‹ Histoire du choléra-morbus asiatiqueChapitre 15 sur 91 · MONARCHIE AUTRICHIENNE · texte numérisé non relu

MONARCHIE AUTRICHIENNE

Un double cordon sanitaire ne put soustraire la Gallicie à l’invasion du choléra, qui exerçait ses ravages dans les provinces limitrophes russes et polonaises : le 6 mai i83i la ville de Brody fut infectée, et dans peu de jours le fléau y causa Une mortalité elTrayânte; âu bout d’tin mois on compta Zj,639 malades et 1,767 morts, ce qui , sur une population de 2/1,000 âmes, donne 193 malades et 73 morts pour 1,000 habitans.

Lemberg , la capitale de la Gallicie , subit le même sort le 23 mai; trois jours après, le choléra éclata soudainement au faubourg dit de Cracovie dans la maison d’une blanchisseuse : la lille de

DU CHOLÉRA-MORBÜS.

cette femme avait apporté la veille au soir du linge sale provenant d’une maison infectée, et elle avait laissé ce paquet dans la chambre; à trois heures la mère, qui n’avait pas touché le linge, fut attaquée; la fille h’éprouva aucune indisposition.

Dans le couvent des carmélites, le sous-prieur, homme robuste de soixante ans, alla confesser un cholérique; comme il avait l’ouïe dure, il était dans l’habitude d’approcher son oreille très près de la bouche de ses pénitens, ce qu’il fit aussi dans ce cas, ne croyant pas à la contagion ; revenu au couvent j il visita sans changer d’habit le prieur, homme maladif, avec lequel il s’entretint plusieurs heures i vers minuit le prieur tomba malade et mourut en huit heures ; le sous-prieur fut attaqué avant midi et succomba le troisième jour ; un novice et un frère qui avaient soigné et frotté les deux malades furent atteints deux jours après , et le dernier seul fut sauvé. Le reste de la communauté se séquestra avec le plus grand soin, et le couvent ne fit pas d’autre perte (i).

Le choléra-morbus régna à Lemberg jusqu’à la fin du mois d août i83i. Le nombre des malades y a été de 5,oi3 , et celui des morts de 2,621 ; ce qui, sur une population de 45, 000 aines, donne la triste proportion de i malade sur 9 habitans

(1) Le choléra à Lemberg, observé et décrit par le docteur* Moritz Rohreri

80 niSTOIRE

OU de III sur i,ooo,et de i mort sur i3 ou de

74 sur 1,000.

Pendant que les deux principales villes de la Gallicie étaient ainsi ravagées par cette cruelle maladie, les diverses parties de la province en recevaient successivement le germe, qui s’y développait avec d’autant plus de violence qu’il y trouvait des populations nécessiteuses et agglomérées. On fait dans ce pays un effroyable abus d’eau-de-vie; hommes, femmes j jeunes filles, tous en boivent immodérément; les Juifs surtout, qui sont très nombreux, donnent sur ce point l’exemple dé l’intempérance.

Plusieurs districts, villes et villages, se préservèrent du choléra au moyen d’un isolement complet. A Lemberg, au foyer meme de la contagion la plus intense, la princesse Lobkowitz se séquestra dans son hôtel avec toute sa famille et une suite nombreuse; elle y fit mettre à exécution les lois que l’on oppose dans nos lazarets aux envahissemens de la peste, et la maladie de l’Inde ne put franchir les murs de cet asile, et la mort le respecta, elle qui ne respectait rien de ce qui se trouvait sur sa route, elle qui remplissait de victimes livides tous les alentours désolés.

Le choléra avait entièrement cessé dans la Gallicie au milieu du mois de février i83a. Celte vasté province a une population de 4>4^Gï7^

SI

DU CHOLÉRA-MOllDUS.

âmes : suivant les rapports officiels publiés dans V Obseivatear Autrichien le nombre des localités infectées s’est élevé à 3, 608 sur 6,4i5 , et il y a eu 260,083 individus atteints, parmi lesquels 97,789 sont morts; ces deux chiffres présentent la proportion de 58, 43 malades et 2 1,96 morts sur 1,000 habitai! s.

Le choléra s’introduisit aussi dans la Hongrie, la Bulgarie, là Valachie et la Moldavie. Il se manifesta à Jassy le i4 juillet i83i : un jeune homme de i4 ans, garçon dans la boutique d’un confiseur nommé Stamatopoulo , en fut immédiatement frappé, mais il guérit; la maladie prit ensuite un grand développement.

