‹ Histoire du choléra-morbus asiatiqueChapitre 40 sur 91 · PREMIÈRE INVASION A MARSEILLE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE INVASION A MARSEILLE

Situation de Marseille lors de la première invasion du choléra en France. —Ravages de ce fléau à Oran. — Il vient de la côte d’Afrique à Marseille. — Son début dans cette ville. — Il paraît s’éteindre et tout-à coup il se ranime. — Terreur générale. — Élan général de philantropie ; divers actes de dévouement. -Cérémonies religieuses. -Décroissance et fin de la maladie. - Tableau synoptique. - Rapprochemens divers et différens élémens de statistique.

Les ravages du mal asiatique dans diverses contrées de 1 Europe avaient d’abord excité quelque inquiétude à Marseille j mais personne n’y pensait plus, lorsque ce cri sinistre retentit tout-à-coup ;

TIISTOmE

Le choléra est à Paris ! Alors l’émolion devint générale; la peur gagna tous les esprits. L’administration municipale , l’intendance sanitaire et la chambre de commerce s’empressèrent de nommer des médecins pour aller étudier la maladie et recueillir, sur le nouveau théâtre de ses fureurs, des documens authentiques touchant les meilleures mesures à prendre contre son irruption et son développement ( i ). En même temps les magistrats veillaient pleins de sollicitude; ils se mettaient en défense contre le fléau redoutable , et faisaient un appel à la charité publique pour secourir les malheureux en cas d’invasion. Leur voix trouva de l’écho au sein d’une population excellente que remua toujours le cri de l’infortune. On ouvrit des souscriptions conditionnelles, et de nombreuses signatures couvrirent les listes. On forma provisoirement des commissions sanitaires qui se trouvèrent pourvues de tous les objets de première nécessité. Pendant qu on s occupait ainsi de l’intérêt public , chacun veillait à sa sûreté personnelle: les familles faisaient provision de parfums, d’aromates et de chlorure; le camphre devint rare et cher. En même temps on jeta l’anathême sur les légumes et les fruits; on pres-

(1) L’administration municipale choisit MM. Cauvière, Rey et Rousset. La chambre de commerce et l’intendance sanitaire désignèrent MM. Ducros, Giraud, Martin et Roux-

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crivit les alimens maigres, à tel point que l’Église, entraînée par les aphorismes de la faculté, dispensa du carême et de l’abstinence des deux jours.

Les esprits étaient rassurés à Marseille, lorsque le choléra vint éclater à Arles, et il y eut alors un redoublement de frayeur ; mais le mal , ayant disparu d’Arles et de la France entière, fut bientôt oublié parmi les Marseillais. Chez eux toutes les émotions sont profondes , mais passagères ; et d’ailleurs tout y est entraîné par l’heureux mouvement d’un commerce étendu.

Cependant le fléau indien visita tour à tour la Belgique, la Hollande, le Portugal, l’Espagne, la péninsule Scandinave et les régions américaines.

Au mois de septembre i834, il régnait à Barcelonne, comme nous l’avons vu au livre précédent. Cette ville maritime et commerçante a nécessaireiment des communications avec la côte d’Afrique, et tout semble prouver que le terrible voyageur s’est élancé des rives catalanes aux rives africaines.

Le choiera débuta a Oran le 26 du même moisde septembre , et y enleva deux personnes avec une promptitude foudroyante. Il parut s’endormir pendant quelques jours; mais, le 5 octobre suivant, il s’eveilla pour sévir avec force, puis il diminua graduellement de violence , et le 2 décembre de la même année on crut en être délivré; car depuis ce jour-là jusqu’au 18 on ne signala

aucun cas; mais, à dater de cette époque, le mal asiatique se montra de nouveau et ne cessa complètement que le 28 janvier i835.

Le nombre des malades s’est élevé à 1,087, celui des morts à 525, d’après le bulletin suivant:

Le 26 septembre 1834 ... 2 malades. 2 morts.

