‹ Histoire du choléra-morbus dans le quartier du Luxembourg, ou, Précis des travaux de la commission sanitaire et du bureau de secours de ce quartier, suivi de documens statistiques sur les ravages que la choléra y a exercésChapitre 10 sur 27 · CLASSES ATTEINTES · texte numérisé non relu

CLASSES ATTEINTES

Sur ces 65oo à 7000 malades, on ne peut pas en attribuer moins de 4000 à 4^00 à la classe

pauvre. Ce qui rindique , c'est d'abord le nombre des secours délivrés par le bureau, 4^00, et qui l'ont été pour la plus grande partie à des malades appartenant à cette classe. C'est ensuite le nombre des ordonnances de médicamens gratruits exécutées chez les pharmaciens du quartier, et qui se sont élevées à 2o4o; ce nombre, il est vrai, est loin de 4^00 à 4-^of^? et doit même encore être diminué de plusieurs doubles emplois résultant de ce que plus d'une ordonnance a pu être quelquefois prescrite au même malade. Mais on arrivera sans peine à 4000 ou 4^00, si on y ajoute, 1° les doubles emplois de malades auxquels la même ordonnance a souvent servi ; 2" tous les indigens qui ont été transportés et soignés aux hôpitaux; 3° tous ceux qui l'ont été au bureau même; 4® tous ceux qui se sont adressés pour faire exécuter leurs ordonnances à des pharmaciens des quartiers voisins; 5° tous ceux auxquels des prescriptions médicales tellement simples ont été ordonnées, qu'ils ont pu, malgré leur peu d'aisance , les payer chez le pharmacien , l'herboriste et l'épicier, ou même les exécuter chez eux; 6° tous ceux enfin, et en grand nombre, pour lesquels ont suffi quelques bons conseils sur leur hygiène, quelques paroles de consolation et d'encouragement.

Le chiffre des habitans du quartier est de 20862. Sur ce nombre les états du bureau de charité attestent que 7 532, c'est-à-dire plus du tiers, sont inscrits à l'indigence et prennent part à ses distributions^ ordinaires , ou sont dans un état voisin de l'indigence et participent à ses distributions extraordinaires. La classe pauvre montant à 7632 personnes a eu environ 4000 à 4^00 malades, par conséquent plus de la moitié de son nombre. La classe qui vit dans l'aisance ou au moins dans un état au-dessus du besoin, montante i333o personnes n'en a compté que 2000 à 2 5oo, c'est-à-dire , environ la sixième partie. La première a donc au moins trois fois plus souffert que la seconde.

QUELQUES PARTICULARITÉS DE l'ÉPI DEMIE.

Du reste , outre les observations précédentes que nous a suggérées le tableau des secours accordés, il en résulte encore, ainsi que des remarques consignées aux rapports journaliers, ce double fait, qu'un accroissement sensible dans la maladie se faisait ordinairement apercevoir quand la rigueur de la température devenait plus grande (i) , ou bien dans les jours qui

(i) Il a été constaté à l'époque des recrudescences qui ont eu lieu en juin et juillet que là mortalité augmentait quand la chalpur au contraire

suivaient les orgies auxquelles la classe ouvrière a la funeste habitude de se livrer le dimanche et le lundi. Nous avons aussi pu facilement noter cet autre fait, que dans les premiers temps et au plus fort de l'épidémie, le nombre des malades comparé à celui des décès était bien plus considérable que dans la période de décroissance. Cette circonstance remarquable s'explique par la fâcheuse influence morale qu'exerçait sur les imaginations un fléau redoutable, long-temps annoncé et encore inconnu dans ses causes et dans ses effets. L'effroi se peignait en effet sur les traits, dans l'attitude et dans les discours de la foule qui affluait au bureau; plus tard les esprits se calmèrent , l'effroi disparut , et la proportion des malades aux décès diminua notablement. La conclusion à tirer de ce fait et des deux précédens , c'est qu'un moral sans énergie et facile à s'abattre est, ainsi que le sont les excès et la rigueur de la température, une cause prédisposante au choléra-morbus.

était plus forte; on pourrait conclure de ces deux faits opposés que de trop grandes variations dans la température sont une cause générale qui prédispose au choléra.

Page 1