La Hongrie reçut le mal asiatique par des bateaux chargés de sel qui partirent de Szalnok avec un équipage de cent quatre-vingts hommes et descendirent la Theiss : ces hommes s’arrêtèrent sur divers points de la route, ety communiquèrent le choléra sans en être eux-mêmes attaqués. Arrivés à Roff le 28 juin , ils en éprouvèrent les atteintes et soixante-dix d’entre eux moururent : les maisons riveraines ne tardèrent pas à recevoir la contagion et à la propager dans les villages environnans.

Un commerce considérable, des relations actives et nombreuses, existent entre Roff, Szalnok et Pest; aussi, malgré les cordons de troupes, un cocher parti de Szalnok et arrivé le i4 juillet à

Pest y apporta la maladie, (]iii se répandit avec beaucoup de rapidité. Les mesures prises par l’administration pour arrêter les progrès du fléau soulevèrent les éludians, qui se livrèrent à divers actes de violence et rétablirent les communications entre Pest et Bude (i). La première de ces ailles, bâtie dans une plaine sablonneuse et sècbe, eut plus demalades que la seconde. A Bude le plus grand nombre dés victimes se montra le long du Danube, et non sur la hauteur. Les voituriers et les employés aux inhumations succombèrent presque tous , et l’on fut obligé de les remplacer par des malfaiteurs; cependant sur deux cents médecins ou chirurgiens exerçant à Bude ou à

Pestj un seul succomba.

En Hongrie le gouvernement voulant imposer d’office un médicament de son choix, avait nommé une commission dont les membres décidèrentque le spécifique pour le choléra était le magislériuni hismuthi. Tous les pharmaciens reçurent l’ordre de prodiguer ce médicament à tous ceux qui en demanderaient, et on leur prescrivit la manière d’en faire usage. La Hongrie, un moment rassurée,

(1) Pest, qui est la ville la plus peuplée de la Hongrie, est situé sur la rive gauche du Danube; Bude est sur la rive droite du même fleuve, et ces deux villes communiquent entre elles dar un pont volant : la première a 75,000 habitans, et la seconde en a 40,000.

DU CHOLfeUA-MOKBüS. 8:^

en fit ime provision immense, et le peuple s’en

Servit sans modération comme sans discernement;

mais voyant bientôt rinefficacilé de ce remède •/

ii fit entendre des murmures et prit une attitude menaçante : l’emploi du bismuth fut alors aboli par ordonnance (i).

La contagion parcourut presque tous les comitats dé la Hongrie, mais surtout elle sévit dans les parties marécageuses : il est cependant quelques villes éloignées de ces localités insalubres, telles que Czongrad et Debvein , où elle a régné avec violence.

Dans plusieurs lieux des bruits absurdes d’empoisonnement furent accueillis avec d’autant plus d’avidité que l’ignorance du peuple était plus profonde. Les paysans, sous l’influence de cette idée extravagante, se mirent en révolte ouverte, saccagèrent les cbàteaux des nobles, se portèrent à tous les excès et commirent des meurtres d’unU atrocité effroyable; ils étendirent leur vengeance jusque sur les officiers chargés de veiller à l’observation des quarantaines. Les mutins ayant trouvé dans les maisons qu’ils avaient pillées une grande quantité de chlorure de chaux s’imaginèrent que c’était avec cette matière qu’on empoisonnait les eaux : plusieurs fois ils forcèrent des

(I) Relaiion des épidémies du caoléra-morhus observées en Hongrie, etc., par le docteur Sophianopoulo (Paris, 1832),

IirSTOIUK

médecins à avaler du chlorure, refusant de croire à toute autre preuve d’innocence. Ce ne fut ({u’en envoyant des corps de troupes dans les districts révoltés qu’on parvint à mettre un terme à ces actes d’anarchie et de fureur.

Le choléra avait à peu près cessé en Hongrie dans les premiers jours de mars i832, après y avoir atteint 537,199 personnes, et en avoir enlevé 237,066 : c’est le pays de l’Europe qui a le plus souffert; une sécheresse extraordinaire y avait causé une disette affreuse et universelle; cette disette existait encore en i83i, à l’époque où le choléra éclata; la misère publique était extrême.