Du 5 octobre au 2 décemb.

de la même année. 1,008 507

Dü 18 décembre 1834 au

23 janvier 1835... 27 16

Total... 1,037 525

CeSi chiffres comprennent la population fraiTçaise d’Oran, les étrangers qui se conforment à nos usages et à nos lois touchant les actes de l’état civil , la garnison de la ville et celle du fort de Mers-el-Kébir, situé à deux lieuefs de là. Quant aux indigènes, dont les habitudes et les mœurs sont si éloignées des nôtres, le nombre des cas et des décès n’a pu être constaté régulièrement. Toutefois, si on ne peut avoir sur ce point un résultat d’une précision rigoureuse, on peut faire un calcul qui s’approche du chiffre réel. D’après les renseignemens les plus dignes de confiance, il faut tripler le chiffre déjà donné; il y aura dès lors à Oran 3,iii malades et r,575 morts.

■ Les ravages exercés par la maladie sur cette partie de l’Afrique étaient à peu près inconnus a

Marseille. L’esprit public était alors fixé par des objets moins tristes, car le commerce et l’industrie jouissaient d’une prospérité sans exemple. C’est dans ces circonstances que le fléau vint inopinément faire invasion.

Le 9 décembre i834, les médecins de l’hospice de la Charité crurent apercevoir un cas de choléra suivi de décès, chez un vieillard de l’établisse- ; ment; mais ce cas a toujours été considéré comme douteux. Le premier cas, constaté d’une manière positive, fut présenté le 7 du même mois par un plâtrier, nommé Sardou, âgé de 71 ans et demeurant au Chemin -Neuf- de -la -Madeleine. Sardou,

: atteint d’une gastrite chronique, ressentit subite- ; ment, à trois heures du matin, une sorte de coup électrique auquel succédèrent un froid glacial, le vomissement, des selles blanchâtres, des crampes violentes , et la cyanose de tout le côté gauche du corps. Le malade expira le 1 1. Son ami, M. Icard , -logé dans la même maison, lui avait prodigué des soins et avait assisté à son enterrement. Trois jours après, c’est-à-dire le i4, Icard fut à son tour frappé du choléra et mourut en 48 heures. Sa servante, son associé M. Decugis et une autre personne qui avait eu des rapports intimes avec le défunt, eurent des symptômes cholériques plus ou moins prononcés, mais ils guérirent prompte-.

iment.

Par quelle voie le choléra s’est- il introduit à Marseille? Au milieu de toutes les conjectures qui ont été faites sur ce point, il en est une qui, à force d’être répétée avec une imperturbable assurance, semble avoir obtenu quelque crédit. On attribuait l’irruption du mal à l’importation de ballots contaminés venus d’Oran à Marseille, et vendus publiquement au mépris des lois sanitaires; mais cette allégation a reçu un démenti formel, et nous avons les meilleures raisons de croire qu’elle est dénuée de fondement. Tout indique, sans contredit, que le choléra nous a été communiqué par Oran qui en était alors désolé; mais nous ne savons pas de quelle manière cette communication s’est faite. Nous avons déjà dit que dans les grandes villes où les habitans, en rapport continuel les uns avec les autres , se croisent et se mêlent en tout sens , le mode de transmission du choléra est presque toujours entouré d’incertitude et de mystère; on ne rencontre que des obstacles lorsqu’on veut préciser l’ordre du développement du mal, et en suivre la filiation régulière. Au reste, cela ne doit étonner personne; caria même difficulté existe dans l’étude de toutes les maladies contagieuses.

Notre impartialité nous oblige de dire que nous ne savons pas si le plâtrier Sardou s’est trouvé en contact avec des individus venus d’Oran, ou avec

des effets contaminés; mais si ce premier fait, qui est inconnu, échappe à notre appréciation, les faits subséquens, qui sont certains, ont la meme force logique, conduisent à la meme conclusion que si la question sur le premier fait était affirmativement résolue. Én effet, la mort d’Icard trois jours après celle de Sardou, et les symptômes cholériques éprouvés par les trois autres personnes dont nous venons de parler, seraient-ils donc considérés comme des circonstances insignifiantes? Quoi! dans une ville de 157,000 âmes (i) les deux premières victimes du choléra - morbus sont deux personnes qui habitaient la même maison et se trouvaient en contact direct; trois autres personnes, qui avaient communiqué avec la seconde de ces victimes durant sa maladie, sont a leur tour atteintes du fléau a peu près en même temps; et le début du mal à Marseille ne serait

(1) La population officielle de Marseille, telle qu’elle résulte du dernier recensement, est de 145,215 âmes ; mais dans les rccensemehs opérés sur une vaste eclielle il y a toujours des erreurs inévitables, et ces erreurs sont toujours en moins, jamais en plus, parce qu’il est impossible qu’il n’y ait point d’omissions. D’un autre côté, on n’inscrit que les personnes domiciliées; mais chacun sait qu’il y a toujours à Marseille une foule d’étrangers et de marins, une population mobile qui doit considérablement augmenter le chiffre de la population officielle. La population mobile de Marseille est d’environ 12,000

:ames; la population entière de celte ville est donc de 157,000 :amcs. ’

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pas significatif, et il n’y aurait pas transmission d’individu à individu! Mais si la transmission ne se rencontre pas ici avec ses caractères les plus pr ononcés, où donc se trouvera-t-elle?

