‹ Histoire du choléra-morbus asiatiqueChapitre 23 sur 91 · BULLETIN OFFICIEL · texte numérisé non relu

BULLETIN OFFICIEL

(les cas cl des décès cholériques constatés dans la ville d\iyamonlc (lu 28 août aw 13 octobre 1833.

Cu. Décù^

Irc semaine . . . . (lu 28 août au 1er sept. 395 27

2” id. 2 id. au 8 id. 1,276 78

3= id. ..... . 9 id. au 15 id. 495 65

4® id. . . . ... 16 id. au 22 id. 279 28

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6® ijd. ,. f t . . . 30sept. au 8 oct. 19 , 5

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Ce résultat . donne sur 1,000 habitans ,397,5 malades et 33,55 morts.

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Huelva souffrit au$si beaucoup, on ViComptait le preniier septembre 349 malades et aa6 morts.. Le choléraybien iQinid’étre calmé à cette époque, ii’était pas encore monté à son plus haut degré de yiolenceii tSfî

Dans les premiers jours de septembre le fléau envahit Séville , eapilale de ^Andalousie; il fit d’abord d’épouvantables ravages au fauboui'g de Triana , et ensuite indistinctement dans tous les quartiers de la ville. Conformément aux ordres de la cour, les autorités administratives et militaires sortirent de la place; mais les autorités municipales demeurèrent à leur poste. Vaiidience royale

abandonna aussi Séville, à l’exception de la chambre criminelle, qui resta pour contenir les malfaiteurs et veiller au maintien de l’ordre. Le marquis de Las Amarillas , suivi de là junte de santé, se retira à Alcada de Guadaira. Les babitans du faubourg de Triana, dans un mouvement de désespoir, voulurent quitter leurs demeures empestées et pénétrer de force dans la ville; il fallut garder en armes le passage du pont et en défendre les approches. Don Joachim Beneito, lieutenant du corrégidor, d’accord avec la municipalité, qui craignait de plus graves désordres , prit des mesures pour calmer cette irritation et secourir les indigens atteints du choléra : trois hôpitaux temporaires furent établis par ses soins; il employa au nettoiement du Guadalquivir et à d’autres ouvragés d’utihté publique douze cents malheureux (i) qui furent ainsi ark’achés à l’oisiveté et aux mauvais sentimeiis quelle inspire. Le gouverpement, de son côté , distribua quelques secours en argent etéh denrées tiiîées 'dn divers greni^’S de la jirovince; il abbiit âüssi les ' droits d’éctrOi sur les objets dé pfemièm nécessité.

'Gepefndant le *choléra ne ralentissait point sa marche ni ses coups. Le i3 septembre il enleva 122 personnes à Séville, et i5a le lendemain. Le

(1) Gazetie de Madrid du 24 septembre 1833.

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nombre des malades et des convalescens était énorme; on ne voyait que des scènes de deuil, des objets de pitié, des choses lamentables. I.c bulletin qu’on va lire donnera une idée des ravages du mal :

CAS. DÉCKS.

Le 28 septembre

29 id.....

30 id....

Le 1" octobre . .

2 id..;.

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5 id...-.,

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La diminution s’étant soutenue plus ou moinsaégulièrement, il y eut :

NOUVEAUX cas; décès.

Le 15 octobre ... 156 58

16 id 161 51

17 id..... 141 49

18 id 129 43

La décroissance continua son cours; il n’y eut que 56 malades et 3i morts le 22 octobre, et le 8 novembre suivant le funeste règne’ du choléra fut regardé comme fini à Séville. Les ravages de ce fléau y avaient présenté des proportions effrayantes, car sur une population de 91,860 habitans, beaucoup réduite par l’émigration, il y eut 24,000 malades et 6,262 décès.

Les variations atmosphériques n’ont exercé aucune influence sur la marche de l’épidémie.

^28 HISTOIIIE

Cordoue, Jaen, Grenade, Alméria, Cadix, Malaga, et les autres districts de l’Andalousie, furent successivement envahis. Badajoz, Olivenza et Cacerès dans l’Estramadure , province voisine du Portugal , avaient été frappées dès la première semaine du mois de septembre; les royaumes de Léon, de Murcie et de Valence, la principauté des Asturies et la Galice , le furent ensuite.

