ÉTATS-UNIS
Aucun navire européen n’était arrivé ni n’avait pu arriver à Québec, dans le Canada, en l’année 1 832, avant le 8 ou le 9 mai, à cause des glaces , et il n’y avait dans cette ville aucun symptôme de choléra. Dans la semaine qui avait précédé le 8 juin , quelques vaisseaux arrivèrent d’Angleterre avec des émigrans ; ces navires avaient eu le choléra, et, sur deux d’entre eux, cette maladie avait enlevé trente-cinq hommes. Vers le 9 du meme mois elle parut à Québec, et sa marche y fut assez rapide, car le 12 il y eut 37 morts et le lendemain un pareil nombre. Bientôt les hôpitaux se remplirent de malades ; plusieurs personnes furent enlevées en cinq ou six heures, et les marins expiraient à bord des vaisseaux. Le 16 il y avait 38o morts; le 18 on en comptait 5oo; le 22, 993. Enfin, le juillet, c’est-à-dire vers la fin de la maladie, les décès de cholériques s’élevaient à î,35o. La population de Québec est d’environ 35,000 âmes ; ce qui fait 3q morts environ (38,55) sur 1,000 habi tans.
Montréal fut beaucoup plus maltraité; le clioléra s’y manifesta le 1 1 juin, et de ce jour-là au 24 août il y eut 2,820 ^écès. On évalue à 3o,ooo habitans la population de cette ville ; ainsi c’est près d’un dixième qui a succombé au fléau.
Le choléra, dans le courant du mois de juin, éclata à Plattspurg et à Baltimore. Il inspirait les plus vives craintes à New-York, où il s’étendit bientôt. Les premiers cas y furent signalés le 3 juillet; le 1 4 il y avait 570 malades et 278 décès. L’effroi causé par le choléra était si grand dans cette ville , que quatre-vingt mille habitans sortirent de leurs maisons et allèrent camper dans tous les lieux du voisinage.
Le 20 juillet on écrivait de Ne w- York : « Le « choléra fait ici d’affreux ravages, et l’on craint (c qu’il n’ait pas atteint son plus haut degré , c( quoique nous enterrions cent personnes par « jour, sur une population de 120,000 aines. Tous « ceux qui ont pu partir ont quitté la ville; un « tiers des magasins et boutiques est déjà fermé. « On ne s’occupe plus d’affaires , tous nos ouïe vriers nous ont laissés ou ont été congédiés (i).»
Le bulletin sanitaire de cette ville du 29 juillet annonce une décroissance assez sensible dans le nombre des personnes atteintes du choléra. Le
(1) Gazette Médicale de Paris du 2\ aoùl 183‘2.
journal américain New-York Enquireri^véieuà?iit que pour que cette amélioration continuât, il fallait que tous les fugitifs ne revinssent que lorsque la commission de santé aurait jugé l’état sanitaire assez parfait pour ne plus faire courir des risques.
Le I" août il y avait eu à New-York 3,85o cas de choléra et i,566 décès; le i8 le nombre des morts s’élevait à 2,680. A la fin de ce mois la maladie déclinait rapidement et n’attaquait plus qu’une trentaine de personnes par jour ; à cette époque il y avait officiellement 4?55o malades et 2,95 1 morts.
Le 22 juillet le choléra décimait la garnison du fort Gratirt dans le Michingan; on voyait les corps des décédés gisans sur la grande route, et personne n’osait leur donner la sépulture.
Le i'"' août la contagion avait atteint Philadelphie; le a8 elle avait déjà frappé 2,1 5g habitans, parmi lesquels y35 étaient morts.
La lettre suivante, datée de Watertown le i4 août i832 , renferme sur la terreur produite par le choléra de l’autre côté de l’Atlantique , des détails très affligeans :
« C’est une année d’épreuve pour le Nouveau- « Monde. Les produits de l’agriculture ont été w brûlés par la sécheresse , le commerce est désolé « par le choléra et par les mesures rigoureuses
UÜ IIISTOIIŒ
« que les localités ont prises. Ces mesures bri- « sent les communications et empêchent les dé- « placemens , car on refuse le passage à coups de « fusil aux voyageurs en suspicion; on traite un
« pauvre malade comme une bête farouche
« Le ciel se couvre de nuages et se fond tous les <c jours en déluge étourdissant. »
Dans les premiers jours du mois de novembre, trois fléaux réunis, la fièvre jaune, la peste et le choléra vinrent désoler la Nouvelle-Orléans. Ils y firent de si grands ravages qu’on n’eut pas le temps d’enterrer les morts; on prit le parti de faire des fosses de cinquante pieds de longueur sur quatre de profondeur, lesquelles contenaient de cent à cent cinquante cadavres. Des familles entières de dix à douze personnes périrent, et la moitié au moins de la population esclave fut atteinte du mal des Indes.