Gomme nous venons de le dire, Sardou mourut le 1 1 décembre, et Icard le il\. Le nommé Paul, maçon, rue de la Butte, eut, le i5, des symptômes cholériques d’abord légers, qui prirent une intensité inattendue le 22 à midi, et l’enlevèrent six heures après. Le même jour l’agent de change Peyron, demeurant rue de la Palud, fut frappé à trois heures du matin et succomba à cinq heures après midi.

Dans la même soirée, M. Ollivier, juge au tribunal civil, logé place des Hommes, éprouva d’abord des nausées, puis des vomissemens et des coliquesj il prit du thé, croyant p’avoir qu’une indigestion, ce qui l’empêcha de faire appeler M. Robert, son médecin ordinaire, l’un des praticiens les plus distingués de Marseille. Cependant, le mal empirant, M. Robert et son neveu furent enfin appelés à une heure du matin. Ces deux docteurs reconnurent de suite les caractères du choléra-morhus asiatique, et le malade, qui était dans un état désespéré, expira dans la matinée.

M. Ollivier, magistrat d’un sens droit et sûr, d’un tact parfait, d’une mémoire heureuse, d’une élocution agréable et facile, d’un caractère doux

et conciliant, était nne des lumières du barrèau provençal. Il était très connu dans l’arrondissement de Marseille, bien qu’il fùtrennemidu bruit, du faste et de l’éclat, bien que sa modestie égalât < son mérite. Sa mort fit une grande sensation , sans répandre pourtant l’épouvante; car des quatre décès précédens on ne connaissait guère que celui de M. Peyron.

Le préfet, plein de sollicitude pour le bien public, voulut qu’une commission de médecins constatât le genre de mort de M. Ollivier. Cette commission, composée de MM. Cauvière, Ducros, ^ Martin et Reimonenq , auxquels se réunirent MM. Robert oncle et neveu , déclara que M. Ollivier était mort du clioléra-morbus asiatique, tel qu’il avait régné à Paris et à Arles en i832.

Le 24 au soir, une dame, nommée Eméric, de- 1 meurant à la rue Grignan , mouru t après quaranteiliuit heures de souffrance, avec tous les signes caractéristiques du choléra. Le même jour, le i nommé Maurin, deRarcelomiette, logé à l’hôtel du Petit Saint-Jean, fut atteint du mal de l’Inde, et tue se vit hors de danger que le 3 1 du même mois. Le 26, Guillet, cordonnier, logé aux environs du Grand-Théâtre, succomba après douze heures de I maladie, avec tous les symptômes d’un choléra foudroyant. M. Oddo, avoué, demeurant sur le Port , fut frappé le même jour et expira le 29.

IIISTOlUE

13ans la journée du 27 trois personnes moururent en quelques heures, deux autres le 28; enfin, le 29 et le 3o deux cholériques furent admis à 1 Hôtel-Dieu, où ils succombèrent bientôt.

Tels furent les commencemens de la maladie, qui prit ensuite un développement meurtrier.

Un grand nombre de personnes , surtout dans les basses classes, manifestèrent une incrédulité moqueuse ou une indifférence stupide. Que de choses bizarres et contradictoires ne trouve-t-on pas quelquefois dans l’esprit humain! Tel avait ete saisi de frayeur et avait pris des précautions extraordinaires lorsque le choléra sévissait à Paris, qui déniait maintenant l’existence de ce mal affreux a Marseille. Il n’était pas rare de faire rencontre de quelques-uns de ces optimistes qui mettaient hardiment tous les décès de cholériques sur le compte des indigestions et des actes d imprudence. Quelques médecins eux-mêmes ne considéraient encore la maladie régnante que comme un choléra sporadique, n’offrant aucune analogie avec le choléra de l’Inde.

