SALUBRITÉ. INSALUBRITÉ
Les résultats sont plus certains si l'on envisage la mortalité dans ses rapports avec le plus ou moins de salubrité ou d'insalubrité des rues et des habitations; les faits ici sont concluans.
Nous avons fait deux parts de toutes les rues; T° celles qui sont salubres, 2° celles qui sont insalubres.
Les rues salubres, au nombre de 5 1, comptent 12404 personnes, et 171 décès, ou bien i sur 72 1/2;
Les rues insalubres s'élevant à 16, ont 8458 habitans et 235 décès, c'est-à-dire, i sur 36.
La différence au profit delà salubrité est donc de plus du double.
Examinons la même question en descendant des masses au détail des rues, (i)
La moyenne de la mortalité dans le quartier du Luxembourg est de 1 sur 5i-52.
Sur 63 rues recensées, 26 sont au-dessous de cette moyenne, 37 au-dessus.
Nous négligeons dans les unes et les autres toutes celles qui se rapprochent de la moyenne,
. (t) Voyez à la fin le lableau n° VI.
-94" OU auxquelles leur peu de population enlève toute importance dans nos calculs.
Parmi les rues qui sont au-dessous de la moyenne, nous remarquons d'abord la rue Honoré-Chevalier, qui, quoique habitée par des personnes aisées, compte i décès sur i4 1/2. Cette rue étroite était surtout rendue insalubre par le ruisseau de la mare du Luxembourg qui s'y encaissait dans toute son étendue. Ce même ruisseau a également fait sentir sa pernicieuse influence dans la rue de Madame qu'il parcourait aussi tout entière, et qui, quoique très salubre du reste , et quoique ses habitans soient dans l'aisance, en a perdu i sur 36 i/3. Il n'a pas été aussi nuisible dans les autres rues où il coulait, rues qui sont spacieuses et aérées , aux points du moins où il passait, et qu'il ne traversait d'ailleurs qu'en partie. Il est remarquable enfin que tous les décès de la rue Honoré-Chevalier , au nombre de 6 , et ceux de la rue de Madame, montant à 3, ont eu lieu avant la désinfection de ce ruisseau.
La rue de Vaugirard, hors boulevard, qui a eu I décès sur 3i personnes et la rue des Fourneaux qui en a eu t sur 11 i/q;, sont environnées de grands espaces libres , et cette circonstance devrait les placer dans une condition favorable de salubrité; mais elles sont presque entièrement
habitées par de pauvres gens, et leur voie publique où les eaux stagnent et se corrompent dans les ruisseaux qui ne sont pas pavés, est dans l'état le plus préjudiciable à la santé générale.
Le boulevard du Mont-Parnasse, encore que dans la position la plus salubre, a eu i décès sur 33 personnes; un grand nombre de ceux qui y demeurent sont des indigens , et les eaux ménagères de plusieurs maisons, faute de ruisseaux, croupissent aux environs ou dans des puisards malsains ; c'est dans ces maisons que se rencontrent presque tous les décès.
La rue Cassette, quoique ses habitans soient en général aisés, a compté i décès sur 39 personnes; cette rue, dans sa moitié au moins, est étroite, tortueuse et manque d'air et de pente; il est à remarquer que sur 11 décès, i5 ont eu lieu dans cette partie insalubre de la rue.
La rue des Canettes a eu i décès sur 39 in , du Cœur- Volant i sur 39, Beurrière i sur 36, Neuve-Guillemain i sur 29 3/4, Guisarde i sur 27 1/3, Carpentier 1 sur Q6,du Oindre i sur 24 1/3, Princesse i sur 17 2,3. Ces 8 rues sont toutes placées dans le bas du quartier , ayant des maisons pour la plupart trop élevées , vieilles ou mal bâties et habitées par la classe la plus pauvre; elles sont toutes plus ou moins étroites, humides, mal ventilées et privées de soleil, de jour
et de la pente nécessaire à récouieraent des eaux.
Les faits qui précèdent, fournis par les rues au-desèous de la moyenne et qui montrent la fâcheuse influence de l'insalubrité et de l'indigence, ne sont contredits que par la rue Mézières et le boulevard d'Enfer qui ont eu, celui-ci, I décès sur il\, et celle-là i décès sur 23 1/2, bien qu'ils soient tous les deux salubres et habités par des personnes au-dessus du besoin; encore aurions-nous pu nous dispenser d'en tenir compte , à cause de leur peu de population qui ne s'élève au total qu'à 260 personnes.
Si maintenant nous examinons les rues audessus de la moyenne , nous voyons au contraire combien la salubrité a été un puissant préservatif contre le choiera.
Lesruesdu Regard avec 240 habitans,Garancière 192 , Neuve-de-Madame 161 , Clément 94, Montfaucon 94? sept autres petites rues i33, total 9147 toutes parfaitement salubres et occupées par la classe aisée , n'ont pas compté un seul décès. Les rues suivantes , toutes plus ou moins riches et salubres , n'ont eu , celle de Fleurus qu'un décès sur 68 personnes, celle de Notre-Dame-des-Champs i sur 70 Ji3, la rue Férou I sur ^3, celle du Pot-de-Fer 1 sur 76, celle de l'Ouest i sur 90, celle de Yauglrard
i sur 92 1/2, celles du Mont-Parnàsse et de Servaudoni i sur 93, celle du Petit-Lion i sur 96, celle de Tournon i sur iq.î , la rue Mabillon i sur 129, le carrefour de l'Odéon 1 sur i5i , la rue d'Assas 1 sur 164? la rue Neuve-de-Seine I sur 199.
