LE PREMIER TRACÉ DE LA SPHÈRE CÉLESTE
— La Sphère céleste, répondit l’astronome, a dû être formée par un peuple arrivé à un haut degré de civilisation, qui habitait vers l'intersection du 38* degré de latitude boréale et du 68* degré de longitude orientale.
Cette région, située au cœur de la vieille Asie, est assise sur le versant septentrional des hautes chaînes qui bordent vers l’ouest les monts Himalaya et sur les sources du fleuve Oxus, au sud-est de Samarcande. C’est de là que tous les peuples descendent. Là s’ouvrent : à l'est la Chine immense, au sud-est le Tibet, au sud l’Indoustan, au sud-ouest l’Afghanistan, à l’ouest, d’une part, la Perse qui mène à l’Arafcir, à la Chaldèe et à V Égypte, et d’autre part la mer Caspienne dont les rives en s'inclinant vers le couchant au sud du Caucase conduisent aux régions de J’Asie Mineure, de la Grèce, de 17ia/i«, de la Germanie et de la Gaule.
— Je vois, répondit l’historien, que vous tenez à vos opinions, car il me semble que si vous remontez à ces régions pour y voir l’origine de la civilisation, c’est, comme dans notre seconde soirée, pour célébrer en passant la souche des Gaulois.
— Et en effet, répliqua l’astronome, ne convenez-vous pas vousmèmes que les premiers hommes qui peuplèrent le centre et l'ouest de l’Europe, furent les Gaulois, nos véritables ancêtres; et que leur sang prédomine de beaucoup dans ce mélange successif de peuples divers qui a formé notre nation? Leur esprit est toujours en nous. Leurs vertus et leurs vices, conservés au cœur du peuple français, et les traits essentiels de leur type physique, reconnaissables sous la dégcnération amenée par le changement des mœurs et par le croisement des populations, attestent encore cette antique origine.
• Cette brillante race gauloise, qui a sillonné l’ancien monde en tous sens de ses colonies guerrières, qui a écrit partout scs traces dans les nomenclatures géographiques de l’Europe et de l’Asie occidentale, et qui, cédant enfin, pour un temps, au seul génie de Rome, a gardé son indestructible personnalité sous les Romains comme sous les Germains, cette brillante race appartenait à la grande famille indo-européenne ou japétique, dont l’Arie, terre sainte des premiers âges, paraît avoir été le berceau. Les langues gauloises, le
grec, le latin, le tudesque, les langues slaves, sont liées par une lointaine parenté avec les idiomes sacrés des brahmanes et des mages, le sanscrit et le zend, et semblent dérivées d’une langue mère disparue dans les profondeurs de l’antiquité première. Les Gaëls ou Gaulois primitifs durent quitter les plaines natales de la haute Asie avec les aïeux des Grecs et des Latins. Marchant toujours devant eux vers les lieux où le soleil se couche, franchissant hardiment les fleuves et les bras de mer dans de fragiles esquifs, ils ne s'arrêtèrent que lorsqu’ils eurent rencontré ces abîmes du grand Océan que le seul Colomb devait nous apprendre à franchir. Les traditions les plus reculées nous montrent les tribus des Gaëls couvrant la face de l’Occident, depuis les îles d’Érin et d’Albion jusqu’aux vastes régions transrhénanes et danubiennes. Jls avaient occupé, dans des âges antérieurs à toute histoire, les forêts et les déserts qui devaient être un jour la France.
Des antiques plateaux de l’Asie sont ainsi descendues les connaissances astronomiques puisées sous ces latitudes tempérées; la sphère constellée qui trône encore aujourd'hui dans les salles de nos observatoires d'Europe nous conserve dans son ensemble le globe grossièrement dessiné il y a plus de soixante siècles par nos aïeux. Mais pour venir lentement du fond de l’Asie jusqu’ici, elle a passé par la l'erse, la Chaldée, l’Égypte et la Grèce, modifiée çà et là selon le goût des siècles et des hommes. Nous avons déjà conclu dans notre troisième soirée que la Bible des Aryas remonte à 15000 ans de date; nous avons retrouvé des observations astronomiques chinoises de près de 5000 ans. Nous avons reconnu des traces de l’astronomie égyptienne et chaldéenne de plus de 4000 ans. Que nous faudrait-il de plus pour saluer dans l'astronomie la reine des sciences, la mère de la civilisation, le premier flambleau des progrès de l'humanité? Sans elle nous serions encore à l’état de sauvages, plus misérables que les animaux eux-mêmes. Par elle au contraire l’esprit humain a pris possession du monde, et, se délivrant des terreurs causées par l’ignorance des phénomènes, a relevé vers le ciel sa tête indépendante....
Mais nous allons suivre mieux encore l’histoire de l’astronomie dans la discussion du Zodiaque.
SIXIÈME SOIRÉE