Dès le i®*" janvier, l’autorité fît ouvrir le bureau de secours du Nord, quartier le plus populeux et le plus misérable; les autres bureaux n’entrèrent que plus tard en exercice (i). Un bulletin, aussi

(1) Il existait sept bureaux de secours et cinq ambulances :

exact qu’on put l’obtenir, fut inséré chaque jour dans les feuilles publiques. L’intendance sanitaire, pénétrée de la sainteté de ses devoirs, et connaissant la responsabilité morale qui pèse sur elle, annonça sur les patentes des navires qui partaient de Marseille, l’invasion du choléra dans cette ville.

Vers la fin de janvier, le choléra était encore : disséminé sur des points isolés dans les quartiers les plus salubres , et la plupart des victimes avaient été choisies dans les classes aisées. Au commencement de février, le mal , qui était toujours resté stationnaire, parut toucher tout-à-fait à sa fin; plusieurs jours se passèrent sans qu’aucun cas fût signale. Le i6 février, il n’y eut aucun décès de cholérique, et le chiffre des morts ordinaires fut

3« id.

bureau du Nord, rue des Hugolins, avec ambulance,

rue des Carmélites, ouvert Je L‘‘janv.

Sud, rue de l’Armény, sans ambulance, ouvert le 5 mars.

Centre, rue Bouterie , avec ambulance dans la même maison , ouvert le 1®^ mars.

(U® section) , rue du Mont-de-Piété , avec ambulance, rue de l’Eclipse, ouvert Je 5 mars.

(2® section), rue Château-Redon, sans ambulance , ouvert le 5 mars.

Ouest, rue de l’Évêché, avec ambulance dans la même maison, ouvert le 1®^ mars, banlieue, rue de l’Académie, sans ambulance.

La cinquième ambulance fut établie au quartier des Catalans.

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Est

Est

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uu dessous de celui des années correspondantes. Le 17, l’administration municipale supprima les bulletins quotidiens. Le choléra, depuis son invasion, c’est-à-dire dans un espace de 71 jours, n’avait enlevé que 22 personnes dans les hospices , et 1 1 1 en ville ; en tout , 1 33.

A cette époque la santé publique paraissait être revenue à son état ordinaire, et toute crainte fut dissipée. Les jeunes gens voulurent se hâter de mettre à profit le peu de jours qui étaient encore consacrés aux plaisirs du carnaval, si tristement troublés par la présence du choléra. Un bal avec loterie réunit au Grand-Théâtre l’élite de la population marseillaise.

La sécurité la plus profonde régnait dans les esprits, lorsque le fléau se ranima tout-à-coup. Le 24 février il y eut 16 décès de cholériques, et 35 le lendemain. Cette mortalité alarmante se soutint, avec une légère variation, jusques au 2 du mois de mars; ce jour-là et les deux jours suivans furent les plus meurtriers, car le chiffre s’éleva à 53, 5o et 43. La période de décroissance commença ensuite.

A la triste nouvelle de la recrudescence, une terreur panique avait gagné toutes les classes. Des bruits sinistres circulèrent dans les vieux quartiers, des contes absurdes s’accréditèrent: on parla d’empoisonnement; mais ces ridicules

accusations qui, dans la plupart des grandes villes de l’Europe, avaient soulevé une populace abrutie, expirèrent bientôt devant le bon sens et la moralité du peuple marseillais, qui ne fut plus accessible qu’au sentiment d’une peur sans souillure. Ce sentiment se manifesta par des émigrations nombreuses qui se succédèrent pendant plusieurs jours et enlevèrent à la ville une population de dix à douze mille personnes au moins. L’administration des postes ne pouvait suffire aux demandes de chevaux; les hôtels étaient déserts, les théâtres délaissés ; les cafés et les cercles vides, la bourse abandonnée, et presque toutes les affaires suspendues.

Cependant les autorités de Marseille redoublaient d’activité et de zèle pour prévenir les fâcheux résultats d’une épouvante exagérée, maintenir le bon ordre dans tous les services publics , assurer les subsistances, alimenter les ouvriers sans ressources, fournir tous les secours réclamés par l’infortune. M. Thomas , préfet du département , fit reprendre les travaux du bassin de carénage, et la mairie ouvrit en même temps des ateliers de charité. A l’imitation de l’autorité militaire, l’autorité municipale prit de sages précautions pour préserver des atteintes du mal le nombreux personnel de l’administration de l’octroi (i).

