‹ Histoire du ciel (volume 2)Chapitre 80 sur 179 · L’INVENTION DU ZODIAQUE · texte numérisé non relu

L’INVENTION DU ZODIAQUE

et les inclinations qu’elle devait inspirer aux individus naissants. Ces figures d’hommes furent d’abord sans nom ; c’est dans des temps plus modernes que la vanité des Grecs a songé à faire dans le Ciel l’apothéose de ses héros, et à consacrer dans ce livro éternel leurs noms à la postérité.

Je suis assez porté à croire, continua l’astronome, que les noms donnés aux constellations zodiacales l’ont d’abord été à l’étoile principale de chaque constellation. Ainsi, ce fut Régulus qui pendant longtemps désigna le Lion, Antarès le Scorpion, l’Épi la Vierge, Aldébaran le Taureau, Castor et Pollux les Gémeaux,... et les noms donnés à ces étoiles ont eu pour cause sans doute la coïncidence de leur lever avec les travaux de la campagne, les phénomènes de l’époque, les fêtes, etc., ou encore la situation des étoiles mêmes, comme cela a dû arriver pour les Gémeaux.

Eudemus, de Rhodes, un des élèves les plus distingués d'Aristote et auteur d’une histoire de l’Astronomie, attribue l’introduction de la zone zodiacale à GEnopide de Chio, contemporain d’Anaxagore. L’idée de rapporter les lieux des planètes et des étoiles à l’orbite solaire, la division de l’écliptique en 12 parties égales, appartient à l’antiquité chaldéenne, d'où elle parvint directement aux Grecs. La date de cette transmission ne remonte même pas au delà du commencement du cinquième ou du sixième siècle avant notre ère. Les Grecs s’étaient bornés à subdiviser dans leur spbère primitive les constellations qui se rapprochaient le plus de l’écliptique et qui pouvaient servir de constellations zodiacales. La preuve en est simple : si les Grecs avaient pris à un peuple étranger un Zodiaque complet au lieu de borner leurs emprunts à l’idée de partager l'écliptique en douze parties, on ne retrouverait point chez eux onze constellations seulement dans le Zodiaque, une d’entre elles, le Scorpion, ayant été partagée en deux pour compléter le nombre nécessaire. Leurs divisions zodiacales auraient été plus régulières; elles n’auraient point embrassé des espaces de 36 à 48 degrés, comme le Taureau, le Lion, les Poissons et la Vierge, tandis que le Cancer, le Bélier et le Capricorne en comprennent de 19 à 23 seulement. Leurs constellations n’auraient point été disposées irrégulièrement, au nord et au sud de l’écliptique, tantôt occupant sur ce cercle de grands inter-

SIXIÈME SOIRÉB.

LE ZODIAQUE

valles, tantôt resserrées, au contraire, et empiétant l'une sur l’autre comme le Taureau et le Bélier, le Verseau et le Capricorne. Preuves évidentes que les Grecs avaient fait les signes du Zodiaque avec leurs anciennes constellations. Telle est l’opinion de Ilumboldt.

D’après Letronne, le signe de la Balance n’a été introduit que du temps d’Hipparque, et peut-être par Hipparque lui-même.

— Mais, dit le professeur, Virgile lui-même ne s'cst-il pas chargé de nous l’apprendre en parlant ainsi à César dans son apothéose :

« Tu es le protecteur des villes, dit le poète; ton front est ceint du myrte consacré à la déesse dont tu descends; tu augmentes le nombre des astres de l’été, et tu te places entre la Vierge et le Scorpion, qui se resserre déjà pour te recevoir.... »

Entre la Vierge et le Scorpion! La Balance n’y était donc pas encore.

Si l’on en croit Pline le naturaliste, ajouta le même, le Bélier et le Sagittaire auraient été introduits dans le Zodiaque, au sixième siècle seulement, par Cléostrate de Ténédos. Mais je n’ajoute pas foi à cette assertion de Pline.

— Ni moi, répliqua l'astronome, car le Zodiaque est certainement plus ancien que tous les Grecs. Ceux-ci n’ont fait que le prendre petit à petit aux Orientaux.

En nous faisant apercevoir les raisons naturelles qui ont fait donner aux constellations de l’Écrevisse et du Capricorne les noms qu’elles portent, Macrobe nous a dévoilé, sans y penser, les vraies raisons qui ont réglé le choix des noms qu’on a donnés aux autres.