Le choléra-morbns, après avoir franchi la Sierra- Morena en sautant du Guadalquivir auïage, arriva aux portes de Madrid vers la fin du mois de juin i834, dépit des cordons de troupes et des juntes sanitaires. L’effroi s’empara des habilans de celte capitale, et les plus riches prirent aussitôt la fuite, à l’exemple de la reine Christine et de toute la cour, qui se i*etirèrent à Saint-lldefonse, en défendant toute communication entre celte résidence royale et le dehors. Dans les trois derniers jours du mois de juin le nombre des cholériques morts k Madrid ne fut que de vingt-un ; il fut de 372 dans la première quinzaine de juillet. Tout semblait donc annoncer que le fléau ne sévirait pas; mais cet espoir fut cruellement déçu. Le 16 juillet il se déchaîna tout-à-coup avec tant de fureur qu’il enleva 243 personnes, et un nombre plus considérable encore le lendemain. Celte rapide croissance, le lugubre tintement des cloches, la vue continuelle des brancards couverts qui voi-

turaient des malades aux hôpitaux, et l’administration des secours religieux qui se faisait avec la solennité usitée en Espagne, frappèrent le peuple de terreur; des bruits d’empoisonnement de fontaines circulèrent dans son seiiu la foule imputa ce crime imaginaire aux moines et particulièrement aux franciscains et aux jésuites.

Le 17 au matin, on remarquait partout des signes d’agitation violente, et des individus , poursuivis comme empoisonneurs par une multitude exaspérée furent maltraités sur plusieurs points. Vers les deux heures après midi , un homme qu’on prétendait avoir surpris jetant de l’arsenic dans Îa 'tontieîd’tni porteur d’eau, fut massacré Sur la porte du côrps-dê-garde de la Paerta-del-SoL Aucune mesure n’avait été prise par les autorités civiles et militaires. Des groupes menaçans se formèrent sans obstacle dans tous les quartiers, et pfincq>alëment dans la rite de Tolède aux environs du collège des jésuites : èeux-ci voyant lenr demeure cernée Vy barricadèrent à la hâte ; mais k' foule en fufeirr, renversant ces faibles obstacles*, se précipita dans le collège, et y massacra plusieurs jésuites qui essayèrent de s’échapper déguisés en bourgeois; les autres, réfugiés dans la sacristie, furent sauvés par le courage d’tm volontaire de la garde urbaine, qui, le sabre à la main, déclara aux assaillans qu’ils auraient à passer sur

son corps avant de pénétrer dans l’asile des religieux. Sur ces entrefaites, le capitai ne-général parut au milieu des meurtriers et parvint à empêcher que les jésuites, qui se préparaient à la mort, ne fussent mis en pièces.

En meme temps, le couvent de San-Franciscoel-Grande, chef-lieu de l’ordre, était attaqué par un autre attroupement où l’on remarquait des urbains et des soldats de la ligne. Les religieux se défendirent pendant plusieurs heures , et quarante d’entre eux tombèrent sous les coups des assassins. D’un autre côté, le monastère de Saint-Thomas fut horriblement saccagé ; mais il ne paraît pas qu’il y ait eu des victimes , sans doute parce que les moines avaient trouvé le moyen de se sauver. Dans la meme soirée, d’autres couvens furent menacés, et surtout celui des Carmes, situé à peu de distance de la Puerta-del-Sol. Des troupes de ligne arrivèrent enfin pour prévenir de nouveaux désastres.

Le lendemain i8 , le peuple se porta sur le célèbre couvent de Notre-Dame-d’Atoclia , à l’extrémité du Prado. Des troupes accoururent; le prieur, à la tète de sa communauté, fit ouvrir lé couvent que l’on visita avec soin, et aucun excès ne fut commis ; dès lors le calme se rétablit et ne fut plus troublé.

Au milieu de ces affreuses scènes d’anarchie et

DU CHOLÉRA-MORBUS. 13i

de sang, soixante-neuf moines avaient perdu la vie. Un decret royal, signé à Saint-Ildefonse le 1 1, proclama que tout attroupement qui se dirigerait avec des armes vers un couvent ou une maison particulière pour troubler la paix publique, devrait se séparer après trois sommations, ou sinon serait dispersé par la force. Le gouvernement destitua en outre toutes les autorités de Madrid. Ceux des perturbateurs que Ton put saisir furent livrés aux tribunaux qui appliquèrent à quelques-uns d’entre eux un châtiment sévère, et la milice urbaine expulsa de ses rangs les membres de ce corps qui avaient fait partie des groupes.

Le chiffre de la mortalité causée par le choléra a présenté à Madrid les divisions suivantes :

Du 20 au 30 juin 21 décès.