Nous avons déjà observé que les six rues de Condé, Tournon, Garancière, Servandoni, Férou et du Pot-de-Fer qui doivent en grande partie leur salubrité à leur pente bien prononcée, n'ont eu en moyenne qu'iin décès sur 95 i/3.
Nous devons encore faire remarquer ici que la population des rues Neuve-de-Seine , Petit- Bourbon , Lobineau , Mabillon , Clément , Félibien , ïoutain , Montfaucon et du passage Laireilie^ montant à iî3o personnes, et touchant immédiatement au marché Saint-Germain , n'a compté que ïo décès y c'est-à-dire, i sur î i 3. Or, si l'on veut se rappeler l'état effrayant d'insalubrité où était autrefois ce marché, on ne pensera pas sans trembler aux ravages affreux que le choléra eût exercés dans ses environs, si Tétât ancien eût continué de subsister, et l'on ne pourra pas se défendre d'un sentiment de reconnaissance envers l'administration impériale, qui, en faisant le marché Saint-Germain ce qu'il est, a procuré au quartier du Luxembourg le plus grand assainissement qu'il pût recevoir.
Mais continuons d'étudier la question de la mortalité dans ses relations avec le plus ou le moins d'insalubrité, et, après l'avoir envisagée dans les rues prises par groupes et en détail, considérons-la jusque dans les maisons particulières.
Nous avons relevé toutes celles qui ont eu deux décès ou un plus grand nombre; nous en avons trouvé 79 (i) dont la population totale s'élève à 8753 et les décès à 211, La mortalité générale y est en moyenne de i sur i 7 4/5. Dans chaque maison en particulier elle est au minimum de r sur 5o, d'où elle monte d'un seul bond à I sur 42 , puis avec plusieurs interruptions à I sur 27, pour delà gravir, en passant par tous les chiffres, jusqu'à i sur [x , son maximum. Elle est au-dessus de la moyenne, i sur 17 4/5, dans 44 <^G ces maisons, elle est de 1 sur 10 dans 4 , I sur 9 dans 2 , i sur 8 dans 5 , i sur 7 dans 1 , I sur 6 dans 3, i sur 5 dans 2, et enfin I sur ^ dans 1.
En somme, la mortalité est, comme on voit, considérable dans ces 79 maisons. Voici maintenant les circonstances qui constituent leur insalubrité:
(r) Nous n'avons pas compris dans ce nombre les deux casernes de la ruedeTournon et du Vieux-Colombier, quoiqu'elles aient eu, la première 3 décès et la seconde i 3 : elles, figurent au nombre des élablissemens publics dont il est fail mention plus loin.
[\i appartiennent à la région inférieure du quartier ;
56 sont situées dans des rues insalubres;
20 sont mal tenues à l'intérieur;
\L\ sont soumises à des causes locales d'insalubrité, telles que des eaux stagnantes sur la voie publique,le ruisseau de la mare du Luxembourg, avant qu'il ne fût désinfecté, des puisards, un magasin de couleurs, le voisinage d'un peintre en voitures et celui d'un chiffonnier;
58 sont occupées par des personnes indigentes ou dans un état voisin de l'indigence;
4i sont encombrées de population, 19 ayant plus de 40 habitans, j i plus de 60 , 5 plus de 80 et 6 plus de 1 00.
Opposons à ce tableau, pour compléter la démonstration qui nous occupe , celui d'une catégorie tout entière d'habitations réputées salubres , celle des établissemens publics ou privés, dont les habitans, soumis à une discipline ou à des règles intérieures, sont présumés n'éprouver aucun besoin dans leur existence et suivre toutes les lois d'une bonne hygiène, tels que les casernes, les institutions d'enfans ou d'adultes, et les communautés.
Nous avons trouvé, y compris le palais du Luxembourg et ses dépendances, 35 établissemens de ce genre , dont la population tatale
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monte à 111 \ et les décès à 20, et par conséquent à I seulement sur îii.
Le Luxembourg et ses dépendances , qui comptent 11^6 habitans, n'ont pas eu un seul décès , grâce aux sages précautions qui y ont été ordonnées par M. le grand-référendaire de la chambre des pairs.
La mortalité a été également nulle dans i4 institutions de jeunes filles qui en comprennent 427, dans 3 coiumunautés de femmes composées de 57 personnes, et dans 5 institutions d'adultes qui en possèdent 162.
Elle a été de i sur 142 dans 9 institutions de garçons.
Elle s'est élevée à 1 sur i44 dans la caserne de la garde municipale de la nie de Tournon , à i sur 122 dans celle des dragons de la rue de Vau- ^irard, et jusqu'à i sur 26 3/4 dans celle des Sapeurs-pompiers de la rue du Vieux-Colombier. Cette disproportion énorme, au détriment de celle-ci, tient uniquement à son insalubrité, dont nous avons exposé les causes précédemment. Ajoutons que les deux autres casernes des Sapeurs-pompiers qui j à elles deux^ renferment autant d'habitans que celle de la rue du Vieux- Colombier, mais qui sont parfaitement saines, n'ont perdu qu'un seul homme.
De tous ces faits, il résulte surabondamment
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que l'insalubrité est une des causes prédisposantes les plus actives du choléra, et que ce n'est point exagérer que d'avancer qu'entre ceux qui sont en dehors et ceux qui sont en possession des conditions de salubrité, il meurt au moins une fois plus des premiers.