommes d'équipage. Sur son chemin, en se rendant aux Barbades, il attaqua l'île de Niepce. C'était au commencement d'avril

Après quelques escarmouches, les habitants, se voyant inférieurs en nombre, et surpris par la rapidité de l'attaque, offrirent de capituler et de se rendre avec tous leurs biens.

Pendant ce temps, la petite armée de d'Iberville parcourait le pays et rançonnait toute la contrée. Elle s'em-

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parait des chevaux, des animaux, des moulins, des serviteurs et des nègres.

M. d'Iberville proposa des conditions de capitulation, quî furent acceptées par le commandant anglais.

La capitulation fut signée le 4 avril 1706. On fit la liste des prisonniers. Elle comprenait 1»- gouverneur, 1758 hommes de guerre, tous les habitants, y compris 7,000 nègres.

D'Iberville s'était en outre emparé de trente navires, les uns armés en guerre, les autres chargés de marchandises.

Les nègres faits prisonniers, s'étant enfuis sur la montagne, à un endroit appelé le Réduit, on stipula que dans les trois mois à partir du jour de la capitulation, on transporterait à la Martinique 1400 nègres, ou la somme de cent piastres par chaque nègre qu'on ne remettrait pas.

Les pertes faites par les Anglais à Niepce furent immenses.

La conquête de cette île répandit de grandes richesses

à la Martinique, où d'Iberville alla déposer ses trophées.

D'Iberville mit bientôt après à la voile pour aller

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attaquer les flottes marchandes de la Virginie et de la Caroline. Il cingla vers la Havane afin de tomber sur la flotte de la Virginie pendant qu'elle s'assemblait pour retourner en Europe.

Mais, dit M. Guérin, dans son Histoire maritime de la France, cette entreprise importante fut interrompue , par la mort prématurée de son chef. D'Iberville, qui avait conservé sa santé pendant vingt années de combats glorieux, de découvertes importantes et d'utiles fondations, fut victime, à la Havane, d'une attaque d'épidémie. M. Guérin affirme que si ses campagnes prodigieuses par leurs résultats avaient eu l'Europe pour témoin, d'Iberville eût eu, de son vivant et après sa mort, un nom aussi célèbre que ceux des Jean Bart, des Duguay- Trouin, des Tourville, et serait parvenu, sans conteste, aux plus grands commandements dans la marine.

Depuis longtemps, cet illustre marin était affligé d'une maladie (pli lui enlevait toutes ses forces. Il voyait sa santé décliner tous les jours. A un âge qui lui permettait d'espérer une longue existence (il avait à peine 45 ans), il se résigna noblement et il offrit avec générosité le sacrifice de cette existence qu'il avait remplie de

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tant de faits glorieux et pendant laquelle il croyait pouvoir terminer tant d'œuvres importantes qu'il avait si admirablement commencées.

Il avait doté son pays de conquêtes immenses, il avait assuré le; commerce des produits 1rs plus variés et les plus riches, il s'était rendu maître de tout un immense continent, et était parvenu à détruire complètement le prestige militaire et naval de deux grandes puissances, l'Angleterre et l'Espagne.

D'Iberville voyait la mort arriver à grands pas. Il lui fallait donc renoncer à toutes ses espérances.

Ce qui aggravait sa position, c'était la pensée qu'il abandonnait son œuvre à des mains qui n'étaient ni assez expérimentées ni assez éprouvées.

A la métropole les affaires étaient dirigées par des hommes d'un mérite incontestable, mais qui ne comprenaient pas l'importance, ni l'avenir de ces pays lointains.

Au centre de ces nouvelles colonies, ceux appelés à les régir se laissaient souvent conduire par des motifs d'intérêt personnel. Il eût fallu, d'une part, des administrateurs parfaitement éclairés sur la valeur des nouvelles conquêtes ; d'autre part, une direction désintéressée sur les autorités subalternes.

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C'est dans ces tristes prévisions que le chevalier d'IberviUe débarqua à la Havane, étant si malade qu'il ne pouvait plus supporter la mer. Il fut transporté à l'hôpital, où il se prépara sérieusement à recevoir les secours de cette religion qu'il avait si fidèlement observée toute sa vie et à laquelle il avait toujours eu recours au milieu des plus grands dangers.

D'IberviUe expira à la Havane, le 5 juillet 1706, après avoir reçu tous les secours de la religion, comme on en trouve la preuve dans les registres de la paroisse principale de la ville, que nous citons ci-après.

D'IberviUe ne fut inhumé que le 5 septembre, dans l'église paroissiale majeure de Saint-Christophe, où on ensevelit plus tard les restes de Christophe Colomb, ramenés de Séville.

Voici comme est relaté l'acte de décès de d'IberviUe :

" En la cité de la Havane, le 5 septembre 1706, a été " inhumé dans cette sainte église paroissiale majeure de " Saint-Christophe, M. Moine de Berbilla, natif du " royaume de France, muni des saints sacrements.

" Jean de Pettroza, " Prêtre de l'église majeure."

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Mit) ne de Berbilla n'est qu'une corruption espagnole de la prononciation de Le Moyne d'Iberville.

Après La mort de son mari, Mme d'Iberville passa en France, et épousa en secondes noces le comte de Bethune, lieutenant général des années du roi.

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