‹ Histoire du choléra-morbus asiatiqueChapitre 5 sur 91 · ASIE ORIENTALE · texte numérisé non relu

ASIE ORIENTALE

Dès l’année 1817, peu de mois après sa première apparition dans le delta du Gange, le choléra se répandit le long des côtes orientales du golfe du Bengale, au delà des bouches du grand fleuve de Bourampouter. Eu 1819 il pénétra dans les provinces du royaume d’Â.racan par les communications maritimes , passa dans la presqu’île de Malacca, puis dans le royaume de Siam,où son irruption fut des plus meurtrières. Bankok, capitale de ce royaume, fut en proie à une affreuse

(1) Gazette du gouvernement de Madras, 1**^ février 1821.

(2) Moreau de Jonnès.

Il paraît que le germe du choléra s’est manifesté dans l’archipcl des Philippines , comme au Bengale , par une série de reproductions annuelles.

DU CHOLÉRA-MORDUS, morlalité. Le peuple^ livré à des superstitions ridicules, s’imagina qu’un génie malfaisant, caché sous la forme d’un poisson, déchaînait les fureurs d’une inexplicable maladie, et il l’exorcisa dans une solennité religieuse; mais la contagion se propageant avec plus de facilité au milieu d’une foule immense, immola sept mille personnes sur la place même où l’on célébrait la fête (i).

En 1823 le choléra exerça d’horribles ravages

dans l’empire birman. La guerre contre cet empire ayant multiplié les communications entre le Bengale et les pays au delà du Gange , le choléra s’introduisit à la suite des troupes et des mouvemens maritimes : il pénétra à Assam avec un détachement dont il moissonna. les officiers, et ne cessa qu au bout de cinq mois; sa fin parut d’autant plus extraordinaire qu’on éprouvait alors une disette extrême et une inondation dangereuse.

Les vastes contrées maritimes du Cambodge et du Tonquin ayant été atteintes du choléra par leurs relations avec la Gochinchine, qui leur est intermédiaire, bientôt les rapports qu’ont eux-

(1) L’expérience démontre que les grandes réunions sont toujours funestes lorsqu’il y a dans un pays des germes contagieux.

A^ingt-six mille ouvriers ayant été rassemblés en 1823 pour ouvrir un canal de navigation entre Saigou, capitale de la Cochinchine, et le royaume voisin de Cambodge , le choléra attaqua cette troupe de travailleurs et en fit périr presque un tiers.

mêmes les deux pays avec les provinces méridionales de la Chine y introduisirent le germe de la maladie: pendant l’automne de 1820 les liabitans de Canton succombaient par milliers au terrible fléau, qui depuis cette première irruption semble s’étre reproduit chaque année dans quelques-unes des provinces chinoises; en 1828 le choléra avait envahi Macao , et exerçait d’alTreux ravages dans l’intérieur de l’empire ; il régna à Pékin, sa capitale, avec tant de violence que le peuple épuisa tous les moyens de sépulture exigés par la multitude des morts, et il fallut que le trésor impérial y pourvut; Nankin subit aussi les atteintes du mal, et ses progrès s’accrurent dans la partie septentrionale de la Chine. En 1827 le choléra pénétra au delà de la grande muraille, dans la Tartarie chinoise. Tandis qu’il s’avançait ainsi vers les hautes latitudes de l’Asie par ses progrès dans les régions orientales de ce continent immense, il s’en approchait encore par un autre chemin , celui que suivent les caravanes de Tlndoustan , en se dirigeant sur Balk , Samarkand et Boukara, par les contrées de Lahore, Cashgar et Caboul.

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