POLOGNE
Dès le mois d’août i83o M. Sauvé, médecin en chef de l’armée polonaise , avait observé au camp de Powouski, près de Varsovie, sur trois soldats de l’armée du grand-duc tous les symp-
(1) Journal des travaux de V académie de Vinduslrie, n. cité.
tomes qui depuis se sont manifestés dans le choléra asiatique : l’un de ces soldats mourut, les deux autres guérirent. Quelque temps après, c’està-dire dans les premiers jours de février 1 83i , le docteur Brandt, président du bureau sanitaire de Varsovie, avait aussi observé tous les caractères de cette cruelle maladie sur trois individus : le premier était un habitant de la ville basse récemment arrivé du camp russe, où il avait fait un voyage qui l’avait beaucoup fatigué; les deux autres étaient un officier russe et son domestique, prisonniers de guerre. Tous les trois succombèrent (i).
Ce n’étaient là que des cas isolés, sans puissance de propagation alarmante; mais les événemens politiques furent les auxiliaires du fléau destructeur. La généreuse Pologne , long-temps foulée aux pieds de l’autocrate moscovite, crut que le temps était venu de reprendre sa place parmi les nations, et releva avec enthousiasme le glorieux drapeau de sa trop courte indépendance; pour combattre cette insurrection héroïque le gouvernement russe tira des troupes de Koursk et du pays des Cosaques du Don, provinces qui avaient été désolées par le choléra pendant l’automne de i83o : la maladie entra en Pologne par l’angle
(t) Rapport sur le cholcra-morbus observé en Pologne en 1831y par M. Chamberel.
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sud-est du périmètre de ce royaume, partie (|ui confine à laVolhinie; elle se dirigea au nord-ouest en suivant la ligne des communications et des mouvemens militaires dont Varsovie était l’objet commun. Elle atteignit Lublin vers la fin de mars ï83i , après avoir infecté, dans un cours de rpiarante lieues, une multitude de villages. Le avril tous les hôpitaux et les lazarets de Siedlec étaient encombrés de soldats russes attaqués du choléra; et le lo du mértie mois cette contagion existait parmi les blessés et les prisonniers amenés à Praga , faubourg de Varsovie, séparé de cette ville par la Yistule. Le même jour le choléra prit son développement meurtrier au sein de l’armée polonaise après le combat d’Jganie, à huit milles de la capitale, et dans lequel celte armée fut victorieuse : les dépouilles des morts et le contact des prisonniers de guerre communiquèrent la contagion aux vainqueurs.
«Le choléra, dit M. Sauvé(i), a offert quatre « époques distinctes. La première, du lo avril ail « commencement de mai, a présenté vers la fin « une sorte de dégénérescence en dyssenterie. « La deuxième époque date du départ de l’armée
(1) Rapport sur le choléra-morbus ohscn'é à Varsovie pendant les mois de juillet et août 1831 , par F.-J. Trachez, chirurgicnmajbr, professeur à l’hOpital iniiilairc d’instruction de Strasbourg*
DU CHÔLÉRiV-MÔRBUS.
(î de Varsovie, après la retraite de Kusiow et de a Kaluszyen et le retour de rarmèe au premier de <t ces villages : alors l’armée polonaise a pris ses c( cantonnemens sur le local d’un ancien camp « russe, et s’est couchée sur la paille et logée dans « les baraques de ees derniers. Cette époque du «. choléra a été moins longue que la première et cc n’a duré qu’environ huit jours ; beaucoup de (c malades ont présenté les symptômes subits de « la première époque et ont succombé en quel- « ques heures.
a La troisième époque date du départ de l’ar^ « niée pour l’expédition de Zykocih : c’est au re- « tour de ce lieu , où les Polonais ont encore été « aux prises avec les Russes, que le choléra s’est « montré de nouveau et a fait en trois jours plu- « sieurs victimes. Son début a été subit comme à ci: la première époque, puis il a disparu entièfe- (ï ment.