1®" au 15 juillet 372

15 au 31 id 3,495

l®"^ au 15 août 802

15 au 31 août 179

Total 4,869

Partout on avait pris contre le choléra clés mesures administratives et militaires qui n’étaient pas toujours intelligentes dans leur extrême rigueur. L épouvante glaçait les esprits, brisait les rapports sociaux et les liens de famille. Des malheureux privés de tout secours expiraient au milieu des champs. A Ségovie, on en vint au point de murer la maison où mourait un cholérique, et de brûler

tout ce qu’elle renfermait. Ailleurs on assassinait les malades, ou tout au moins on les dépouillait vivans. Tous les objets de consommation renchérirent, et quelques-uns manquèrent tout-à-fait; le cours des voitures publiques resta suspendu, et la désorganisation fut complète. L’entraînement de la peur était si rapide et si universel, que certaines villes demeurèrent presque désertes. par la fuite de leurs habitans. La chambre des procuradorès, regardant comme inutiles les lazarets et les cordons sanitaires , se disposait à adopter une pétition pour leur suppression immédiate, lorsque le gouvernement alla au devant de ce vote, et vers la fin du mois d’août il ordonna cette suppression. »

De Madrid le choléra s’était étendu dans toutes les parties de la Nouvelle-Castille, à Tolède, Ciudad-Réal, Guençaet Guadalajara. Epsuite il avança vers le nord dans toute la largeur de la Péninsule, de Testa l’ouest. Il se manifesta à Burgos le 5 août, et envahit toute la Vieille-Castille. Ensuite il pénétra successivement dans TAragon, les provinces basques et la Navarre, venant ainsi ajouter ses ravages à ceux de la guerre civile; en même temps la Catalogne était atteinte. Entre toutes les villes de cette vaste principauté, Tarragone fut frappée la première; Torlose et Reus la suivirent de près. Le i6 août le choléra éclata à Barcelonne, mais

DU CHOLÉUA-MOUBUS.

sa marche y fut d’abord lente, car le 3o du meme mois il n’avait encore fait que 29 victimes. Prenant soudain un développement inattendu , il déploya tant de violence que le 7 septembre on comptait environ r,8oo personnes atteintes, parmi lesquelles 272 avaient perdu la vie. L’intensité du mal ne fit que s’accroître; le 18 il y eut 157 décès, et 248 le lendemain ; le fléau était alors à l’apogée de sa fureur. Le 20 on compta i83 morts, i34 le 21, et dès ce moment le choléra entra dans une période de décroissance soutenue. Le 17 novembre il avait fini son cours à Barcelonne, après y avoir enlevé environ 2,600 personnes, et le 19 on chanta dans la cathédrale de cette ville un Te Deum en action de grâces.

Les îles Baléares ne furent pas épargnées par la maladie. Le 7 octobre i834 elle se déclara à Mahon , mais il ne paraît pas qu’elle y ait sévi avec force.

Le choléra a fait un assez long séjour en Espagne, car au mois de janvier i835 il régnait encore dans quelques parties de cette vaste péninsule. Le district de Cacerès n’en était pas délivré; Almaden, dans la Nouvelle-Castille, et Ronda, dans 1 Andalousie, continuaient d’être en proie à ses ravages. Le mois suivant il s’éteignit dans ces localités, et l’Espagne, tout-à-fait affranchie, ne fut plus condamnée à lui payer tribut.

L’Andalousie , la première province frappée , est aussi celle qui a le plus souffert; au contraire, la Gallice, les Asturies, la Biscaye et la Navarre, dernières provinces atteintes, sont celles que le choléra a traitées le moins rigoureusement. Il y a néanmoins à cet égard une exception pour la Catalogne, où la maladie des Indes a sévi avec quelque violence , bien qu’elle s’y soit montrée aussi tard.

L’Espagne entière, sans y comprendre les îles Baléares, a eu 274,121 malades, et 67,184 morts; ces deux chiffres se divisent dans les diverses provinces (i) comme suit :

CAS

DÉCÈS

Andalousie

Aragon

Asturies

Biscaye

Castille-Nouvelle. .

Castille- Vieille . . .

Catalogne

Estramadure

Gallice

Léon

Manche

Murcie

Navarre

Valence

Total —

(t) Pour la plus grande intelligence de cet ouvrage, nous avons conserve rancienne division territoriale de l’Espagne , bien qu’un décret du 30 novembre 1833, rendu par la reine Christine sous le ministère de M. Zea-licrmudez , divise le royaume en

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