LA MESURE DE LA TERRE
tard, dans l’année même où mourut Christophe Colomb, quatorze ans après la découverte du Nouveau-Monde.
Au siècle des grandes découvertes accomplies sur la surface de notre planète, succède immédiatement la prise de possession par le télescope d’une partie considérable du domaine céleste. L’application d’un instrument qui a la puissance de pénétrer l'espace, je pourrais dire la création d’un organe nouveau, évoque tout un monde d’idées inconnues. Une ère brillante s’ouvre à partir de ce moment, pour l’astronomie et les mathématiques. C’est le grand siècle, si harmonieux dans son. ensemble, le siècle de Képler, de Galilée et de Bacon, de Tycho, de Descartes et de-Huygens, de Fermât, de Newton et de Leibnitz. Les services de tels hommes sont si généralement connus, qu'il suffit de les nommer pour faire ressortir la part brillante qu’ils ont prise à l’agrandissement des vues sur le monde.
La connaissance de la forme et de la grandeur de la Terre, et celle de son rang dans l’univers, peut ctre résumée dans les phases suivantes, au milieu desquelles le mystique moyen âge est complètement éclipsé.
On arrive, plusieurs siècles avant notre ère, h penser que la Terre est sphérique et isolée, d’abord parce que les vaisseaux disparaissent par le bas en s’éloignant et que la mer s’élève visiblement au lieu de rester plate, ensuite parce qu'en voyageant on voit de nouvelles constellations, enlin parce que l'ombre de la Terre est ronde pendant les éclipses de lune.
Le premier essai de la mesure de la Terre a été fait |>ar lîratosthène deux cent quarante-six ans avant notre ère, et il a été fondé sur le raisonnement suivant : le Soleil éclaire le fond des puits à Syène, au solstice d’été; le même jour, au lieu d’être vertical sur la tête des habitants d’Alexandrie, il est à 7 degrés 1/4 du zénith; »
7* 1/4, c’est la cinquantième partie de la circonférence entière; la distance des deux villes est de cinq mille stades : donc la Terre a cinquante fois cinq mille stades de circonférence.
Un siècle avant notre ère, Posidonius est arrivé à un résultat analogue en remarquant que l’étoile Canopus rasait l'horizon de Rhodes lorsqu'elle s’élevait de 7 degrés 12 au-dessus de celui d’Alexandrie.
Ces mesures, ingénieuses mais grossières, ont été suivies au hui-
tiéme siècle de celles du calife arabe Almamoun, qui ne les modifia pas sensiblement.
Après Christophe Colomb, tous les doutes sur la sphéricité de la Terre cessent. Le premier, Magellan, fait le tour du monde en 1521 . étant parti par l’ouest et revenu par l’ouest.
— Non pas lui-même, dit le navigateur, car il fut tué aux Philippines en 1521 ; mais son navire, parti en 1519, revient en 1522, conduit par son lieutenant, Sébastien Cano.
— En 1528, le médecin français Fernel mesure le premier directement un arc du méridien, par un singulier et bien pimple procédé. Il compta le nombre de tours que firent les roues de sa voiture en allant de Paris à Amiens , et sur les 57 070 toises qu’il trouva, il ne se trompa que de quatre toises sur la réalité, déterminée depuis par des mesures infiniment plus précises.
L’astronome Picard reprit la mesure, sous Louis XIV, par la triangulation. Cette mesure fut continuée, d’Amiens à Dunkerque par Lahire, et de Paris jusqu’à Perpignan par Cassini II. Mais il faut arriver aux années 1735-1745 pour avoir la connaissance exacte de la forme de la Terre, déterminée par les académiciens français envoyés d’une part en Laponie et d’autre part au Pérou. On sait que le système métrique a été fixé sur une base spéciale, mesurée par ordre de l’Assemblée nationale de la République française, par les astronomes Méchain et, Delambre.
Cette connaissance exacte de la Terre et du Ciel, qui fait la grandeur du monde moderne, est due aux progrès rapides de l'astronomie, tant mathématique que physique, et à l’établissement des observatoires chez tous les peuples européens. L’Académie des sciences de Paris, l'abbé Picard et Auzout surtout, donnèrent le signal en préparant la fondation de l'Observatoire de Paris. Il y a deux siècles, en 1667, Colbert en soumit le projet à Louis XIV, et en quatre ans ce colossal monument fut élevé. L'Observatoire d’Angleterre fut établi en 1676, celui de Berlin en 1710, celui de Pétersbourg en 1725, etc. Le ciel est constamment épié, scruté par les astronomes des divers pays, et aucune année ne se passe maintenant sans être marquée par des découvertes, souvent importantes.
Pour moi, je ne puis m’empêcher d’admirer que l’homme soitpar-
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FONDATION DE L’OBSERVATOIRE DE TARIS EN 1667, DÉCIDÉE PAR COLBERT ET LOUIS XIV. (P. 374 )