(I) Ces précautions furent prises sur le rapport de M. Faure-

Elle accorda une subvention extraordinaire au directeur du Grand-Théâtre, pour que toutes les personnes qui vivent de l’exploitation de cet établissement continuassent d’y trouver les mêmes moyens d’existence. On organisa pour la propreté des rues et l’assainissement de la ville un service particulier, qui employa quatre voitures et vingt préposés.

La ville avait déjà consacré une somme de deux cent mille francs pour parer aux dépenses occasionnées parla maladie; la chambre de commerce en promit cent mille autres; l’intendance sanitaire, vingt-cinq mille. Ces secours ne suffisant point, on fit un appel à la bienfaisance publique. Des listes de souscriptions, annoncées dans les journaux, produisirent une somme de près de

Durif, préposé en chef. On distribua d’abord à tous les employés une ceinture et une paire de chaussons en flanelle pour les garantir de l’humidité; ensuite le conseil municipal décida :

lo Qu’il serait accordé à tous les préposés du service actif un cinquième en sus de leur traitement pendant toute la durée de la maladie ;

2° Que des capotes de guérite seraient distribuées en nombre suffisant pour en munir chaque factionnaire de l’octroi ;

3<î Qu’une distribution quotidienne de vinaigre ou de chlorure serait faite à tous les postes pour les assainir.

La ration de bois à chaque poste fut continuée pendant tout l€ mois d’avril.

D’autres mesures utiles furent adoptées par le préposé en chef.

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cent soixante mille francs , sans compter divers dons en nature qui furent offerts aux comités de secours avec un empressement digne d’éloge. Le Roi se fit inscrire pour une somme de a5,ooo fr., et sur la demande du ministère , les chambres votèrent une allocation considérable pour couvrir les dépenses que nécessitait la présence du choléra à Marseille, et pour subvenir aux besoins qui pourraient se faire sentir ailleurs, si, comme on le craignait , le fléau venait à envahir le midi de la France (i).

Le clergé , le corps médical et les membres des commissions sanitaires rivalisèrent de zèle et de philantropie. Les administrateurs des hospices, tous les employés de ces établissemens et les religieuses hospitalières montrèrent un dévouement digne de la reconnaissance publique. L’un des administrateurs chargé de la direction particulière de l’Hôtel-Dieu , M. Fortou, ressentit les premiers symptômes du choléra, et fut forcé de quitter pendant quelques jours l’hôpital, où il avait fixé sa résidence depuis le commencement i de la maladie (2).

(1) M. Reynard fut rapporteur de la commission nommée pour examiner le projet de loi. Cet honorable député de Marseille a dignement accompli son mandat en cette occasion comme !cn toute autre circonstance.

(2) La commission administrative des hospices civils et militaires de Marseille était composée de MM. Chave, Warrain, 'liesse, Olivier, Bensa, Fortou, Luce père, et Petit, secrétaire!

Si le courage mérite toujours d’étre honoré alors meme qu’il est la conséquence d’une position officielle, n’a-t-il pas plus de droits encore à notre estime et à nos hommages quand il se montre éclatant et pur comme l’inspiration spontanée d’un cœur compatissant? Tel est le courage que firent briller des jeunes gens de familles honorables, lesquels concertèrent entre eux un service dans les hôpitaux, dans les ambulances et dans les maisons des pauvres cholériques. Il était beau de les voir à l’œuvre ces philantropes infatigables; comme ils y allaient de bon cœur ! comme ils semblaient dans leur naturel! Ils auraient pu, comnie tant d’autres, chercher leur sûreté dans 1 isolement et dans la fuite, sans violer les lois de l’honneur, parce qu’aucun devoir ne les retenait, parce qu’ils n’avaient point de poste obligatoire: mais l’homme livré à lui -même obéit à son instinct, et eux, ils avaient le noble instinct de la bienfaisance et du dévouement; ils avaient en dégoût l’égoïsme et la peur; ils écoulaient la voix d’une pitié généreuse, et l’aspect du malheur remuait leurs entrailles. Il en est parmi eux qui se sont arrachés à toutes les douceurs de la vie, à toutes les jouissances de la fortune, pour aller se mettre en face des misères et des douleurs; belles âmes qui, voulant soulager l’humanité souffrante, se montraient aussi avides des plus rebutantes

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foiictions, que d’autres le sont des plaisirs les plus rares !