ce A la quatrième époque il s’est manifesté dans cc les trois divisions de cavalerie, principalement cc dans le troisième régiment de lanciers, lequel Cf s’est trouvé sous la forteresse de Modlin pence danl ^4 heures alors que le choléra commence çait a s introduire dans cette place, c’est-à-diré cc du au 3o juin : il est à remarquer que des cc divers exemples de choléra se sont montrés cc après le cantonnement de ce régiment dans tes
(( villages rapprochés du camp dePowouski , trans- « formé en liôpilal pour les cholériques, villages « dans lesquels les malades firent de fréquentes exfc cursions.
« A Milosna, lors du deuxième retour ùKuslow, « endroit où avait campé long-temps la grande « armée russe, des officiers supérieurs ont subite lement contracté le choléra. Plusieurs avaient « mangé, l’un dix livres de veau et bu plusieurs « bouteilles de porter, l’autre plusieurs livres de « charcuterie et bu plusieurs verres d’eau-de- « vie. »
Suivant les rapports officiels le nombie des décès de cholériques était à Varsovie de 2,642 le 7 septembre i83i, et il y avait eu 5,868 cas; à cette époque il restait encore 182 malades. La prise de cette malheureuse ville et la dispersion des autorités nationales empêchèrent de recueillir plus tard des renseignemens complets; tout ce que nous savons c’est que le 26 novembre il n’y avait plus de choléra dans la capitale de la Pologne. Ainsi l’on peut supposer que c’est dans la première quinzaine de novembre qu’il s’est éteint graduellement : en effet le mémoire d’un médecin allemand (i) nous apprend que dans les sept derniers jours d’octobre l’hôpital des Juifs ne
{i) Le choléra à Varsovie , par le docteur Koclilcr.
reçut qu’un seul malade, et qu’il n’y eut pas un seul décès durant cet intervalle.
Le mal avait envahi Varsovie le 5 avril i83i , et il régna dans toute son intensité jusqu’au 5 mai; alors il commença à décroître j et celte décroissance dura jusqu’au a5 juin. A cette époque il y eut une recrudescence formidable qui dura jusqu’au 20 juillet, où elle reçut un nouvel accroissement; mais à dater du i5 août le choléra décrût insensiblement jusqu’au mois de novembre.
Les mouveméns multipliés des deux armées entre le Niémen et la Vistule répandirent le germe de la contagion dans tout ce vaste territoire : le ï8mai la maladie existait à Ostrolenka, Lomza, Drohiczyn, Ciechanowiec, Pultusk, Makow, Nazielskal, Plonsk, etc.; elle avait envahi Au^ustowo sui la fïontierc dô laPrussôorieiitaîCj et dans une autre direction elle s’était rapprochée du territoire prussien en traversant la Vistule et en s’avançant sur sa rive gauche vers là Silésie; elle s’étendit principalement le long des rives de la Vistule, remontant ce fleuve vers Cracovie jusqu’au village deHielce, et le descendant jusqu’à Sluzéwo près de Thorn.
territoire prussieiv.
On devait croire que la ville de Thorn, qui reçoit journellement les barques venant de Varsovie^
HISiaiRE
serait la première des états prussiens qu’envahi* rait le choléra : il n’en a point été ainsi ; les bateaux qui pouvaient lui importer la maladie l’ont traversée sans la lui communiquer. G’estàDantzick qu’elle éclata d’abord, et l’alarme se répandit aussitôt dans tous les états du nord de l’Europe.
