‹ Histoire du choléra-morbus asiatiqueChapitre 74 sur 91 · MORTALITÉ · texte numérisé non relu

MORTALITÉ

j J)ans rindoustan , la population prise en masse ta offert les proportions ci-après: un individu sur • dix a été attaque, et il en est mort un sur seize. Ce dernier chiffre élève à deux millions et

^28 IIlSTOlllE

demi le nombre des décès annuels; mais comme il faut le réduire à cause de quelques intermittences, il nous paraît démontré que le fléau , dans l’espace de dix-huit ans, a enlevéau moins vingt-deux millions d’indiens.

Il n’est guère possible de connaître positi'Çement les desastres que la contagion a causés en Chine et dans divers autres pays d’une vaste étendue; ces contrées ne sont pas soumises à la puissance britannique, et les savantes investigations de l’Europe n’y ont aucun accès. Tout ce que nous savons, c’est que la mortalité y a été immense, et il faut encore compter plusieurs millions de victimes.

En Arabie, la ville de Mascate a perdu dans une seule irruption le tiers de ses habitans.

Dans la Mésopotamie, la mortalité s’est élevée au quart de la population dans les villes de Bassora et de Bagdad.

Elle a monté au cinquième à Erivan et vraisemblablement à Tauris; mais elle a beaucoup diminué à Erzéroun et à Kars dans les montagnes de l’Arménie.

En Perse, elle a été d’un sixième à Bender- Abouschir, à Schiras et à Yerd, sous l’influence d’une chaleur de 36 degrés centigrades.

Elle a varié en Syrie sans qu’on puisse en découvrir la cause. Elle ne s’est élevée en général qu’au

dixième de la population , mais avec une telle «diversité que des lieux ont perdu la moitié de Heurs habitans, et d’autres, comme Tripoli, un i seulement sur trois mille.

Nous n’avons que des renseignemens incomiplets sur les ravages du choléra-morbus en Améirique; nous savons seulement que ces ravages ont (été affreux dans les provinces mexicaines ; on ; s’accorde à dire que dans la ville de Mexico la î maladie a emporté 25,ooo babitans, c’est-à-dire ;un sur six.

En Europe, la mortalité que le cboléra a pro- (duite est aussi grande que dans l’Inde, proporttionnellement au nombre des individus infectés; imais sa propagation a trouvé plus d’obstacles, et iil a atteint un moindre nombre de personnes sur lune population donnée. Ce phénomène s’explique [facilement : dans l’Inde , les babitans sont plus jrapprocbés les uns des autres, le contact y est Iplus fréquent. Au reste, le fléau d’Asie se présente ipartout avec des caractères identiques : tel il se imontra à Jessore en 1817, tel sur la côte de Coroimandel et sur celle du Malabar; tel il a paru en IPerse, en Egypte, en Tartarie, aux îles de France let Bourbon; tel il a régné à Saint-Pétersbourg, à IBerlin, à Vienne, à Londres, à Paris, à Marseille. IDans les contrées septentrionales, dans les pays itempérés, dans les régions placées sous les feux

briilans du tropique, ses symptômes et ses formes sont toujours les memes, ses phénomènes pathologiques n’offrent aucune diversité appréciable; rien ne peut altérer son principe primordial , qui n’est modifié ni par la différence des lieux, ni par celle des temps, ni meme par celle des individus. Toutefois il faut reconnaître qu’une température elevée est favorable à la propagation du choléra, et c’est en général dans la saison chaude qu’il exerce le plus de ravages (i).

Dans les villes européennes le choléra a attaqué un nombre très variable d’habitans, depuis (Jankoping en Suède) jusqu’à ^43^ (Francfort-su rl’Oder).

Le tableau suivant indique ses ravages en Europe.

(1) Par une anomalie dont l’histoire du choléra n’avait point encore offert d’exemple, ce fléau a résisté à l’hiver le plus rigoureux dans quelques villes et particulièrement à Moscou. L’usage des fourrures, qui est général en Russie , et la chaleur artificielle maintenue à un haut degré par de grands poêles dans l’intérieur des maisons semblent être la cause de ce funeste effet. La maladie n’a rien perdu de sa violence dans les maisons russes ainsi chauffées, tandis qu’il faisait au dehors un froid de 16 degrés au dessous de zéro.

Page 1