Pendant plusieurs jours les enlerremens se succédèrent presque sans intervalle. Le chant des prêtres, le bruit des cloches ne discontinuaient pas. Il y eut des funérailles le soir et la nuit, et les torches répandaient une lueur lugubre sur la marche de ces convois. Aux memes heures, le viatique, porté avec une pompe inusitée au milieu des flambeaux, traversa quelquefois les rues silencieuses; plusieurs maisons s’illuminaient soudain devant lui, et ce spectacle jetait dans l’ame une terreur religieuse et solennelle. L’inhumation des personnes décédées en ville fut un moment entravée par l’insuffisance des employés attachés à ce service. Durant quelques jours les cadavres des cholériques morts dans les hospices restèrent sans sépulture; ils furent enfin ensevelis, pendant la nuit, au moyen de chariots.

Depuis environ trois ans les cérémonies extérieures du culte catholique étaient interdites par une autorité protectrice, qui craignait avec raison qu’elles ne fussent une cause de trouble et de scandale au milieu de l’agitation politique. Nous devons dire qu’une grande partie de la population marseillaise vit cette interdiction avec un extrême déplaisir; car chezles Provençaux, comme en général chez tous les peuples du Midi, le

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catholicisme eut toujours plus de racines dans l’imagination cjue dans Famé. Un culte privé de fêtes et dépouillé d’ornemens n’est pas de mise pour eux. A ces organisations mobiles et passionnées il faut des fleurs, de l’encens, des lumières, des chants harmonieux, des pompes éclatantes; il faut des choses qui s’adressent aux sens et viennent remuer la fibre poétique. Quelquefois les hommes les plus graves sont aussi peuple de ce cote-la. Dès que le choléra eut pris un caractère de croissance alarmante, les habitans des vieux quartiers mirent tout leur espoir dans les pratiques religieuses , et ils exprimèrent avec énergie le désir de voir descendre processionnellement la statue de Notre-Dame-de-la-Garde , antique objet de la vénération populaire. Des pétitions couvertes d’une grand nombre de signatures furent en conséquence adressées à l’autorité , qui rapporta sagement l’arrêté de suspension des cérémonies extérieures du culte, lesquelles ne presentaient plus de danger pour le repos public. Les passions se calmaient tous les jours davantage; l’ordre se raffermissait, et les entrepreneurs d’émeute, condamnés à la plus heureuse impuissance , semblaient avoir perdu et le cœur et la voix. Un mandement de l’évêque de Marseille ayant régie l’ordre de toutes les cérémonies religieuses, la statue delà Vierge fut descendue de sa forteresse

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le 8 mars, malgré la force d’un mistral assez froid, et on la porta triomphalement dans les principaux quartiers de la ville, àu milieu d’un enthousiasme difficile à décrire. De jennes filles élégamment vêtues lui adressèrent des supplications sur son passage, et des dons de toute nature lui furent offerts jusqu’à son arrivée à la cathédrale, où elle resta exposée pendant huit jours aux respects de la foule émue qui se pressait autour d’elle pour implorer son intervention.

Le 12 il y eut une procession générale à laquelle dix mille personnes assistèrent dans un recueillement pieux et dans un ordre admirable. C’était par une de ces belles journées comme on en voit souvent sous le ciel azuré de notre riante Provence; le soleil n’avait rien perdu de ses feux, l’air avait conservé toute sa pureté, toute sa transparence; des flots de curieux circulaient dans les rues , naguère remplies de tristesse; des spectateurs se pressaient aux fenêtres ornées de tentures diverses; d’élégans reposoirs s’élevaient sur les plus belles places. La fête fut magnifique, et lorsque l’évêque de Marseille, placé sur les marches d’un autel dressé au bout du Cours, donna la bénédiction à cinquante mille assistans, il se fît tout-à-coup un silence solennel au sein de cette multitude attendrie; l’émotion était peinte sur tous les visages. Le i5 mars la statue de la Vierge fut remontée à sa

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forteresse, Le saint-sacrement fut exposé dans l’église de Saint-Martin depuis le 12 jusqu’au 21^ et le 22 une seconde procession générale termina toutes les cérémonies.

Déjà la maladie déclinait rapidement j les craintes étaient dissipées J la confiance long-temps banr

TABLE

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