Le bruit courut en Allemagne que la contagion avait été introduite à Dantziek à la suite du prince Galitzin, général russe, lequel, étant venu de Riga encore infecté, se prévalut de l’importance de sa mission pour ne pas se soumettre ainsi que ses domestiques et ses bagages aux lois conservatrices de la santé publique; d’autres disent (i) que Dantziek reçut le choléra par un convoi parti d’un port russe : quoi qu’il en soit, la maladie s’y montra le 27 mai i83i , et ses premières victimes furent les habitans du quartier riverain. Elle s’étendit ensuite dans tous les quartiers , attaquant indistinctement toutes les classes de citoyens. Quoique le mal fît moins de progrès à Dantziek qu’ailleursparla sévérité des mesures administratives, il ne cessa complètement qu’avec la dix-huitième semaine, après avoir enlevé i,o43 personnes sur 1,432 malades, au milieu d’une population de 66,367 âmes. Les enfans succombèrent en grand nombre i chose extraordinaire! ils formèrent environ la moitié du nombre total des morts,
(1) Journal des travaux de l'académie de l'industrie y n° viï.
DU CHÔLÉRA-MORBUS. Ù7
proportion beaucoup plus ëlevëe que celle qui a ëtë observëe partout ailleurs, exception unique dans l’histoire du flëau d’Asie.
A la fin de septembre i83i les diverses parties du cercle deDantzick avaient ëtë envahies successivement. Le cercle deKœnigsberg subit la contagion dès le milieu de juillet. Elle ëclata le 17 à Pillau , situë sur le golfe de Dantzick , et n’y causa que peu de ravages. Memel fut atteint le 20; le mal y sëvit avec violence, mais ne fut pas de longue durëe. Tilsit, qui a 9,000 habitans, fut infectë depuis le 20 juillet jusqu’au i" dëcembre; le nombre des malades fut de 398 , et celui des morts de 218.
La ville de Kœnigsberg fut envahie vers la fin de juillet : pendant la nuit du 22 au 28 une femme subit les atteintes du cholëra dans le chantier de Kunighof; le lendemain cinq personnes tombèrent malades dans le même lieu; trois autres furent attaquées la nuit suivante. La maladie ne tarda pas a se propager dans la ville. Le peuple, iiTitë par les mesures de police, ayant fait une émeute le 2G et une autre émeute le 27, la mortalité eut un accroissement considérable : il y a eu 2,2o5 mala^ des et 1,819 ^îîorts sur une population de 69,660 habitans. On a observé que la contagion a souvent atteint les habitans de la même maison; la dé-^ pendance des nouveaux cas à l’égard des anciens,
mSTOIIŒ
c’est-à-dire la transmission d’individu à individu, est clairement établie par le fait que la presque totalité des cas secondaires a été observée dans les sept jours, et le plus souvent même dans les trois premiers jours qui ont suivi l’apparition du choléra dans une maison (i)-
Le mal indien, qui s’était montré sur divers points de la frontière polonaise, atteignit Posen le i4 juillet i83i. Le l5 aucun nouveau cas ne fut observé; déjà l’on se flattait de n’avoir eu qu’une fausse alarme, lorsque le i6 deux nouveaux malades vinrent détruire cette courte illusion. Le clioléra-morbus augmenta jusqu’à la quatrième semaine, et diminua jusqu’à la dixième: dès-lors on a observé une légère recrudescence. Enfin il n’y avait plus de malades du 24 octobre au 1 1 novembre, jour où quelques cas se montrèrent de nouveau. Posen a 3o, 000 âmes : le nombre des malades s’est élevé à 864, et celui des morts à 521. Les indigens furent les plus maltraités, comme partout ailleurs : on n’a compté que 21 décès dans les classes moyennes ou aisées. Les maladies ordinaires n’ont point cessé pendant le règne du choléra; au contraire elles ont pris un nouveau degré d’activité.
Le choléra, continuant sa marche vers l’occident, parvint sur les bords de l’Oder : il envahit
(1) Journal tics travaux de V académie de l'industrie, n° vu.