Le mal dévastateur, après avoir frappé la Hongrie, menaçait la basse Autriche et la capitale de l’empire; le gouvernement résolut de s’opposera l’irruption, et pour atteindre ce but un cordon de troupes fut établi sur les frontières hongroises ; en outre on fit paraître :

1° Un rescrit de l’empereur sur rétablissement et la police des cordons sanitaires , et sur les peines à infliger en cas d’infraction aux réglemens;

2° Des instructions sur la police et le personnel des établissemens de quarantaine;

3^ Des instructions aux autorités locales sur la conduite qu’elles devaient tenir dans le cas où la maladie éclaterait, et sur les mesures que devaient prendre alors les commissaires civils;

4® Des conseils sur le régime à suivre pour se préserver des atteintes du fléau ;

5® La division de la ville en sections soumises à l’inspection des commissaires de santé et des médecins désignés à cet effet;

6“ Enfin des instructions adressées à ces commissaires sur le rapport qu’ils devaient adresser journellement à l’autorité supérieure touchant l’état sanitaire de la section confiée à leurs soins, le nombre des malades et des morts, etc, (i).

Toutes ces mesures avaient été mises en pratique dans le courant du mois d’août.

Un boucher parti de Roab arriva à Vieselbourg le 5 du même mois, et il paraît que cet homme, quoique bien portant, infecta l’hôte chez lequel il vint loger : celui-ci succomba avec toute sa famille. De Vieselbourg la contagion gagna le comitatde Preshourg, où elle parvint le 6 août.

Vienne, quoique entourée d’un double cordon, fut envahie le i6 du même mois. Il y eut alors deux cas isolés qui furent déclarés par les autorités ne point avoir le caractère du choléra indien. Il s’en présenta de nouveau le septembre et successivement quelques autres; le i4 septembre il fut impossible de méconnaître et de cacher l’existence de la maladie dans Vienne. Du i4 au i5 quarante -une personnes furent brusquement

(1) Rapport d’Auguste Gcrardin et Paul Gaimard,

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IVappées, et sur ce nombre dix-sept succombèrent; le lendemain, 1 5 septembre, cent trente-neuf personnes furent atteintes du choléra , et soixantequatre moururent dans l’espace de vingt-quatre heures : dès-lors l’existence de la maladie fut officiellement reconnue. Déjà elle avait frappe toutes les classes : des conseillers, des médecins et des nobles avaient succombé dès les. premiers jours; on comptait "764 malades et 3o3 morts. Bientôt le nombre des malades diminua, et celui des morts présenta quelques oscillations.

Dans le cours de trois mois, c’est-à-dire du lo septembre au i5 décembre. Vienne et ses faubourgs ont eu malades et i,936 morts. La

maladie continua faiblement jusqu’au i5 février i832 ; à cette époque ellç ne laissait aucune trace de son existence. Le nombre total des cas s’élevait à 4,229, et celui des décès à ^,975 (i).

Ijx contagion, long-temps bornée à la ville de Vienne, ne s’est étendue aux faubourgs que plusieurs semaines après. Celui de Leopoldstatd a ete le plus maltraité : on a remarqué que les appartemens situés au nord ont eu plus de malades que ceux qui étaient situés au midi; les classes riches ont plus souffert proportionnellement que dans d’autres villes; les militaires n’ont pas eu beaup

(1) Obscrvalcur Àulrichicn du IG février 183’2.

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coup de malades, mais les employe's des hôpitaux n’ont pas été épargnés (i).

On isola d’abord toutes les maisons oii le choléra se manifestait; mais le 27 septembre (2) on supprima ces entraves d’après l’avis de la majeure partie des médecins viennois : les communications devinrent libres entre les divers quartiers de la ville et entre la ville et la banlieue; les cordons sanitaires, reconnus inutiles, furent levés, et l’empereur laissa à chaque province le spin de sa conservation.

De Vienne le choléra, s’avançant toujours vers l’occident, a gagné Brunn et Lintz, a franchi la frontière de la Bohème ; étant parvenu sur les bords de la Moldau, il a envahi Prague le 28 novembre i83i, et y a sévi jusque vers le milieu de février i832 : à cette époque le nombre des malades s’élevait dans cette capitale à 2,q54, et celui des morts à i,3oo environ, sur une population de 80,000 âmes.

Le nombre des personnes attaquées du choléra en Bohême a été fixé comme il suit, d’après les rapports officiels :

(1) Ainsi dans l’hôpital du faubourg llossau neuf ont etc alites en peu de jours : le prêtre, l’inspecteur, un infirmier, (rois manœuvres , le portier, sa femme et sa fille.

(’2) Observateur Autrichien du même jour.

JIISTOIIŒ DU CIlOLtHA-MOUHUS.

Noms (li‘s Cercles.

Nüiiil). (les inalailes

Moits.

Slakonitz

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Hunslau

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