LA COSMOGRAPHIE ET LA GÉOGRAPHIE
DE l'ignorance ANTIQUE
Opinions des anciens sur la forme de la Terre et ses rapports avec le reste de Tunivers. -^ Examen critique du Traité du 4!'iel d'Aristote. — Suppositions imaginées pour expliquer la position centrale du globe. — Idées sur le mouvement et la pesanteur. — Les commencemen s de la description méthodique du monde. — Différentes formes supposées à la Terre. — La Terre enracinée , fixe, cylindrique, cubique, flottante, ronde, isolée. — Images antiques. ~ Moïse et la Bible. — Homère. Le bouclier d* Achille. La terre plate. Le fleuve Océan. — Sphères et cartes primitives. ^ Hérodote, firalosthènes, Strabon, Posidonius, Pomponius Mêla.
Progrès de la géographie.
— Depuis une dizaine de jours que nos entretiens scientifiques sont commencés^ dit l'astronome, au moment où nous sortions du cbàteau pour notre promenade habituelle, nous avons pu revoir dans une vaste esquisse les opinions que les hommes se sont successivement formées sur le ciel, et constater comment l'esprit humain est parvenu à connaître la réalité. Ces curieuses études nous ont fait, pour ainsi dire, revivre réellement dans ce passé disparu. En établissant de la sorte une comparaison permanente entre les suppositions de l'ignorance primitive et les démonstrations de la science, nous apprécions mieux la valeur de la réalité. Nous arrivons maintenant à la question particulière de la cosmographie terrestre, déjà effleurée dans nos précédentes soirées. £t ce n'est certes pas la moins intéressante. Il n'y a peut-être rien au monde de plus
curieux que le spectacle des tentatives faites par Thabitant de la Terre pour se rendre compte de la forme, de la nature et de la situation de sa planète dans l'espace.
— Est-ce que Tétude cosmographique de la Terre fait partie de l'histoire du ciel ? demanda la marquise.
— Bien entendu, répondit le capitaine. 11 serait même difficile de 1 en distraire, puisque d'une part la Terre est un aslre du ciel, et que d'autre part notre observatoire terrestre est fatalement la base de nos études astronomiques. L'histoire de la cosmographie et de la géographie générale est nécessairement parallèle a l'histoire de l'astronomie. Elles sont solidaires l'une de Tautre. Sans Christophe Colomb il n'y aurait pas eu de Copernic.
— Nous allons donc savoir quelle série d'efforts on a faits de toutes parts avant d'arriver à constater l'état réel de notre globe, et à le tenir dans la main comme aujourd'hui ?
— C'est, je crois, ce que nous allons essayer dès ce soir, répliqua l'historien.
— Et par quelle scène commencerons-nous le spectacle ? reprit la marquise.
"— Le vénérable Aristote va se présenter le premier en scène, répliqua l'astronome.
— Comment 1 l'obscur, l'indéchiffrable Aristote? s'écria le pasteur.
— Hélas I oui, fit l'astronome, à lui la première place : et par droit de conquête et par droit -de naissance. Ne croyez pas que pour lui donner ce rang je dissimule ou lui pardonne ses obscurités. Non, non. Je veux, au contraire, le présenter tel qu'il est, et sans rien cacher de sa physionomie.
Et pour vous prouver mon impartialité, ajouta-t-il, je commencerai par vous rappeler Daniel Heinsius, philosophe et poète latin hollandais du dix-septième siècle, qui, étant un jour consulté sur son opinion personnelle relativement à l'authenticité du Traité sur le monde attribué à Aristote, donne aux érudits disputeurs la singulière raison que voici. Selon lui, comme d'après la majorité des commentateurs, cette lettre sur le monde, adressée à Alexandre, est apocryphe, et voici l'argument spécieux sur lequel il fonde sa conviction : « Le traité en question, dit-il, n'offre nulle part cette tua-