Kuslrin le 1 5 août i83r, et Francfort-sur-l’Oder le 6 septembre. Peu de villes ont été plus épargnées que Francfort; le nombre des malades pendant cinq semaines n’a pas dépassé 5i, et celui des morts 33 (i): il faut dire qu’une administration paternelle fit ses efforts pour que les pauvres vécussent dans la propreté et la tempérance; elle leur distribua des vélemens chauds et une nourriture saine.
Une fois parvenue sur la rive gauche de l’Oder, la contagion ne tarda pas a s’approcher de Berlin. Le 29 août i83i un batelier mourut à Cbarrottembourg, à peu de distance de la capitale de la Prusse, sur un bateau qui douze jours auparavant avait été chargé de tourbe dans un pays infecté, à Linum près d’Oranienbourg. Dès que les autorités eurent reconnu l’existence du choléra, nonseulement le bateau , mais tous ceux qui étaient dans le voisinage, furent immédiatement séquestrés; mais cette mesure ne s’étendit point à un grand nombre de barques qui se rendirent de Charlottembourg à Berlin après la mort du batelier : aussi dès le 3o août, à deux heures après midi , un matelot tomba malade sur le quai des constructeurs de bateaux, et mourut en huit heu-
(1) Francfort-sur-rOder a une population de 22,000 âmes, en sorte qu’il y a eu 1 malade sur 431 habitans, et 1 mort sur
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res avec tous les symptômes du choléra; à cinq heures du soir un vagabond eut le même sort dans le meme quarlier; enfin un cordonnier qui demeurait près de la rivière fut atteint quatre heures après, et mourut en très peu de temps.
Dès-lors l’existence du choléra ne pouvant plus être cachée fut reconnue officiellement. Trente-six individus succombèrent dans la première semaine, et les commencemens de la maladie furent meurtriers puisque sur les soixante-quatre premiers tualades un seul guérit. A la troisième semaine on*comptait 336 nouveaux malades et 162 morts. Pendant les semaines suivantes, quoique le nombre des malades eût diminué d’une manière notable, celui des morts présenta quelques variations: il fut plus grand dans la cinquième semaine, et moindre dans la troisième, la quatrième et la sixième. A compter de la onzième la violence de la contagion s’affaiblit beaucoup, et le nombre des malades et des morts se réduisit de plus des deux tiers ; au mois de décembre la diminution fut encore plus sensible, et la maladie pouvait être considérée comme terminée.
Au commencement de janvier i832 le nombre des malades s’élevait à 2,261, et celui des morts à 1,4^0, chiffre peu élevé quand on le compare à la population, qui est de 280,000 âmes. Les militahes souffrirent le moins, car il n’y a eu quç 35
malades et 17 morts sur une garnison de 12,000 hommes (i).
Le plus grand nombre de nouveaux malades a été observé le i5 septembre, le dix-septième jour de l’invasion du mal; ce jour-là le chiffre s’est élevé à 62, et c’est le 17 du même mois , c’est-àdire le vingt-neuvième jour de l’invasion, que s’est trouvé le plus grand nombre des morts dans les vingt-quatre heures : le chiffre atteignit [\i. Enfin la quotité des guérisons journellement obtenues n’a pas dépassé 33; elle a été telle le 24 octobre. La proportion de celles-ci a été de ; 3,87 sur 100 malades dans les premiers jours, et de 36,90 sur 100 malades jusqu’au centième jour, c’est-à-dire qu’un peu plus du tiers de ceux-ci a guéri et qu’environ les deux tiers sont morts.
La mortalité a été un peu plus forte chez les hommes que chez les femmes dans les i,5oo premiers malades; plus tard elle a été presque égale chez les deux sexes. Quant aux âges, le ta-
(1) Le roi accorda aux soldats un supplément de paie pour qu’ils se fournissent un bon potage tous les matins et un verre d’eau-de-vie amère ; il leur fit distribuer des chaussons de laine et une ceinture de flanelle. Les soldats ont en outre porté des vêtemens plus chauds que ne l’exigeait la saison, et la discipline fut étendue aux précautions hygiéniques ; tout soldat conr vaincu d’avoir mangé du fruit ou de s’être livré à quelque excès était mis aux arrêts.