« Voici, dit-il, les motifs qui ont fait donner aux deux signes que nous appelons les portes ou les barrières de la course du soleil, les noms d’Écrevisse et de Chèvre sauvage. L’écrevisse est un animal qui marche à reculons et obliquement : de même le Soleil parvenu dans :e signe commence à rétrogader, et à descendre obliquement. Quant i la chèvre, sa méthode de paître est de monter toujours et de gagner les hauteurs tout en broutant. De même le Soleil, arrivé au Capricorne, commence à quitter le point le plus bas de sa course pour revenir au plus élevé. ■

Si les deux constellations, sous lesquelles le Soleil sc trouve aux deux solstices, n’ont reçu ces noms que pour désigner par un mot ou

DATE DU ZODIAQUE

par un rapport d'e ressemblance ce qui se passe alors dans la nature, on est raisonnablement porté à croire que les autres signes du Zodiaque ont reçu des noms également propres à caractériser, de mois en mois, ce qui arrive sur la terre dans les divers déplacements du soleil le long de l’année. C’est du moins là le mode d’explication qui compte les plus nombreux et les plus anciens partisans.

— Pluche affirme, dit le pasteur, que le Zodiaque a été formé par les fils de Noé avant de se séparer pour peupler le monde.

— C’est une bonne manière de se tirer d’embarras, fit le député. Mais pourquoi ne pas dire, aussi bien, que c’est un aérolithe tombé de la Lune qui nous l’aurait apporté?

— Ou Jéhovah sur le mont Sinaï, par la même occasion que les tables de la loi ! fit le capitaine.

— Je termine mon exposition, reprit l’astronome.

Volney partage en partie l’opinion de Macrobe dans l’une des belles pages de ses Ruines. Lorsque le peuple agricole eut porté un regard observateur sur les astres, écrit-il, il sentit le besoin d’en distinguer les individus ou les groupes, et de les dénommer chacun proprement, afin de s’entendre dans leur désignation : or, une grande difficulté se présenta pour cet objet; car d’un côté les corps célestes, semblables en forme, n’offraient aucun caractère spécial pour être dénommés; de l’autre, le langage nouveau et pauvro n’avait point d’expressions pour tant d’idées neuves et métaphysiques. Le mobile ordinaire du génie, le besoin, sut tout surmonter. Ayant remarqué que dans la révolution annuelle, le renouvellement et l’apparition périodique des productions terrestres étaient constamment associés au lever ou au coucher de certaines étoiles, et à leur position relativement au Soleil, terme fondamental de toute comparaison, l’esprit, par un mécanisme naturel, lia dans sa penséo les objets terrestres et célestes, qui étaient liés dans le fait; et leur appliquant un môme signe, il donna aux étoiles ou aux groupes qu’il en formait, les noms mêmes des objets terrestres qui leur répondaient.

Ainsi l’Éthiopien de Thèbes appela astres de l’inondation ou du verseeau, ceux sous lesquels le fleuve commençait son débordement; astres du Bœuf ou du Taureau, ceux sous lesquels il conve-

nait d'appliquer la charrue à la terre; astres du Lion, ceux où cet animal, chassé des déserts par la soif, se montrait sur les bords du fleuve; astres de l’Épi ou de la Vierge moissonneuse, ceux où se recueillait la moisson; astre de l’Agneau, astres des Chevreaux, ceux où naissaient ces animaux précieui : et ce premier moyen résolut une première partie des difficultés.

Ce langage, compris de tout le monde, subsista d’abord sans inconvénient; mais, par le laps des temps, lorsque le calendrier eut été réglé, le peuple qui n’eut plus besoin de l’observation du Ciel, perdit de vue le motif de ces expressions; et leur allégorie, restée dans l’usage de la vie, y devint un écueil fatal à l’entendement et à la raison. Habitué à joindre aux symboles les idées de leurs modèles, l’esprit linit par les confondre. Alors ces mêmes animaux, que la pensée avait transportés aux cieux, en redescendirent sur la terre; mais, dans ce retour, vêtus des livrées des astres, ils s’en arrogèrent les attributs, et ils en imposèrent à leurs propres auteurs. Alors le peuple croyant voir près de lui ses dieux, leur adressa plus facilement sa prière ; il demanda au bélier de son troupeau les influences qu’il attendait du Bélier céleste; il pria le Scorpion de ne point répandre son venin sur la nature; il révéra le Crabe de la mer, le Scarabée du limon, le Poisson du fleuve; et, par une série d’analogies vicieuses, mais enchaînées, il se perdit dans un labyrinthe d’absurdités conséquentes.

Concluons de cette longue discussion que le Zodiaque et les constellations antiques, tant australes que boréales, sont, d’après tout ce que nous avons dit jusqu’ici, les monuments les plus anciens de la vieille science primitive de nos pères. Autant que nous pouvons en juger actuellement, le tracé de la sphère céleste fut commencé par les étoiles les plus brillantes et les groupes d’étoiles les plus remarquables, sans distinction de position. Sirius, Orion, Aldébaran, les Pléiades sont aussi anciens que la Grande-Ourse et Arcturus. Pour désigner ces astres, il fallut leur donner des noms. Le plus naturel est de penser que ces noms furent en correspondance, soit avec la forme de ces astérismes, soit avec l’époque de leur lever sur les saisons. Bientôt on reconnut que le sentier céleste suivi par l’astre solitaire des nuits est toujours le même. Ce fut le premier

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