Ijleau suivant montre quelle a été la fréquence du choléra aux diverses époques de la vie :
A 10 ans et au dessous...
llommes.
Femmes.
Tuul.
De 11 à 20
De 21 à 30
De 31 à 40
De 41 à 50
De 51 à 60
De 61 à 70
De 71 à 80
De 81 à 90
11 résulte de cet exposé que jusqu’à Tâge de 5o ans il y a eu à Berlin plus de malades parmi les individus du sexe masculin que parmi ceux de l’autre sexe, et qu’au dessus de 5o ans les femmes ont été plus souvent atteintes que les hommes.
Nous voyons aussi que l’âge de 3o à l\o ans est l’époque de la vie où l’on a compté la majorité des malades ; que la période de 4o à 5o ans est venue immédiatement après; que les enfans au dessous de lo ans ont occupé la troisième ligne. On a ensuite remarqué que les tempéramens robustes et sanguins succombaient plus fréquemment que d’autres; la même observation a été faite à l’égard des enfans scrofuleux.
Les professions qui ont fourni proportionnellement le plus grand nombre de malades sont celles
d’infirmiers, de fossoveurs, de tisserands et decor- / ■ *» '
DU CHOLÉRA-MORDUS, donniers. Le fléau a choisi dans les classes pauvres la majeure partie de ses victimes; cependant il a aussi enlevé quelques personnes d’un rang plus élevé, parmi lesquelles on compte des employés supérieurs et des médecins : au nombre de ces derniers on cite le docteur Callow, praticien fort distingué, qui continuait à visiter les malades, à disséquer les cadavres, à en goûter le sang et les déjections, malgré un dévoiement qui durait depuis quinze jours.
Les variations atmosphériques n’ont exercé aucune influence marquée sur le nombre des malades et des guérisons ; il n’en est pas de même des différens jours de la semaine, ainsi qu’on peut le voir parle tableau suivant, qui a été dressé sur les sept premières semaines :
Malades. Guéris. Morts.
Dimanches 195 57 148
Lundis 245 60 151
Mardis 272 72 153
Mercredis 260 58 142
Jeudis 252 80 184
Vendredis 225 63 143
Samedis 258 55 136
D ou il suit que le mardi , le mercredi et le jeudi ont été les jours ou il y a eu le plus de malades , et le dimanche celui ou il y en a eu le moins. La meme remarque avait été faite à Kœnigsberg, et l’on a cru que les exces commis par les ouvriers le di-
manche et le lundi étaient la cause deladilTérence observée.
Les maladies autres que le choléra n’en ont pas moins suivi leur cours à Berlin, et ont meme causé la mort d’un grand nombre de personnes; ce qui prouve combien est peu fondée l’opinion de ceux qui pensent que toutes les maladies doivent prendre le caractère cholérique pendant la durée de la contagion.
Les divers membres d’une même famille ont été souvent atteints ; quant à l’apparition d’un nouveau cas de choléra dans la même maison , il a été observé cent soixante et une fois sur -ÿ-yo malades (i). La plupart des établissemens publics, tels que l’hôpital des enfans trouvés, le nouvel hospice, la maison de travail des pauvres, ont été préservés par l’isolement.
D’un autre côté le choléra-morbus atteignit à Berlin quatre-vingt-dix-sept personnes employées à soigner. des malades; sur ce nombre 70 guérirent et 27 succombèrent (2). Cette proportion est envi-
(1) On Ta observé soixante-cinq fois après l’intervalle d’un jour, trente-quatre fois après deux jours, vingt-trois fois après trois jours, seize fois après quatre jours , onze fois après cinq jours, sept fois après six jours, trois fois après sept jours et deux fois après huit jours.
(2) Ce sont 8 médecins, 2 chirurgiens, 65 infirmiers, 7 porteurs de malades, 1 inspecteur de lazaret, 1 directeur de quarantaine , 3 surveillans , 1 baigneur, 1 veilleur, 2 porteurs de cadavres , 2 blanchisseuses et 1 journalier.
roii quarante fois plus forte que pour la masse de la population; en effet gn a vu dans la capitale de la Prusse les quarante-un centièmes des employés des hôpitaux contracter le choléra, tandis que pour toute la population l’on n’a compté qu’un malade sur cent trois habitans(i) : chacun peut facilement déduire les conséquences de tels faits.
Les cordons placés sur la frontière polonaise empêchèrent long-temps le choléra d’envahir la Silésie, bien qu’elle fût dans son voisinage immédiat. Une quarantaine de vingt jours fut établie sur les limites de cette province et maintenue avec une excessive rigueur; en outre, des lazarets placés sur différents points étaient destinés à renfermer les personnes qui, étant sorties de quarantaine, ne paraissaient point en parfaite santé; enfin le médecin Remer fils fut chargé de surveiller l’état sanitaire de toutes les barques qui arrivaient sur roder : la Silésie se croyait ainsi garantie ; mais ce privilège, qui durait dépuis le mois d’avril, cessa dans les derniers jours de juillet, époque de l’infection de plusieurs vidages prussiens; quelques jours plus tard Schrim et Schroda subirent la contagion. Elle se répandit bientôt dans toute la province, mais n’atteignit Breslau que deux mois après, c’est-à-dire le septembre : ce jour-là
(1) Bibliothèque de Genève du mois d’octobre 1832. — Gazette médicale de Paris du 8 novembre de la meme année.
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Jeanne-Louise Karlsdorf fut transportée à l’hôpital et succomba promptement avec tous les symptômes du choléra-morbus ; cette femme , âgée de trente-six ans, était épuisée par la misère. Ce fait inattendu provoqua de la part de l’autorité les recherches et les enquêtes les plus minutieuses, et l’on ne put parvenir à savoir si la femme Karlsdorf avait communiqué avec des étrangers ou avait fait emploi d’effets contaminés.
Les jours suivans plusieurs personnes tombèrent malades sur divers points de la ville, et le bulletin du lo au 1 1 octobre annonçait que 71 habitans avaient été attaqués du choléra ; sur ce nombre 35 avaient succombé, et i5 étaient guéris.
Breslau , capitale de la Silésie, compte une population de 60,000 habitans, parmi lesquels se trouve une classe nombreuse d’artisans et d’ouvriers ; la brusque cessation des affaires commerciales et la suspension des travaux jetèrent dans la misère une multitude de familles; il fallait remédier à cet état affligeant; de prompts secours ne se firent pas attendre : au premier appel des magistrats les habitans de Breslau répondirent par des témoignages de zèle généreux et de bienfaisance infatigable; des comités de charité furent organisés dans tous les quartiers; non-seulement on donna aux malheureux des vétemens, du bois de chauffage, des alimens de bonne qualité, mais encore on as-
DU CnOLÉRA-MORBUS. 77
saillit leurs habitations , on ferma celles qui étaient malsaines, on divisa les familles nombreuses qui étaient entassées dans des chambres étroites (i).
Le i5 décembre i83i la maladie paraissait terminée à Breslau; le nombre des cas avait été jusqu’alors de i3o5, et celui des morts de 688 (2).
A peu près à l’époque où le choléra franchissait la frontière de la Silésie, la ville libre de Cracovie en était affligée. Le 20 juin le germe contagieux y fut apporté par des Juifs venant de Czentuchan, et s’y développa avec beaucoup de violence, enlevant 60 à 90 personnes par jour; plus lard ce nombre fut réduit. La mortalité, qui avait cessé cbez les Juifs, sévissait encore chez les chrétiens, réunis en grand nombre pour la célébration des fêtes religieuses (3).